Comment la styliste de « Frankenstein » a façonné l’univers hanté du film Netflix

De l’époque romantique au style de Mick Jagger, pléthore d’influences ont nourri l’esthétique du film.

Un voile rouge traînant sur un escalier en décomposition. Une robe de mariée éclaboussée de sang, dont les manches à rubans s’enroulent comme des bandages. Un masque mortuaire blanc et hanté. Autant d’images indélébiles de Frankenstein (2025) par Guillermo del Toro, qui pourraient aussi bien être accrochées aux murs d’un musée que projetées à l’écran. (Rien d’étonnant : la styliste et costumière Kate Hawley a débuté comme peintre de décors pour l’opéra.) Mais si la peinture vient spontanément à l’esprit — aux côtés d’une riche tradition de cinéma saturé en couleurs, des films d’horreur Hammer aux gialli de Mario Bava — c’est la musique qui s’impose, encore et toujours, comme sa métaphore de prédilection.

« Quand on travaille avec quelqu’un comme Guillermo, c’est un chef d’orchestre, et nous sommes tous des instruments différents de son orchestre », explique Hawley en visioconférence depuis sa ferme en Nouvelle-Zélande. Il s’agit de sa troisième collaboration avec del Toro, après Crimson Peak (2015) et Pacific Rim (2013). « Je lis toujours ses textes comme une partition, parce que ses images sont aussi importantes — et aussi constitutives de son langage — que les mots écrits. Parfois, Guillermo me demande d’intensifier certaines choses, puis il revient en disant : “Non, non. Trop fort, trop chargé. Reviens en arrière.” » Pour garantir une parfaite harmonie d’ensemble, Hawley a travaillé en étroite collaboration avec le directeur de la photographie Dan Laustsen, la cheffe décoratrice Tamara Deverell, ainsi qu’avec les équipes coiffure et maquillage.

Guillermo del Toro souhaitait un décor plus contemporain : il a donc déplacé l’action du cadre de la fin des Lumières imaginé par le roman vers les années 1850, une période marquée par des avancées fulgurantes en matière de technologie et de découvertes médicales. La science et l’anatomie, qui structurent le récit, s’invitent ainsi directement dans les costumes conçus par Kate Hawley, notamment à travers un motif récurrent de colonne vertébrale visible aussi bien sur Mia Goth que sur Jacob Elordi.

Le personnage d’Elizabeth, incarné par Goth, est passionné par l’entomologie et la biologie — un intérêt qui transparaît clairement dans sa garde-robe, entre imprimés inspirés des rayons X et des fractales, et une palette de couleurs évoquant les reflets irisés des ailes de scarabée. Pour la Créature jouée par Elordi, Hawley s’est éloignée de la vision classique du monstre à la peau verte et aux boulons dans le cou, au profit d’une figure plus fragile, « comme un oisillon nouveau-né, avec cette qualité presque fœtale, translucide, de la peau ».

Quant à Victor Frankenstein, interprété par Oscar Isaac, il privilégie des références plus romantiques — chemises de poète aux volumes amples — teintées d’une attitude rock’n’roll, avec Mick Jagger et David Bowie comme figures tutélaires. « Guillermo parlait des romantiques comme des premiers punks, explique Hawley. On oublie souvent cette dimension. On plaque sur l’histoire une couche de respectabilité qu’elle n’a jamais cherchée. »

Tiffany & Co. a fourni au film des pièces issues de ses archives, mais aussi des créations contemporaines, et Kate Hawley a même collaboré avec la maison pour concevoir spécialement pour le projet une parure de broches en argent massif ainsi qu’un collier en porcelaine en forme de croix de faux corail. Des bijoux si précieux que, dans une scène, tandis que Mia Goth joue du piano en portant le collier Wade du tournant du 20e siècle, un membre de l’équipe des archives était dissimulé sous sa crinoline, prêt à rattraper la pièce de 40 carats au cas où elle tomberait.

Dans une autre séquence marquante, Goth associe une robe bleu paon et un couvre-chef orné de plumes à un collier scarabée dessiné par Louis Comfort Tiffany, soulignant une fois de plus le lien profond d’Elizabeth avec le monde naturel.

« C’est toujours une montagne à gravir, mais on est dans la découverte permanente, et ce moment-là me procure une véritable montée d’adrénaline », confie Hawley à propos du projet. « C’est presque comme Victor avec sa créature. J’ai l’impression que nous sommes tous les créatures de Guillermo, à essayer de poursuivre le même objectif. »

Autrice : Véronique Hyland
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur 
elle.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : série · netflix
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.

Statistiques

Ce site utilise Google Analytics pour collecter des informations anonymes telles que le nombre de visiteurs du site et les pages les plus populaires.

Garder ce cookie activé nous aide à améliorer notre site Web.