92% des Suissesses jugent les codes de beauté irréalistes

9 février · Modifié · Melissa N'Dila

Quel rapport les femmes en Europe entretiennent-elles avec les tendances esthétiques? C’est là l’un des nombreux questionnements auxquels la réputée entreprise Ipsos a tenté de répondre dans une enquête dévoilée début février. Le rejet de certains diktats de presque l’unanimité des Suissesses interrogées est représentatif d’une industrie en pleine métamorphose, de la créature fantasmée au « No complex » mode.

En attendons-nous trop des femmes? Au début du mois de février 2024, une enquête du Fashion Report 2023-2024 signée de la réputée entreprise de sondages Ipsos a révélé que 92% des Suissesses estiment que la société véhicule une image de la beauté et des silouhettes « irréaliste ». Le plus haut pourcentage recensé parmi les pays interrogés.

A lire aussi: La couleur de l’année 2024 convient-elle à toutes les peaux?

Le but de ce rapport commandé par la marque allemande Bonprix: comparer les comportements de consommation dans la mode et la beauté, au premier semestre de l’année 2023, chez nous, mais également en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Pologne. Au total, un échantillon représentatif de 7’100 femmes a été réuni.

Bien que ce Fashion Report n’étaie pas le type de critères mis au pilori par ces Européennes, de nombreuses études antérieures abordant la question permettent assez facilement de se faire une idée.

Parfaitement irréel

C’est souvent sur les réseaux sociaux que le malaise commence. La peau lisse, le nez fin, la bouche pulpeuse ; la poitrine généreuse, mais pas trop ; le fessier plantureux, mais pas trop ; toujours un ventre plat, et au mieux scintillant d’abdominaux. Ces exemples sont parmi les standards appuyés depuis tout au moins une décennie par une quantité considérable d’influenceuses ou de publicitaires. Souvent le fruit de retouches, ces normes qui s’éloignent donc de la réalité s’immiscent pourtant sans filtre dans le quotidien des internautes. Avec pour conséquence que près d’une Européenne sur deux jugeait dans un rapport de 2021 (lequel n’incluait cependant pas la Suisse) « extrêmement important » (48%) d’avoir une peau « parfaite » dans les photos d’elle-même publiées sur les réseaux sociaux.

A lire aussi: Qui sont ces Suissesses qui ne veulent plus d’enfants?

Au regard d’un tel constat, c’est Osez le féminisme! qui a dernièrement fait grand bruit. En 2022, l’association française, qui œuvre également en Suisse et en Belgique, avait en effet saisi la justice afin de s’attaquer à l’émission Miss France. A l’instar des réseaux sociaux, ce concours soutiendrait, d’après le mouvement, une image idéalisée et misogyne de ce que devrait être la femme modèle:

La pression mise sur notre apparence selon des critères précis a des conséquences réelles sur nos vies. De nombreuses femmes et filles, de plus en plus jeunes, souffrent de troubles psychiques liés au corps.

Beauté sans fard

Difficile de se sentir à la hauteur lorsque les objectifs sont de l’ordre de l’irréel. En Suisse, une part importante de femmes décident de faire fi de telles pressions sociales. Toujours d’après l’enquête d’Ipsos, une consommatrice sur deux dans le pays (52%) déclare refuser de se soumettre aux normes irréalistes de beauté et de silhouette. Parfois – peut-on supputer – par conviction, mais force est de constater que cela semble galvanisé par de nouvelles tendances: celles embrassant l’authenticité.

De Léna Situations à Juliette Katz, les personnalités et créatrices de contenus les plus suivies dans la francophonie vantent toujours plus les mérites de ce qu’on nomme le « Skin positivisme » – néologisme anglophone basé sur des principes identiques au « Body positivisme », un mouvement social américain lancé en 1996 par Connie Sobczak et Elizabeth Scott en faveur de l’acceptation de tous les types de corps humains. Outre-Atlantique justement, l’une des premières célébrités à en avoir assumé publiquement les bienfaits, nous rappelait le Daily Mail à l’époque, est Alicia Keys, en 2016. La chanteuse annonçait dans un communiqué destiné à son public avoir voulu défier ce que la société lui dictait, « ce à quoi j’étais censé ressembler juste parce que je suis une femme ».

