Justine Mettraux : une navigatrice hors du commun
La femme la plus rapide de l’histoire du Vendée Globe s’exprime sur la solitude, la force et l’écart salarial entre les hommes et les femmes: deuxième partie de la série d’interviews sur les modèles qui font avancer l’égalité.

Vous naviguez seule sur l’océan pendant des semaines dans le cadre du Vendée Globe. Comment gérez-vous la solitude?
Même si je ne vois pas la terre, je sais qu’elle est là. Mentalement, cela devient extrêmement difficile quand quelque chose ne fonctionne pas. Nous nous entraînons au préalable à rester calme et à garder une attitude positive.
Les médias sociaux sont-ils un moyen de vous changer les idées?
Je n’avais pas Starlink, seulement des packs de données de temps en temps. Cela fait du bien de ne pas être constamment connectée au monde.
Vous vous sentez donc plus libre que prisonnière?
Absolument. Sur le bateau, on a le temps de réfléchir à la vie. C’est un privilège.
Quel est le secret de la navigation au près (face au vent), Justine Mettraux?
Tout est une question d’équilibre. On veut pousser le bateau à fond, mais il faut qu’il tienne le coup. C’est pareil pour soi-même. Tout doit fonctionner pendant des semaines.
Parlez-vous à votre bateau?
Parfois. Surtout dans les moments difficiles: «Allez, tiens bon.» C’est comme un ami.
Pourquoi le monde de la voile est-il dominé à ce point par les hommes?
À partir de l’adolescence, beaucoup de filles se détournent de la voile. Souvent, les modèles féminins, les infrastructures et le soutien font défaut. Parfois, il s’agit de détails, comme l’absence de vestiaires. Rendre les équipes mixtes obligatoire, lors des Jeux Olympiques par exemple, constitue une avancée importante dans la lutte contre les discriminations dans le sport de haut niveau.
Y a-t-il un écart salarial entre les femmes et les hommes?
Oui, mais cela dépend des sponsors et des équipes. Je négocie moi-même mes contrats et j’échange avec d’autres navigatrices et navigateurs.
Les hommes naviguent-ils plus vite que les femmes?
La seule différence entre les sexes est la force physique, mais la technique, la stratégie et la maîtrise de soi sont tout aussi importantes. Les femmes apprennent peut-être à mettre ces compétences en pratique avec une précision particulière. Et ce n’est pas forcément un inconvénient.
La technologie peut-elle compenser la différence physique?
Dans certaines régates de voile, les équipes avec une plus grande proportion de femmes peuvent embarquer davantage de membres d’équipage. Cela permet d’équilibrer les conditions physiques et le poids total au sein de l’équipe. Les bateaux pourraient également être conçus de manière à mieux compenser ces différences… Mais les progrès sont lents.
Faudrait-il ajouter quelques secondes au temps des hommes pour plus d’équité ?
(Rires) On pourrait essayer. Mais j’aime les règles telles qu’elles sont.
| Cette série d’entretiens est réalisée avec le soutien de PostFinance, une entreprise engagée pour l’égalité. Ensemble, nous donnons la parole à celles et ceux qui, avec courage, ouvrent la voie et inspirent ainsi de nombreuses générations. Car le changement commence par l’initiative. |
Ce publi-rédactionnel a été traduit et adapté pour ELLE Suisse après avoir initialement été publié sur annabelle.ch.