Lady O, du succès de « The Voice » à la scène de Montreux

Encore portée par sa victoire lors de la 15e édition de The Voice sur TF1, devant près de 2 millions de téléspectateurs, la Suissesse sera sur la scène du Montreux Jazz Festival le 6 juillet prochain.
Elle a la fougue de sa jeunesse et une profonde maturité. On se souvient de son sourire, de ses grands yeux verts, de l’émotion que procure sa voix particulière, et de son grain de folie lorsqu’elle brandit haut et fier le drapeau suisse sur l’un des plus gros plateaux de télé français. Pour ELLE suisse, Lady O se livre dans un entretien intime, sur l’artiste qu’elle est, sa musique, la Vaudoise qui s’est construite malgré les obstacles et son lien particulier avec son coach Florent Pagny.
ELLE Suisse : Rêviez-vous de participer à The Voice ?
Lady O : Oui, depuis toute petite. J’ai retrouvé il y a quelques mois un cahier dans lequel, à huit ans, j’avais écrit une liste de rêves. L’un d’eux était : « Gagner The Voice. » Ce qui est fou, c’est que je l’ai retrouvé alors que j’étais déjà en quart de finale de l’émission. Je me suis dit que la petite fille que j’étais serait tellement fière !
Comment avez-vous été repérée ?
J’ai remporté le Tremplin Suisse Romande avec mes propres compositions. C’est là que Bruno Berbères, le directeur de casting de The Voice, m’a repérée. Au départ, je n’étais pas très emballée. The Voice n’était plus un objectif comme lorsque j’étais enfant. Je savais qu’une émission comme celle-ci représentait une énorme machine. Je me demandais si j’étais prête, à 18 ans, à évoluer dans un univers où l’on ne maîtrise pas tout. Mon identité artistique existait déjà, et j’avais peur de ne pas pouvoir la préserver. Et puis l’expérience m’a prouvé le contraire. Je crois beaucoup à l’idée que la vie nous mène là où nous devons être.
À quel moment avez-vous compris que la musique serait plus qu’une passion pour vous ?
J’ai grandi dans une famille de musiciens et dans un environnement très ouvert aux différentes cultures musicales. J’ai été marquée par une chanteuse afro-américaine, très proche de ma famille. Elle ne m’a jamais vraiment appris à chanter techniquement. Elle m’a transmis quelque chose de beaucoup plus précieux : l’envie de partager des émotions. Quand elle chantait, elle transportait les gens. Toute petite, je me suis dit que c’était exactement ce que je voulais faire.
Comment tout a-t-il commencé ?
À 16 ans, j’ai quitté l’école d’art pour me consacrer entièrement à la musique. Au début, ça n’a pas été simple à faire accepter à mes parents. Ils avaient peur. Mon père est vigneron indépendant et ma mère travaille dans une entreprise depuis de nombreuses années. Pour eux, vivre de la musique semblait très incertain. Avec le temps, ils ont fini par me soutenir. Pendant près d’un an, j’ai cherché à rencontrer des musiciens et des producteurs à Lausanne. J’ai commencé par les « open mic », ces scènes ouvertes où chacun peut monter sur scène pour chanter. C’était la meilleure façon de faire des rencontres et d’apprendre le métier. Puis il y a eu le rap. J’ai appris énormément, mais j’ai aussi découvert un milieu parfois difficile, surtout lorsqu’on est une jeune femme. Humainement, certaines situations ont été compliquées à gérer. Alors, pendant plusieurs mois, je me suis isolée, enfermée dans ma chambre à composer mes premiers morceaux en anglais. C’est là que j’ai trouvé mon identité artistique. Ensuite, j’ai rencontré mon compositeur, Ouden. On était sur la même longueur d’onde et on a commencé à faire des sons ensemble.
Je crois beaucoup à l’idée que la vie nous mène là où nous devons être.
Florent Pagny, votre coach dans l’aventure The Voice, a dit : « C’est une vieille âme. » Comment avez-vous reçu ce compliment ?
C’est difficile de répondre… Ce qui est vrai, c’est que je me suis toujours sentie un peu en décalage avec les personnes de mon âge. Je ne comprenais pas vraiment les codes des groupes, j’avais du mal avec les faux-semblants et je disais toujours ce que je pensais. J’ai grandi assez vite à cause de certaines expériences de vie. À l’école, j’étais la fille un peu bizarre au fond de la classe. Je ne me retrouvais pas dans les soirées, les excès ou certaines habitudes de mon âge. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être meilleure ou différente, simplement de regarder les choses autrement. J’en ai souffert, mais cela m’a aussi appris.