Depuis, plusieurs autres stars mondiales font de la beauté naturelle leur cheval de bataille. L’un des visages les plus représentatifs apparus au cours de l’année 2023 est celui de Pamela Anderson. L’ex bimbo âgée de 56 ans avait en effet marqué les esprits en s’affichant au Fashion Awards, le teint sans maquillage – laissant briller sur sa peau les marques du temps. Kylie Jenner, archétype modernisé d’une beauté difficilement atteignable naturellement, en fait désormais également son fonds de commerce en faisant la promotion du « no-makeup » make-up, maquillage raréfiant les produits dans un mouvement de représentativité d’une esthétique plus naturelle et donc plus diversifiée.

A lire aussi: Pamela Anderson, éblouissante sans maquillage au Fashion awards 2023

Poudre aux yeux?

La nouvelle norme donc: déculpabiliser la gent féminine. Ce qui mène à de nouveaux contenus viraux, comme sur TikTok, où certains créateurs n’hésitent plus à zoomer sur leur peau afin de montrer la réalité derrière l’écran.

@taylorefford Let’s zoom in 💕💕 #texturedskin #texturedskinisnormal #normalizenormalskin #acne #skincareroutine #skincaretips #makeuptips ♬ UNDERWATER WONDERSCAPES (MASTER) – Frederic Bernard

Mais ces nouvelles ambitions plus saines sont-elles effectives dans les habitudes du public jeune – cible de ce type de vidéos? Pas certain. Un article de la RTS publié en novembre 2023 le contredisait en annonçant que – nourris par les diktats esthétiques – les 18-34 ans continuaient d’avoir toujours plus recours à la médecine esthétique. Que la volonté de s’affranchir du poids de la société et ses algorithmes s’agisse par conséquent d’une micro-tendance ou d’une réelle révolution sociétale, seul le temps le dira.

Tags : Maquillage · sondage

Quel rapport les femmes en Europe entretiennent-elles avec les tendances esthétiques? C’est là l’un des nombreux questionnements auxquels la réputée entreprise Ipsos a tenté de répondre dans une enquête dévoilée début février. Le rejet de certains diktats de presque l’unanimité des Suissesses interrogées est représentatif d’une industrie en pleine métamorphose, de la créature fantasmée au « No complex » mode.

En attendons-nous trop des femmes? Au début du mois de février 2024, une enquête du Fashion Report 2023-2024 signée de la réputée entreprise de sondages Ipsos a révélé que 92% des Suissesses estiment que la société véhicule une image de la beauté et des silouhettes « irréaliste ». Le plus haut pourcentage recensé parmi les pays interrogés.

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Le but de ce rapport commandé par la marque allemande Bonprix: comparer les comportements de consommation dans la mode et la beauté, au premier semestre de l’année 2023, chez nous, mais également en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Pologne. Au total, un échantillon représentatif de 7’100 femmes a été réuni.

Bien que ce Fashion Report n’étaie pas le type de critères mis au pilori par ces Européennes, de nombreuses études antérieures abordant la question permettent assez facilement de se faire une idée.

Parfaitement irréel

C’est souvent sur les réseaux sociaux que le malaise commence. La peau lisse, le nez fin, la bouche pulpeuse ; la poitrine généreuse, mais pas trop ; le fessier plantureux, mais pas trop ; toujours un ventre plat, et au mieux scintillant d’abdominaux. Ces exemples sont parmi les standards appuyés depuis tout au moins une décennie par une quantité considérable d’influenceuses ou de publicitaires. Souvent le fruit de retouches, ces normes qui s’éloignent donc de la réalité s’immiscent pourtant sans filtre dans le quotidien des internautes. Avec pour conséquence que près d’une Européenne sur deux jugeait dans un rapport de 2021 (lequel n’incluait cependant pas la Suisse) « extrêmement important » (48%) d’avoir une peau « parfaite » dans les photos d’elle-même publiées sur les réseaux sociaux.

