Sara Bex, une adolescente qui écrit pour ne rien laisser en silence

À 16 ans, elle compose, écrit et chante avec une intensité rare, comme si chaque chanson devenait un espace intime où déposer ce qui déborde. Elle a grandi en Suisse et très tôt, la musique s’est imposée comme un langage parallèle : celui qui permet de dire ce que l’on ressent, même quand les mots semblent difficiles à prononcer.
À quel âge as-tu commencé à chanter ?
J’ai l’impression que ça remonte à toujours. J’ai toujours adoré chanter, c’était naturel, presque instinctif. Mais vers 12 ans, quelque chose a changé. Ce n’était plus seulement un jeu ou un plaisir : c’est devenu plus artistique, plus sérieux. J’ai commencé à sentir que le chant pouvait être un vrai moyen d’expression, quelque chose qui m’accompagnerait autrement.
Qu’est-ce qui a déclenché ce passage vers quelque chose de plus concret ?
Le piano a joué un rôle important. J’en faisais, et j’avais besoin de quelque chose pour accompagner,
pour construire autour de la voix. Petit à petit, chanter a pris plus de place. Et surtout, j’ai commencé
à écrire. À cet âge-là, j’avais déjà ce besoin de mettre des choses en mots, de sortir ce que je
ressentais, même si ce n’était pas encore très abouti.
Le français est beaucoup plus direct, plus frontal. En anglais, je pouvais dire des choses très personnelles sans que tout le monde comprenne exactement
de quoi il s’agissait.
Au début, tu écrivais en anglais. Pourquoi ?
Parce que l’anglais permet de se cacher un peu. Le français est beaucoup plus direct, plus frontal. En anglais, je pouvais dire des choses très personnelles sans que tout le monde comprenne exactement de quoi il s’agissait. C’était une manière de m’exprimer, mais avec une forme de protection.
Puis tu es passée au français avec ton premier single, « Toi et moi »…
Oui. C’est mon premier morceau en français, et tout est allé très vite. Je crois que je l’ai écrit en deux semaines maximum. Ensuite, je n’ai plus arrêté. « Toi et moi » parle d’une histoire d’amour toxique, de cette zone de flou où l’on se demande si la relation fonctionne ou non, si elle est saine ou pas. Et puis, peu à peu, on comprend que c’est trop dur, que continuer devient impossible, et qu’il faut abandonner.
Tu t’inspires toujours de ta vie pour écrire ?
Oui, presque toujours. Je trouve que c’est plus vrai. Inventer une histoire, je n’y arrive pas vraiment. J’ai besoin de parler de ce que je ressens, même si on ne peut pas tout dire. L’amour et la sensibilité sont vraiment des thèmes qui m’habitent. Mon nouvel EP s’appelle Souviens-toi (2026). Il y a des titres d’amour, mais aussi une chanson sur la nostalgie que j’ai coécrite avec Matisse.
Comment est-ce que naissent tes chansons ?
Ça varie beaucoup. Souvent, je commence par le texte. J’aime les mots, le français, et c’est souvent ce qui vient en premier. Parfois, les paroles existent depuis un moment, puis tout à coup je me mets au piano et une mélodie arrive. Il y a aussi deux cas : soit j’écris d’une traite, dans un élan très spontané, soit je réfléchis trop et ça me bloque. J’ai plein de chansons à moitié écrites qui restent en suspens pendant longtemps. Mais pour écrire, j’ai besoin d’avoir le piano devant moi. C’est vraiment mon point de départ.
À quel moment as-tu compris que ça pouvait devenir plus qu’un hobby ?
C’est vraiment avec « Toi et moi ». Ce morceau m’a fait réaliser que je ne pouvais plus garder ça dans mon salon. Il fallait que ça sorte, que ce soit partagé. Je suis allée enregistrer en studio chez Makaya Records, puis le titre est sorti sur les réseaux et sur les plateformes. Je sais que le métier d’artiste n’est pas forcément stable, que le chemin est difficile. C’est aussi pour ça que je tiens à continuer mes études. J’aimerais devenir prof, en maternelle ou en primaire. J’adore le contact avec les enfants, leur naturel, leur spontanéité.
Tu travailles ta voix avec une coach depuis trois ans…
Oui, Sabrina. C’est une soprano grand lyrique, une personne exceptionnelle que j’aime beaucoup. Elle est à la fois exigeante et profondément bienveillante. Nous échangeons beaucoup. Elle vit à Paris, alors la plupart de nos cours se font en visio. Et lorsqu’elle vient en Suisse, nous en profitons pour travailler de manière intensive.
Je sais que le métier d’artiste n’est pas forcément stable, que le chemin est difficile. C’est aussi pour ça que je tiens à continuer mes études.
