Le duo suisse Adriatique dévoile un titre composé avec les sons de son public

De Coachella à Tomorrowland en passant par le Montreux Jazz Festival, Adrian Shala et Adrian Schweizer multiplient les rendez-vous prestigieux. Ils sortent très prochainement un titre inédit et préparent leur deuxième album.
« Salut, je suis Adrian. ». « Salut, je suis aussi Adrian. » C’est ainsi que se rencontrent, un soir de 2007 où ils sont programmés dans le même club, les deux futurs membres d’Adriatique. Ils ont alors 20 et 21 ans, mais mixent déjà depuis leurs 16 ans. Adrian Shala et Adrian Schweizer, tous deux établis à Zurich, fondent leur duo deux ans plus tard. L’EP Playground, en 2011, puis leur premier album, Nude, en 2018, jalonnent une carrière rapidement devenue internationale. Après le single « Coming Home », sorti cet été, Adriatique présente aujourd’hui son nouveau projet à paraître très prochainement, un morceau né d’un projet participatif avec IQOS.
ELLE Suisse : Pour votre nouveau titre, vos fans ont enregistré des sons et des rythmes que vous avez ensuite retravaillés dans le cadre d’un projet avec IQOS. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les contributions reçues ?
Adrian Shala : La diversité, avant tout. On ne savait pas vraiment à quoi s’attendre et les contributions étaient très différentes les unes des autres, certaines même assez inattendues. C’était intéressant de voir à quel point les gens interprétaient l’idée différemment et ce sur quoi ils choisissaient de se concentrer. Cette variété nous a beaucoup inspirés sur le plan créatif.
Comment avez-vous travaillé à partir de cette matière brute pour en faire un titre qui reflète votre style et porte votre signature sonore ?
Adrian Schweizer : On a abordé ces contributions comme un point de départ créatif et pris le temps d’explorer les différentes idées et directions qu’elles pouvaient inspirer. À partir de là, le processus a évolué naturellement en studio. Ce qui nous intéressait le plus, c’était de prendre cette matière et de la transposer à travers notre propre processus créatif pour aboutir, au final, à quelque chose qui soit à l’image d’Adriatique.

En juillet, vous avez sorti « Coming Home ». Que représente ce « retour à la maison » ?
Adrian Schweizer : Ces dernières années, on a fait un voyage musical, essayé différentes choses. « Coming Home » renoue avec certains éléments qui font partie de l’ADN d’Adriatique, notamment cette dimension électronique et mélodique, mais en les faisant évoluer d’une manière très actuelle. Il y a un lien avec « Home », sorti en 2020, sans pour autant revenir en arrière.
Est-ce aussi la direction que prendra votre deuxième album ?
Adrian Shala : Il ne s’agit pas de regarder en arrière ou d’être nostalgique : l’album sera très moderne. On voulait retravailler quelque chose de plus conceptuel, de plus complet. Et on est comme toujours un peu…
Schweizer : …en retard ! (Rires.) Un album n’est jamais vraiment fini, il faut réussir à y mettre un point final. On décide encore de ce qui en fera partie et on annoncera sa sortie lorsqu’on se sentira prêts.
Comment décidez-vous alors qu’un morceau est prêt à sortir ?
Adrian Shala : On les teste pendant nos DJ sets. Adrian peut s’emballer immédiatement pour un morceau alors que je ne suis pas convaincu, puis, après l’avoir joué trois ou quatre fois, je me dis : « Ça me plaît de plus en plus. »
Adrian Schweizer : Ou l’inverse : on peut adorer quelque chose au départ et vite s’en lasser.
Adrian Shala : Tout est devenu très éphémère, surtout en musique. Les morceaux raccourcissent, la capacité d’attention aussi. On vit dans une société du scroll où tout le monde a besoin d’un hook. Pour nous, c’est important de ne sortir que des morceaux qu’on assume vraiment et qui passent notre propre test.
Que pouvez-vous encore révéler sur l’album ?
Adrian Schweizer : L’album explorera aussi de nouveaux territoires, ce qui est expérimental pour nous. Musicalement, il sera très divers. C’est très excitant, mais aussi exigeant.
Qu’est-ce qui fait que votre duo fonctionne depuis si longtemps ?
Adrian Schweizer : C’est un peu comme si Adrian et moi ne formions qu’une seule personne, d’où le nom de notre label Siamese. On est très différents, mais complémentaires : chacun pense à des choses auxquelles l’autre ne pense pas et ça élargit énormément nos possibilités créatives, presque toujours en harmonie.
Vous dites être très différents. En quoi ?
Adrian Schweizer : (Rires.) Tout !
Adrian Shala : Tout ! Il est impatient, je suis patient. On pourrait continuer comme ça à l’infini.
Et quand vous n’êtes pas d’accord ?
Adrian Shala : Ça arrive, mais aucun de nous n’a encore vraiment dû poser son veto. Il y a une confiance mutuelle. On peut se tromper et devoir reconnaître que l’autre avait raison. Quand on est seul, on peut tout décider soi-même, mais on ne partage pas les bons et les mauvais moments de la même façon.

Tout est devenu très éphémère, surtout en musique. Les morceaux raccourcissent, la capacité d’attention aussi. On vit dans une société du scroll où tout le monde a besoin d’un hook. Pour nous, c’est important de ne sortir que des morceaux qu’on assume vraiment et qui passent notre propre test.
Avez-vous parfois envie de créer en solo ?
Adrian Shala : Bien sûr que chacun de nous a ses propres sensibilités et ses propres idées, mais Adriatique, c’est nous deux. Aujourd’hui, toute notre énergie créative est consacrée au duo et à ce que nous voulons construire ensemble.
À 16 ans, quand vous avez commencé à mixer, imaginiez-vous déjà faire de la musique votre métier ?
Adrian Shala : Pour moi, c’était un rêve, jamais vraiment un plan. À cet âge, on ne sait pas si ça peut devenir viable. C’est une passion, puis ça devient un métier, une équipe qui grandit et une tout autre responsabilité. On ne peut pas prévoir ça.
Adrian Schweizer : De mon côté, je suivais une formation d’électricien en parallèle et je voulais ensuite me former en informatique et en graphisme. Les ordinateurs m’ont fasciné très tôt. Si je n’étais pas DJ, je travaillerais sûrement dans le design ou le graphisme aujourd’hui.
Avec toutes ces tournées, comment préservez-vous votre vie privée ?
Adrian Schweizer : J’ai une copine et un fils, avec qui j’essaie de passer le plus de temps possible. L’été, avec les concerts, c’est difficile, alors on se réserve des périodes plus libres en début d’année. Je suis aussi de plus en plus casanier : être chez moi me permet de décompresser.
Adrian Shala : J’ai aussi une copine, mais pas d’enfant. Adrian et moi sommes tous les deux très privés quand on ne travaille pas. On reste plutôt offline, loin d’Instagram.
Qu’est-ce qui vous passionne en dehors de la musique ?
Adrian Schweizer : Le graphisme, toujours. Je travaille beaucoup sur les visuels en 3D, de plus en plus avec l’IA, mais de façon créative. Le design et l’art me passionnent également.
Adrian Shala : Moi, ce sont le sport, la comédie et le cinéma. J’aime revoir les films plusieurs fois, les analyser et leur musique me passionne aussi.
Composer pour le cinéma vous tenterait ?
Adrian Shala : Clairement !
Adrian Schweizer : Surtout le sound design, moins la grande composition. Comme dans Blade Runner 2049 : quelque chose de très hypnotique, avec ce jeu entre ombre et lumière. Ce serait vraiment excitant à explorer.