Chloé Carrière : une scientifique qui fait bouger les lignes
Ingénieure aérospatiale et danseuse de pole dance, la Lausannoise nous parle de sexisme, d’émancipation et de contrôle: première partie de la série d’interviews sur les modèles qui font avancer l’égalité.

Vous êtes ingénieure aérospatiale, danseuse de pole dance, mère de famille et, sous le nom Galactic Chloé, vous partagez votre passion pour l’espace. Qui êtes-vous aujourd’hui?
Je suis toujours tout ça. Ma vie est comme un trépied: elle reste stable, même si les pieds ont des longueurs différentes. Il ne s’agit pas d’accorder la même place à tout. Parfois, c’est le travail qui domine, parfois la famille. L’équilibre n’est pas statique, il faut l’accepter. La société a certainement du mal à envisager tous ces rôles ensemble. Même en tant qu’ingénieure, je suis régulièrement remise en question. Aujourd’hui encore, on entend des commentaires du genre « Une femme ne peut pas être ingénieure ». Les réseaux sociaux font ressortir ce type de mentalité. C’est précisément pour cette raison que je souhaite briser les préjugés.
Comment conciliez-vous toutes ces facettes ?
Je ne me suis jamais posé de limites. Malgré le peu de femmes dans ce domaine, j’ai très tôt voulu devenir astrophysicienne, j’ai fait des études d’ingénierie en aéronautique et en aérospatial et travaillé à l’Agence spatiale européenne. J’ai été exposée au sexisme. À présent, j’utilise mon audience sur les réseaux sociaux pour donner plus de visibilité aux femmes dans les domaines de la science et de la technique.
L’authenticité naît de la proximité. Sur Instagram, je partage ma maternité et mes expéditions aux pôles. Non pas en dépit de mon métier, mais parce qu’elles en font pleinement partie.
Vous associez délibérément la science et la pole dance. Pourquoi?
Ce qui me fascine, c’est le mélange de force, d’agilité et d’expression. Dans mon spectacle « Zéro Gravité », j’explique des concepts astrophysiques en dansant. J’utilise cette forme d’art pour transmettre mon savoir sur des thèmes comme la pesanteur ou la microgravité. Dans le même temps, il s’agit de remettre en question les normes et de porter un regard neuf sur son propre corps.
Chaque danse est-elle une déclaration politique?
Oui, et c’est un acte d’émancipation. Voilà pourquoi je le fais publiquement. La visibilité fait partie du changement.
À l’origine, vous vouliez devenir astronaute. Comment avez-vous vécu le fait de devoir renoncer à ce rêve après un accident ?
Pendant longtemps, je me suis définie à travers ce rêve. À un moment donné, je me suis demandé pourquoi j’y tenais autant. À bien des égards, il a été marqué par des attentes extérieures. En tant que scientifique, beaucoup de choses semblent avoir une explication logique.
À quoi ne vous attendiez-vous pas?
À ce que la vie soit si imprévisible. La probabilité qu’un éclat de verre provenant d’une bouteille tombée du réfrigérateur me fasse perdre la vue de l’œil gauche était infime. Aujourd’hui encore, cela me rappelle que le contrôle est souvent une illusion.
| Cette série d’entretiens est réalisée avec le soutien de PostFinance, une entreprise engagée pour l’égalité. Ensemble, nous donnons la parole à celles et ceux qui, avec courage, ouvrent la voie et inspirent ainsi de nombreuses générations. Car le changement commence par l’initiative. |
Ce publi-rédactionnel a été traduit et adapté pour ELLE Suisse après avoir initialement été publié sur annabelle.ch.