Met Gala 2027 : et si le jean détrônait les robes sur le tapis rouge ?
C’est désormais officiel : on connaît le thème de la prochaine exposition du Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New York.

Crédits : SWinxy
Comme chaque année, Vogue a levé le voile sur le sujet de cette nouvelle édition, plusieurs mois avant son inauguration. Mais cette fois, les choses ne se sont pas exactement déroulées comme prévu. À l’origine, Anna Wintour et Andrew Bolton avaient imaginé une rétrospective consacrée à John Galliano. Une annonce qui avait rapidement fait polémique, en raison de la condamnation du créateur en 2011 pour injures racistes et antisémites. Face aux nombreuses critiques, le Met a finalement renoncé au projet. Un changement de programme qui a donc conduit à une toute nouvelle proposition. Dévoilé hier, le thème définitif s’intitule « extraORDINARY: Fashion and the Poetics of the Everyday », soit « extraORDINAIRE : la mode et la poétique du quotidien ». Le musée a annoncé vouloir inviter les participants à porter un nouveau regard sur les vêtements les plus familiers de notre garde-robe : t-shirts, jeans, sweatshirts… Des pièces que l’on porte sans même y penser et qui constituent le vestiaire de tous les jours. Une thématique qui peut sembler, au premier abord, plutôt éloignée du faste habituellement associé au Met Gala. Mais ne vous y trompez pas : derrière cette apparente simplicité se cache un véritable sujet de réflexion sur la mode contemporaine.
Quand l’ordinaire devient extraordinaire
Sur les réseaux sociaux, le thème a déjà suscité quelques interrogations. Après des expositions consacrées à la flamboyance, à l’extravagance ou encore à des univers particulièrement spectaculaires, difficile de ne pas être surpris par cette nouvelle orientation. Un jean, un t-shirt et un sweat-shirt : voilà donc les pièces qui seront au cœur de la prochaine exposition ? Pas tout à fait. Car l’ambition d’Andrew Bolton est bien plus subtile. Il ne s’agit pas simplement de célébrer les basiques de notre dressing, mais de montrer comment les créateurs s’emparent de ces vêtements familiers pour les détourner, les déconstruire et les transformer en véritables objets de création. On pense notamment aux t-shirts réinventés par Virgil Abloh chez Off-White, aux chemises blanches de Gianfranco Ferré, aux trench-coats de Jonathan Anderson pour Loewe ou encore aux robes-doudounes imaginées par Pierpaolo Piccioli pour Moncler. Des créations qui illustrent parfaitement cette idée : insuffler, selon les mots d’Andrew Bolton, « de l’extraordinaire à l’ordinaire ». Une manière de prendre le contre-pied des expositions auxquelles le Costume Institute nous a habitués. Ici, pas nécessairement de silhouettes spectaculaires ou de pièces inaccessibles, mais une réflexion sur ces vêtements que nous connaissons tous et sur le regard nouveau que la mode peut leur donner. Reste à savoir si cette approche saura nous surprendre autant que les précédentes éditions.
Autre dimension importante du projet : l’exploration de matériaux inattendus. Andrew Bolton souhaite notamment mettre en lumière le potentiel des matières jetables et des objets trouvés, envisagés comme des vêtements à part entière. Un parti pris qui fait directement écho aux enjeux environnementaux de l’industrie de la mode. Recyclage, upcycling, détournement des matières et remise en question de nos habitudes de consommation : autant de sujets qui s’invitent désormais au cœur de la création.
Le grand défi du tapis rouge
Avec un tel thème, une question s’impose déjà : à quoi ressemblera le tapis rouge du prochain Met Gala ? L’événement mode incontournable, organisé chaque année au profit du Costume Institute, dont le financement est indépendant, est devenu le rendez-vous de toutes les extravagances. À chaque édition, les célébrités rivalisent d’imagination avec des silhouettes théâtrales, spectaculaires et soigneusement pensées pour répondre au thème de la soirée, toujours étroitement lié à celui de l’exposition inaugurée quelques jours plus tard.Mais cette fois, avec « l’extraordinaire dans l’ordinaire » comme fil conducteur, les codes pourraient bien être bousculés. Faudra-t-il dire adieu, le temps d’une soirée, aux robes grandioses et aux silhouettes spectaculaires ? Ou les célébrités réussiront-elles à transformer les pièces les plus simples du vestiaire en véritables créations de mode ?
Pour l’édition 2026, le mannequin Bhavita Mandava semblait presque avoir un coup d’avance. Elle avait foulé les marches du Met dans un ensemble composé d’un débardeur et d’un jean en trompe-l’œil imaginé par Matthieu Blazy pour Chanel. Une silhouette qui faisait écho à l’une de ses créations les plus mémorables chez Bottega Veneta, lors de la collection automne-hiver 2022-2023 : un jean et un débardeur d’apparence classique, mais entièrement confectionnés en cuir. Une illusion parfaitement en phase avec l’esprit de la prochaine exposition. Pourtant, le look de Bhavita Mandava n’avait pas fait l’unanimité, certains internautes le jugeant trop discret pour un événement de cette envergure.
Alors, faut-il s’attendre à voir défiler des basiques revisités plutôt que des robes à couper le souffle ? Tout l’enjeu sera de savoir comment les invités vont s’approprier cette thématique et jusqu’où ils pousseront l’exercice. Car si le quotidien devient le nouveau terrain de jeu des créateurs, il pourrait bien réserver quelques surprises sur les marches du Met.
Autrice : Laura Londas
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir été initialement publié sur elle.fr. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site Web officiel.