Elle est écrivaine, théologienne et directrice des Éditions Labor et Fides installées à Genève. Rencontre avec une femme inspirante.

Alliant sensibilité, érudition et humanisme, Marion Muller-Colard fait partie de ces personnes dotées d’une aura naturelle encourageant la réflexion et suscitant l’envie de progresser. Autant de qualités mises au service du principal éditeur protestant de langue française qu’elle dirige avec brio.
ELLE. Quels liens entretenez-vous avec la Suisse?
Marion Muller-Colard. Mon attachement est à la fois biblique, paysager, enfantin et littéraire! Mon grand-père paternel était pasteur, ma grand-mère Suisse et sa sœur poète, une personnalité lumineuse. Mes grands-parents étaient tous deux résistants. J’adorais venir les voir en vacances. Tout ce qui fait ma vie aujourd’hui finalement était alors contenu dans ce tout petit pays.
Pour quelles raisons avez-vous choisi d’étudier la théologie?
La Bible sentait le soufre dans ma famille et avait créé des tensions entre mes grands-parents et mes parents. J’ai forcément voulu goûter ce fruit défendu, par le biais de la langue. À 16 ans, j’apprenais ainsi par cœur des extraits du livre de Job comme des poèmes de Victor Hugo. J’adorais aussi la philo. J’ai donc décidé de faire un peu de philo, «option Dieu», en commençant par des années de grec et d’hébreu!
Pourquoi avoir exercé en tant que médiatrice pénale ou aumônière d’hôpital avant de rejoindre l’édition?
Cette tendance à la spécialisation vers laquelle poussent de nombreux parcours scolaires me heurte. Je suis une généraliste animée par une soif de rencontres. Si je me suis forcément spécialisée, j’ai toujours eu besoin qu’une part de ma vie soit consacrée à quelque chose de concret. Face à la question universelle du malheur, je savais comment les auteurs d’un texte biblique pouvaient y répondre. Ma vocation d’éditrice a toujours été là: écouter et transmettre. J’observe que si la Bible a longtemps été l’objet de rejet, elle suscite aujourd’hui davantage de curiosité.
Et pour quels motifs avoir rejoint Labor et Fides?
Ce fut une évidence lorsque le poste m’a été proposé. C’est l’endroit où tout converge pour moi, y compris sur un plan intime. Je me suis immédiatement sentie à ma place même si cela a impliqué un changement de vie compliqué à gérer.
On vient de célébrer les 100 ans de votre maison. Comment l’avez-vous vécu ?
Une activité nettement augmentée et une recrudescence de proposition de manuscrits! L’émotion surtout de voir réunies des personnes attachées à cet éditeur, certaines comme Sylvie Germain proposant même des textes inédits pour la célébrer.
Que représente pour vous le fait d’éditer des livres?
L’édition, c’est tisser un objectif commun, porter ensemble un projet… Un métier passionnant, car on touche vraiment à la question de la générosité, du partage, de la transmission en réalité. Souhaite-t-on garder pour soi sa petite idée qu’on est seul à comprendre, pour le plaisir de la pensée? Ou préfère-t-on la confronter à d’autres? Susciter les échanges par les livres est une superbe expérience.