Paloma Le Friant, fille de Bob Sinclar : « Même derrière les platines, le monde de la nuit est plus dangereux pour les femmes »

La jeune DJ française s’impose tout en composant avec l’héritage fort et pleinement assumé, de son célèbre père
À 21 ans, Paloma Le Friant a trouvé sa place derrière les platines. Une trajectoire naturelle pour celle qui a grandi dans un univers baigné de musique, entre Los Angeles, où elle a vécu jusqu’à l’adolescence, Marseille, dont elle est originaire, et Paris, où elle vit depuis huit ans. De la house de Chicago à l’électro aux sonorités afros et latines, en passant par Michael Jackson, Bob Marley ou encore Rihanna, ses influences sont multiples. Mais sa référence première reste son père, Bob Sinclar (alias Christophe Le Friant). Après avoir partagé la scène avec lui, notamment à Tomorrowland et Coachella, elle se fait désormais un prénom, du Delta Festival aux Plages électroniques, en passant souvent par la Suisse. Nous l’avons rencontrée chez Hublot, lors du salon Watches and Wonders à Genève, où elle a donné un aperçu de son univers, entre house des origines et sonorités actuelles.
ELLE Suisse : Quel est votre premier souvenir musical?
Paloma Le Friant : Je dirais ma première fois en boîte de nuit, à 6 ans ! C’était à Miami, au Nouvel An. Je dansais derrière mon père, mais j’admirais surtout les gogo danseuses. Je rêvais d’être gogo danseuse, pas DJ.
Comment est née votre vocation de DJ?
Je passais beaucoup de temps dans le bureau de mon père quand il créait. Il m’a très vite dit que j’avais une oreille musicale – je jouais aussi du piano – et que j’analysais bien la musique. Il me demandait souvent mon avis sur ses morceaux. Plus tard, il a même sorti le Paloma Edit d’un de ses titres. Mais en réalité, c’est mon grand frère qui m’a vraiment donné envie d’être DJ. Il mixait depuis ses 13-14 ans et avait réussi à créer son propre univers.
Qui vous a appris à mixer?
Mon père. J’ai vite compris que mixer n’était pas aussi facile que je pensais. La première étape, c’est de créer une playlist. Sans la musique, la platine ne veut rien dire. Ensuite, il m’a appris à jouer avec les sons, les mélanger. Je m’entraînais énormément avec lui et j’ai beaucoup travaillé mes transitions, car il insistait sur l’importance de ne jamais perdre le groove, l’énergie, pour ne pas perdre le public.
C’est mon grand frère qui m’a vraiment donné envie d’être DJ.
Vous avez une relation fusionnelle avec lui et vous vous en amusez, jusqu’à mixer avec un T-shirt «Who the f*** is Bob Sinclar?». Comment s’imposer avec un père aussi célèbre?
Ça a été un vrai sujet. Mon père était hypercontent que je veuille faire de la musique et m’a tout de suite prise sous son aile. On a fait beaucoup de vidéos ensemble et j’ai été étiquetée DJ avant même de le devenir. Pour moi, ce n’était pas possible. Je ne voulais pas prendre une lumière que je ne méritais pas. Je veux collaborer avec mon père parce que c’est l’artiste que j’admire le plus, mais je dois créer ma propre identité. Ça m’a pris du temps: comment se sentir légitime quand son père est l’un des artistes français les plus écoutés au monde? En travaillant, simplement. Plus j’ai mixé, plus je me suis sentie à ma place, en contrôle. Aujourd’hui, je vois nos collaborations comme une force.
Avez-vous connu un moment de doute?
Oh oui! Lors d’une de mes premières soirées, que j’organisais pour le label de mon père. J’avais invité tous mes proches. J’étais hyperanxieuse. Je suis restée quatre heures en loge avec ma mère, à pleurer. Au moment où je devais mixer, j’ai complètement paniqué. J’ai demandé à mon frère et ma cousine, eux aussi DJ, de me remplacer et je suis rentrée. J’étais submergée par la pression, le manque de légitimité, la peur de décevoir mon père. J’ai surmonté ça à force de travail également.
Une règle d’or aux platines?
Jamais d’alcool. Même pas une coupe de champagne. Il faut que je sois concentrée. Les gens demandent comment je donne autant d’énergie, comment mon père en donne autant après tout ce temps, mais en fait c’est la musique qui nous fait danser, vivre. Comme c’est nous qui avons choisi ces sons, ils nous font vibrer. Ce serait inimaginable de prendre quelque chose pour altérer ces émotions. Une autre règle : j’arrive toujours en avance pour prévoir les titres en fonction de ce que le DJ précédent joue.
Je veux collaborer avec mon père parce que c’est l’artiste que j’admire le plus, mais je dois créer ma propre identité. Ça m’a pris du temps: comment se sentir légitime quand son père est l’un des artistes français les plus écoutés au monde ?
Vous êtes amie de la marque Hublot. Quel rapport entretenez-vous avec le temps, justement ?
La ponctualité est essentielle. Pour moi, être à l’heure, c’est être au moins cinq minutes en avance. Je suis aussi bien organisée, car je déteste le rush. Comme je suis ma propre cheffe, j’essaie de m’offrir des journées plus calmes, où je me lève tard, vu que les autres sont très chargées, entre les avions à prendre et les sets.
Un rituel avant de monter sur scène ?
Faire un bisou à mon copain, qui m’accompagne toujours, pour prendre un peu de force. J’ai aussi un petit carnet, comme mon père et mon frère, dans lequel je note mes sons pour chaque soirée, les enchaînements possibles. Mais mon vrai rituel, c’est de stresser !
Être une femme dans cette profession encore très masculine, c’est difficile ?
Non, ça évolue beaucoup. De plus en plus de femmes mixent et elles sont excellentes. J’encourage vraiment celles qui rêvent de le faire à se lancer. On prend de plus en plus notre place. Mais c’est une place particulière, car côté public, le monde de la nuit est plus dangereux pour les femmes. Même derrière les platines, j’y pense parfois. Heureusement, on a la sécurité. Et mon copain fait deux mètres, ça dissuade !
De plus en plus de femmes mixent et elles sont excellentes. J’encourage vraiment celles qui rêvent de le faire à se lancer. On prend de plus en plus notre place. Mais c’est une place particulière, car côté public, le monde de la nuit est plus dangereux pour les femmes. Même derrière les platines, j’y pense parfois.
Une autre passion en dehors de la musique ?
J’adore la mode. À 18 ans, j’ai travaillé un an comme seconde assistante de Marie-Amélie Sauvé au sein de son magazine Mastermind. C’était la période où j’étais le plus épanouie professionnellement. Mon rêve ultime, c’est de vivre quelques années à New York, pour travailler dans un magazine, tout en continuant le DJing. Et en 2035, maximum 2040, c’est décidé, je serai rédactrice en chef d’un grand magazine