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Au regard d’un tel constat, c’est Osez le féminisme! qui a dernièrement fait grand bruit. En 2022, l’association française, qui œuvre également en Suisse et en Belgique, avait en effet saisi la justice afin de s’attaquer à l’émission Miss France. A l’instar des réseaux sociaux, ce concours soutiendrait, d’après le mouvement, une image idéalisée et misogyne de ce que devrait être la femme modèle:

La pression mise sur notre apparence selon des critères précis a des conséquences réelles sur nos vies. De nombreuses femmes et filles, de plus en plus jeunes, souffrent de troubles psychiques liés au corps.

Beauté sans fard

Difficile de se sentir à la hauteur lorsque les objectifs sont de l’ordre de l’irréel. En Suisse, une part importante de femmes décident de faire fi de telles pressions sociales. Toujours d’après l’enquête d’Ipsos, une consommatrice sur deux dans le pays (52%) déclare refuser de se soumettre aux normes irréalistes de beauté et de silhouette. Parfois – peut-on supputer – par conviction, mais force est de constater que cela semble galvanisé par de nouvelles tendances: celles embrassant l’authenticité.

De Léna Situations à Juliette Katz, les personnalités et créatrices de contenus les plus suivies dans la francophonie vantent toujours plus les mérites de ce qu’on nomme le « Skin positivisme » – néologisme anglophone basé sur des principes identiques au « Body positivisme », un mouvement social américain lancé en 1996 par Connie Sobczak et Elizabeth Scott en faveur de l’acceptation de tous les types de corps humains. Outre-Atlantique justement, l’une des premières célébrités à en avoir assumé publiquement les bienfaits, nous rappelait le Daily Mail à l’époque, est Alicia Keys, en 2016. La chanteuse annonçait dans un communiqué destiné à son public avoir voulu défier ce que la société lui dictait, « ce à quoi j’étais censé ressembler juste parce que je suis une femme ».

Depuis, plusieurs autres stars mondiales font de la beauté naturelle leur cheval de bataille. L’un des visages les plus représentatifs apparus au cours de l’année 2023 est celui de Pamela Anderson. L’ex bimbo âgée de 56 ans avait en effet marqué les esprits en s’affichant au Fashion Awards, le teint sans maquillage – laissant briller sur sa peau les marques du temps. Kylie Jenner, archétype modernisé d’une beauté difficilement atteignable naturellement, en fait désormais également son fonds de commerce en faisant la promotion du « no-makeup » make-up, maquillage raréfiant les produits dans un mouvement de représentativité d’une esthétique plus naturelle et donc plus diversifiée.

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Poudre aux yeux?

La nouvelle norme donc: déculpabiliser la gent féminine. Ce qui mène à de nouveaux contenus viraux, comme sur TikTok, où certains créateurs n’hésitent plus à zoomer sur leur peau afin de montrer la réalité derrière l’écran.

@taylorefford Let’s zoom in 💕💕 #texturedskin #texturedskinisnormal #normalizenormalskin #acne #skincareroutine #skincaretips #makeuptips ♬ UNDERWATER WONDERSCAPES (MASTER) – Frederic Bernard

Mais ces nouvelles ambitions plus saines sont-elles effectives dans les habitudes du public jeune – cible de ce type de vidéos? Pas certain. Un article de la RTS publié en novembre 2023 le contredisait en annonçant que – nourris par les diktats esthétiques – les 18-34 ans continuaient d’avoir toujours plus recours à la médecine esthétique. Que la volonté de s’affranchir du poids de la société et ses algorithmes s’agisse par conséquent d’une micro-tendance ou d’une réelle révolution sociétale, seul le temps le dira.

Tags : Maquillage · sondage