Tes chansons abordent aussi des périodes plus difficiles…
Oui. Mes premières chansons en anglais parlaient de mes crises d’angoisse. À l’époque, j’avais vécu du harcèlement scolaire. Ça a duré environ un an. Composer pendant cette période m’a aidée. C’était une façon de faire sortir les choses, de trouver une forme de paix intérieure. Aujourd’hui, ça va mieux. Cette période vit toujours en moi, mais je n’y pense plus comme avant. J’ai appris à apprivoiser l’anxiété. Et je préfère m’inspirer du positif.
Ta mère occupe une place essentielle dans ton parcours…
Oui, elle m’a toujours encouragée, dès le début, même quand ce n’était pas parfait. Elle a toujours été là. Elle m’a appris qu’il faut se battre, essayer, ne pas attendre que les choses arrivent toutes seules. Elle m’a aussi appris à exprimer mes émotions, à ne pas tout garder en moi. Elle est aussi mon manager, elle m’aide à trouver des contacts, à provoquer des rencontres importantes.

Comme celle avec Matisse…
Oui. Je l’ai découvert lorsqu’il a fait The Voice Kids. Je le suivais sur Instagram. Nous avions un problème pour un concert et nous étions à la recherche d’un pianiste. Nous lui avons écrit et il m’a rappelée très vite, et ça a matché immédiatement. Il est devenu mon meilleur ami. On parle de tout, pas seulement de musique. C’est une relation forte, très sincère et très simple aussi. Je peux me confier complètement à lui. Je lui envoie parfois des vocaux de treize minutes, juste parce que j’ai besoin d’exprimer ce que je ressens, et il me comprend. Musicalement, il m’a énormément fait évoluer, surtout au piano. Il joue merveilleusement bien. Parfois, je le regarde jouer, et j’ai l’impression que mon cerveau imprime tout. Après, je me mets au clavier, mes doigts trouvent des choses, et je me demande presque comment c’est possible. Mais ce qui est précieux, c’est que cette amitié va au-delà. Il me dit ce qu’il pense, il me conseille, il m’aide à avancer. Et je crois que je l’ai aussi changé un peu : il a appris à parler davantage de ses émotions à mon contact. Je n’ai jamais connu une amitié aussi forte.
Est-ce que ça pourrait être fragile, avec une relation amoureuse par exemple ?
De mon côté, c’est très clair : si un petit copain me disait un jour que je ne dois plus voir Matisse, ce serait rédhibitoire. Ce qu’on a construit est rare. Ce n’est pas quelque chose qu’on efface en claquant des doigts. Les gens projettent beaucoup. Après les concerts, certains disent qu’on est beaux ensemble, comme si on était un couple. Mais je ne me vois pas du tout avec lui. Il n’y a que de l’amitié entre nous. Une évidence simple et profonde. Nous nous comprenons, nous nous écoutons, et la musique, qui nous a fait nous rencontrer, continue de cimenter ce lien si particulier. Matisse, c’est mon meilleur ami et c’est déjà immense.
Mes premières chansons en anglais parlaient de mes crises d’angoisse. À l’époque, j’avais vécu du harcèlement scolaire. Ça a duré environ un an. Composer pendant cette période m’a aidée. C’était une façon de faire sortir les choses, de trouver une forme de paix intérieure.
Et il y a aussi Henry…
Oui, Henry, qui a fait The Voice en 2022. Il a aussi joué un rôle dans mon évolution. Nos voix vont très bien ensemble, même si notre relation est très différente de celle que j’ai avec Matisse. C’est ma mère qui l’a découvert dans l’émission : elle avait été immédiatement touchée par sa voix et s’était abonnée à son compte Instagram. J’ai ensuite enregistré une reprise de l’un de ses morceaux, qu’elle lui a envoyée. Ils ont échangé et Henry est venu trois fois en Suisse, dont deux pour chanter avec moi. Travailler à ses côtés, c’est une autre énergie, différente mais très enrichissante.
Comment arrives-tu à concilier école et musique ?
Je pense que je trouve un équilibre. L’école reste importante, je travaille, j’aime étudier. Et ensuite, je me consacre à la musique. Quand j’ai un objectif, je suis très carrée. Je sais où je veux aller. Il n’y a pas de zigzag.
Qu’est-ce qui te rend fière aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui te rend fière aujourd’hui ? Dans la musique, le fait d’apprendre, de sentir que je progresse. Et dans la vie, de rester fidèle à moi-même, à mes valeurs.
Comment te vois-tu dans dix ans ?
Toujours prof, parce que c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. J’ai envie d’être avec des enfants, je les trouve incroyablement spontanés, joyeux, naturels, sans filtre. Je me sens bien avec eux. Mais je me vois aussi continuer la musique à côté, évidemment. Je ne me projette pas sans elle. Et puis, j’ai aussi des envies très simples, très claires : trouver l’amour, être entourée de ma famille, rester proche de Matisse. J’aimerais avoir des enfants, c’est sûr. Le mariage aussi. Un chat, un Golden Retriever… J’ai presque tout imaginé. J’ai déjà ma robe de mariage en tête, les fleurs, la décoration. Et voyager, toujours.