Lorsqu’il dit que vous lui avez fait vivre quelque chose qu’il attendait depuis longtemps, que vous étiez son « fantasme d’artiste », que ressentez-vous ?
Je prends toujours les compliments avec beaucoup de gratitude. J’ai senti que ce n’était pas seulement les mots d’un immense artiste, mais ceux d’un homme qui parlait avec son cœur. C’est ce qui m’a le plus touchée. Entre la demi-finale et la finale, j’avais aussi envie de lui prouver qu’il ne s’était pas trompé en me faisant confiance. Florent m’a guidée, m’a élevée, sans jamais chercher à modifier qui j’étais. C’est précisément ce que j’attendais d’un coach.
Comment définiriez-vous votre univers musical ?
Je parle souvent de « pop organique ». Pour moi, une chanson doit être vivante. Je ne cherche pas la perfection technique à tout prix. J’aime entendre des respirations, des imperfections, une émotion. Quand quelqu’un écoute ma musique, j’ai envie qu’il entre dans un univers, qu’il ressente quelque chose avant même de comprendre les paroles.

Florent Pagny m’a guidée, m’a élevée, sans jamais chercher à modifier qui j’étais. C’est précisément ce que j’attendais d’un coach.
Votre EP Thank You Little Girl (2026) est particulièrement personnel. Écrivez-vous en vous inspirant de votre vécu ?
Oui. Ce projet raconte une partie de mon histoire et de ma reconstruction. Je suis quelqu’un d’assez réservé. Me livrer aussi ouvertement me faisait peur, mais je savais que c’était un passage nécessaire. Je voulais remercier la petite fille que j’étais. Celle qui a continué d’avancer malgré tout, celle qui a continué de croire en ses rêves.
Avec « Little Me », que vous avez chanté le soir de la finale, vous évoquez une blessure d’enfant. Pourquoi était-il important d’en parler ?
Parce que cela fait partie de mon parcours. Pendant longtemps, j’ai gardé cette souffrance pour moi. Cette expérience a profondément changé mon rapport au monde, aux autres et à mon propre corps. Je ne voulais pas raconter cette histoire pour susciter de la compassion, mais parce qu’elle explique aussi la personne que je suis devenue. Aujourd’hui, je considère que cette parole peut aider d’autres personnes à se sentir moins seules.
C’est un sujet malheureusement plus que jamais d’actualité. Vous sentez-vous engagée ?
Oui, je défendrai toujours les droits des femmes, des enfants et des victimes de violences. Ce sont des sujets qui me touchent profondément. Je sais que beaucoup de femmes ont vécu des histoires similaires à la mienne et n’ont jamais pu en parler. Si mes chansons peuvent leur donner le courage de mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, alors elles auront déjà servi à quelque chose.
Avez-vous dénoncé ce qui vous est arrivé ?
Non, parce qu’à l’époque, je n’avais ni la force ni la conviction que cela changerait quelque chose. J’ai vu trop de femmes se battre pendant des années sans obtenir la justice à laquelle elles ont droit. J’ai choisi un autre chemin. Ma façon de me reconstruire, c’est la musique. J’ai le sentiment de reprendre la parole à travers mes chansons. C’est ainsi que je transforme cette douleur en quelque chose d’utile.
Je défendrai toujours les droits des femmes, des enfants et des victimes de violences. […] Je sais que beaucoup de femmes ont vécu des histoires similaires à la mienne et n’ont jamais pu en parler. Si mes chansons peuvent leur donner le courage de mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, alors elles auront déjà servi à quelque chose.
Vous allez bientôt monter sur la scène du Montreux Jazz Festival…
Oui ! C’est un festival très spécial pour moi. J’y vais depuis que je suis toute petite et j’y ai découvert des artistes qui m’ont profondément marquée, comme Jorja Smith ou Raye. Aujourd’hui, avoir l’opportunité d’y jouer est assez incroyable. Nous allons présenter un show de 45 minutes avec beaucoup de compositions inédites. Ce sera l’occasion de voir comment le public réagit à ces chansons avant leur sortie.
Avez-vous le trac ?
Il y a toujours un peu de stress avant de monter sur scène. Je me souviens de mon tout premier grand concert : quelques minutes avant d’entrer en scène, j’étais persuadée que j’allais mourir de trac ! Finalement, une fois sur scène, tout disparaît. Aujourd’hui, je sais que le spectacle est prêt. Je connais mon show et j’ai simplement envie de partager ma musique !