Rencontre avec Marina Viotti, la cantatrice franco-suisse qui a ébloui les JO de Paris

Cantatrice lors de la cérémonie d’ouverture des JO d’été 2024, la chanteuse franco-suisse avait frappé les esprits. Une artiste surprenante.
Interprète de Carmen avec le groupe de métal Gojira, Marina Viotti est aussi talentueuse dans chacun de ces registres. Professeure de chant à la Haute école de musique de Lausanne, coautrice d’un livre avec Gabrielle Halpern, cette artiste touche-à-tout déborde de projets musicaux.
ELLE Suisse : Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?
Marina Viotti : Mes parents étaient musiciens et, toute petite, j’étais déjà dans les fosses d’orchestre. Mon père est mort quand j’avais 18 ans. J’ai alors eu un rejet et me suis tournée vers la littérature, puis une école de commerce qui m’a envoyée faire un stage dans un festival de musique de chambre. Je suis entrée dans la musique classique par la porte de derrière et j’ai compris que c’était ma vie.
On me conseillait de ne surtout pas dire que j’avais fait du métal, comme si cela pouvait me fermer les portes du classique.
Pourquoi être passée du métal au chant lyrique ?
J’ai commencé à jouer dans un groupe de métal à 16 ans. Je chantais alors déjà un peu en lyrique en faisant des voix saturées, des cris travaillés. Le passage a donc été assez naturel, mais il m’a fallu énormément travailler, car j’ai commencé tard, à 25 ans. J’ai tout quitté pour un rêve.
À quel moment avez-vous su que vous aviez fait le bon choix ?
Au fond, je l’ai toujours su, mais au début de ma carrière, on me conseillait de ne surtout pas dire que j’avais fait du métal, comme si cela pouvait me fermer les portes du classique. Les Jeux olympiques de Paris ont montré qu’il y avait de la place pour cette hybridité, un moment de reconnaissance très fort, comme les Victoires de la musique.
Les Jeux olympiques de Paris ont montré qu’il y avait de la place pour cette hybridité.
Comment la rencontre avec Gojira s’est-elle faite et quel souvenir gardez-vous de votre performance ?
Je ne les connaissais pas personnellement, mais les admirais depuis longtemps. Quand on m’a proposé un tableau sur la Révolution mêlant Carmen et le métal, tout s’est aligné ! Sur le moment, je n’ai absolument pas réalisé l’ampleur de ce qui se passait. Être reconnue internationalement pour un tel projet, aussi lors des Grammy Awards, face à des groupes immenses, était extraordinaire. Les esprits s’ouvrent.
Pourquoi l’opéra est-il perçu comme difficile d’accès ?
Son problème est de sembler réservé à une élite alors qu’un bon opéra fonctionne comme un bon film : il y a une histoire, des sous-titres, des décors, des moyens scéniques incroyables. Et surtout, il reste quelque chose de très direct dans cette performance : une voix, un corps, une âme qui communiquent sans intermédiaire. C’est ce qui rend l’opéra si puissant et ce qui explique, je crois, qu’il continue de traverser les siècles.

Votre maladie, il y a plusieurs années, a-t-elle changé votre rapport au temps ?
Cette expérience a sans doute renforcé chez moi une forme d’urgence, presque un désir de rattraper le temps perdu. J’ai toujours aimé la vie, mais elle a depuis une saveur particulière. Je suis très enthousiaste et j’ai envie de dire oui aux projets, surtout lorsqu’ils impliquent des gens que j’aime ou qui m’inspirent.
Septembre Musical Montreux Vevey, 12 sept. 2026, 20h, Caux Palace, Caux