Marjolaine Piguet : « Je suis trop entière pour me contenter d’une amitié tiède »

C’est Madame 100’000 volts. Une énergie inépuisable, des projets à la pelle. Et une retraite qui promet d’être active .

Un père mélomane, le philosophe Jean-Claude Piguet ; une fille professeur de danse, un fils homme-orchestre, un autre professionnel de la comédie musicale et un troisième prestidigitateur-informaticien! Marjolaine Piguet a dansé elle-même avant d’opter pour l’enseignement de l’allemand et la formation des jeunes danseurs. Mener plusieurs activités de front ne lui a jamais fait peur. Une expression de son amour de la vie. Et ce n’est pas la retraite, tout récemment abordée, qui va freiner son élan. Elle rêve maintenant de combler un manque: la création d’un Conservatoire de la danse, à Lausanne.

ELLE : Vous venez de franchir un cap en quittant à la fois l’enseignement public et la filière Danse-Études vaudoise que vous avez fondée et à laquelle vous vous êtes consacrée corps et âme durant 23 ans. Difficile?
Marjolaine Piguet : Non, pour moi c’est sans difficulté. Pour ce qui est de l’école, l’âge légal était même dépassé, au terme de 40 années d’enseignement de l’allemand. J’avais pu conserver les élèves qui terminaient leur certificat ou leur maturité, sans avoir à en reprendre de nouveaux que je n’aurais pu suivre jusqu’au bout. S’agissant de la filière Danse-Études, j’avais prolongé mon mandat jusqu’à ce qu’une subvention de l’État de Vaud permette d’engager une nouvelle directrice à mi-temps.

Que représente le travail pour vous?
J’ai toujours aimé travailler, d’abord comme enseignante, et même comme enseignante d’allemand (sourire)! Quelle plus belle récompense que de savoir que plusieurs de mes élèves ont suivi mes traces et qu’il leur arrive de venir me remercier de les avoir encouragés sur cette voie. Comme directrice de la filière Danse-Études, l’accompagnement de ces jeunes qu’anime une véritable passion a été, lui aussi, particulièrement gratifiant. D’autant que je reste en contact avec ceux qui mènent une carrière professionnelle.

Quels sont les défis les plus importants que vous ayez eus à relever?
La vie en soi est un défi. Il faut savoir accueillir ce qu’elle nous offre, y compris ce qui pourrait paraître négatif. Mais ce négatif peut et doit être transformé en quelque chose de constructif. Dans mon travail de directrice, le véritable défi a été d’apprendre à accepter les critiques. Il m’a fallu aussi la détermination d’aller jusqu’au bout de mes idées. Je ne suis pas une femme de compromis, néanmoins je reste dans la bienveillance et à l’écoute des autres, le plus important étant la personne en face de moi.

Vous avez tout de même vécu une grande épreuve: la naissance d’Yvan, un enfant polyhandicapé.
On nous avait dit qu’il vivrait trois mois. Nous l’avons perdu à six ans. Devant une telle situation, soit on se laisse aller, soit on se relève, ne serait-ce que par égard pour nos enfants. Le choix a été vite fait. Thierry, mon mari, et moi, avons réduit notre taux de travail pour pouvoir nous occuper d’Yvan qui nécessitait des soins constants. Cela dit, ce rôle de mère que cet enfant a pu m’offrir fut un réel cadeau. Rien n’allait de soi, mais tout était gratifiant. Cette épreuve m’a rendue forte et reconnaissante.

Quelles sont vos principales qualités?
L’énergie, je ne suis quasiment jamais fatiguée bien que je dorme rarement plus de quatre heures par nuit. Il y a aussi l’amour de la vie et des autres, à commencer par mon mari, mes quatre enfants qui suivent leur propre chemin, mais avec qui je reste en lien étroit, et bien sûr mes petits-enfants. La fidélité compte au nombre de mes valeurs. J’ai été mariée deux fois et le père de mes deux premiers enfants reste un ami cher qui prend part à nos fêtes de famille. J’aime Thierry qui est à la fois mon mari, mon confident, mon protecteur. L’amitié occupe une place essentielle dans ma vie et j’ai la chance d’être entourée d’amis et d’amies, dont une depuis… ma naissance. Je leur suis très fidèle. Mais ma loyauté a une condition: si on trahit mon amitié, je tourne la page sans regrets ou alors je sors mes griffes. La vie est trop courte et je suis trop entière pour me contenter d’une amitié tiède qui ne m’apporterait rien.

Que diriez-vous de vos défauts, si vous en avez…
Bien sûr que j’ai des défauts, je suis surtout impatiente. Je veux que tout aille vite, que tout soit rapidement réglé. J’ai parfois tendance à être trop véhémente, car je supporte très mal l’injustice et plus encore ceux qui ne tiennent pas leur parole ou qui sont de mauvaise foi.

Avec Thierry et vos enfants vous avez déjà beaucoup voyagé. Qu’est-ce que cette retraite vous offre de plus?
Retraite… je n’aime pas trop ce mot qui implique un retrait. J’aimerais continuer à voyager, prendre le temps de savourer ce que la vie peut encore nous apporter. Mais en plus, j’étudie la possibilité de la création d’un Conservatoire de la danse à Lausanne qui serait la suite logique de la filière Danse-Études.

L’âge vous angoisse-t-il?
L’âge n’a pas d’importance pour moi. J’ai 70 ans, je les assume et mes rides racontent une histoire, la mienne. Je prends quand même soin de moi: un peu de gymnastique, beaucoup de marche et quelques bons repas accompagnés d’un verre de vin en bonne compagnie. Je me réjouis de ce qui m’entoure, de la beauté des paysages, je savoure la chance que j’ai de vivre dans un pays libre. La chance aussi que mes parents m’aient soutenue et qu’ils m’aient permis de faire mon chemin. Tout cela nourrit ma façon de voir la vie et de garder un esprit positif. Et je ne me pose pas de questions sur la finitude. La mort viendra bien assez tôt.

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