Selah Sue : « C’est la première fois que je peux utiliser ma voix sans être orientée »

Pour son grand retour sur la scène du Montreux Jazz Festival vendredi 10 juillet, la Flammande revient en trio avec The Gallands.
Révélée en 2010 avec l’incontournable « Raggamuffin », Selah Sue s’est imposée sur la scène musicale internationale grâce à son timbre de voix unique, un phrasé précis et une interprétation d’une rare intensité. Aujourd’hui, elle explore de nouveaux horizons avec Movin’ (2026), un album composé à trois mains. Sa collaboration avec The Gallands, le batteur de jazz Stéphane Galland et son fils Elvin, claviériste et producteur, est née d’une évidence. Entre liberté artistique et maternité, la chanteuse belge se confie sur cette nouvelle aventure musicale.
ELLE Suisse : C’est la 5e fois que vous venez au Montreux Jazz Festival. Vous avez dévoilé une magnifique session live tournée au bord du lac… c’est un avant-goût du concert?
Selah Sue : Avec The Gallands, il se passe quelque chose de très particulier sur scène. Nous voulions immortaliser cette complicité dans une session live. Montreux s’est imposé comme une évidence. J’ai beaucoup voyagé dans le monde grâce à la musique, mais c’est vraiment l’un de mes endroits préférés. Les montagnes, le lac, la nature… tout est magnifique. Nous avons eu une lumière incroyable et même le vent semblait accompagner le rythme de la chanson. C’était un moment suspendu.
Comment est née la collaboration avec The Gallands ?
Nous nous sommes rencontrés il y a environ un an, lors d’un festival. Il y a tout de suite eu une vraie connexion musicale. Partager la musique avec Stéphane Galland est très inspirant. Pour moi, c’est l’un des meilleurs batteurs. Il est incroyablement libre dans sa manière de jouer et cette liberté me pousse à sortir de ma zone de confort, à improviser, à trouver de nouvelles mélodies et de nouvelles façons de chanter sur scène. Avec son fils Elvin, qui s’occupe de la production, tout s’est fait très naturellement. Après ce premier concert, nous nous sommes dit qu’il fallait aller plus loin.
Vous avez réalisé ensemble l’album Movin’ en seulement trois mois. Et vous composiez très tôt le matin. C’est rare, les artistes sont plutôt du soir, non ?
Oui (rires), je suis vraiment une personne du matin. Pendant l’écriture de cet album, je me levais à 5 heures. Pour chaque chanson, Stéphane commençait toujours par créer un rythme de batterie. Ensuite, Elvin choisissait les beats qui lui plaisaient le plus et ajoutait les harmonies au clavier. Ils m’envoyaient ensuite ces instrumentaux. De mon côté, j’écrivais les paroles, les mélodies et les harmonies. J’aime particulièrement ma voix à ce moment-là. Elle est plus grave, plus profonde, moins « chauffée ». Je trouve qu’elle est aussi plus vulnérable, et cette fragilité me plaît beaucoup dans l’interprétation. Je travaillais jusqu’à 9 heures et ma journée était déjà bien avancée. Quand l’inspiration est là, tout va très vite.
[Montreux] est vraiment l’un de mes endroits préférés. Les montagnes, le lac, la nature… tout est magnifique.
Le fait d’être maman a-t-il changé votre manière d’écrire ?
Oui, énormément. Après la naissance de mon deuxième fils, j’ai enregistré l’EP Bedroom (2020). C’était une véritable déclaration d’amour à mes enfants. J’étais dans une période très heureuse de ma vie et j’avais envie de traduire ce bonheur en musique. Ensuite, j’ai consacré beaucoup de temps à mes enfants. J’ai allaité chacun d’eux pendant deux ans, soit quatre années au total. C’était une période magnifique, mais j’avais aussi besoin de retrouver une autre partie de moi. Je ne voulais pas être uniquement une mère. J’avais aussi besoin d’être artiste, une femme, de retrouver ma créativité.
Est-ce un équilibre difficile à trouver ?
Oui, parfois. Quand je suis en tournée, mes enfants me manquent énormément. Quand je rentre à la maison, ils ont besoin de moi, et je suis souvent fatiguée. Trouver cet équilibre est un vrai défi. Heureusement, je suis très entourée. Parfois, ma famille me rejoint sur la tournée lorsque c’est possible.
Que représente pour vous le projet avec The Gallands ?
La liberté. C’est la première fois que je peux utiliser ma voix sans être orientée dans une direction particulière. Je suis quelqu’un de très sensible et, cette fois, j’ai vraiment pu suivre mon instinct. Le matin, seule dans mon studio, je pouvais enregistrer autant de voix, d’harmonies et d’idées que je le souhaitais. J’avais beaucoup d’espace pour expérimenter.

Je ne voulais pas être uniquement une mère. J’avais aussi besoin d’être artiste, une femme, de retrouver ma créativité.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
La vie, tout simplement. Les difficultés, les épreuves, les émotions… J’écris un peu comme si je tenais un journal intime. Mais, pour la première fois, je parle aussi beaucoup de spiritualité. Je me sens aujourd’hui davantage connectée aux autres, à la nature, à une forme de force supérieure. Chacun peut lui donner le nom qu’il veut : Dieu, la nature, l’univers… Peu importe. Cette idée me donne beaucoup de courage lorsque je traverse des moments difficiles. J’aime penser que, même lorsque l’on se sent triste ou seul, on ne l’est jamais complètement. Il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui veille sur nous. Cela m’aide aussi à prendre du recul.
Est-ce que la musique est une forme de thérapie ?
Absolument. Ecrire et chanter m’aident énormément. Je reçois souvent des messages de personnes qui me disent que certaines chansons les ont accompagnés dans des moments difficiles. Je crois que le plus important est de ne pas se sentir seul. Quand on écoute une chanson et qu’on réalise que quelqu’un d’autre a vécu les mêmes émotions, on se sent compris. Cette connexion est très précieuse.
Vous avez étudié la psychologie avant de choisir la musique. Finalement, vous étiez destinée à guider les autres…
Oui (sourit), c’est vrai. Je ne suis pas devenue psychologue, mais je pense que la musique peut aussi aider les gens. Les chansons permettent parfois d’exprimer des émotions que l’on n’arrive pas à mettre en mots. Si elles peuvent apporter un peu de réconfort, alors elles ont déjà rempli une belle mission !
Je me sens aujourd’hui davantage connectée aux autres, à la nature, à une forme de force supérieure. Chacun peut lui donner le nom qu’il veut : Dieu, la nature, l’univers… Peu importe. […] J’aime penser que, même lorsque l’on se sent triste ou seul, on ne l’est jamais complètement.