« Brothers » : et si la folle rumeur sur Matthew McConaughey et Woody Harrelson était vraie ?

Des amis inséparables, une rumeur de fraternité et une frontière volontairement floue entre réalité et fiction: les deux acteurs font de leur histoire insolite une sitcom convenue mais très attachante.

Extrait de la série « Brothers »

Il y a près de trente ans, ils incarnaient deux frères dans En direct sur Ed TV. Matthew McConaughey et Woody Harrelson se retrouvent aujourd’hui dans la série Brothers, qui part d’une question très personnelle: et s’ils l’étaient vraiment? Les deux Texans, meilleurs amis à la ville, entretiennent depuis quelques années le doute autour du lien qui les unit. Brothers s’empare de cette question. Encore faudra-t-il démêler le vrai du faux, puisque les deux stars y jouent des versions fictionnalisées d’elles-mêmes. Chaque épisode s’ouvre d’ailleurs sur cet avertissement malicieux: «Basé sur une rumeur vraie». Cette rumeur a pris son envol en 2023, lorsque Matthew McConaughey a raconté une anecdote dans le podcast Let’s Talk Off Camera: pendant des vacances en Grèce réunissant les deux familles, sa mère, surnommée «Ma Mac», avait confié avoir «connu» Charles Harrelson, le père de Woody, à une période où elle était séparée du père de Matthew (le couple s’est marié trois fois et a divorcé deux fois). Les deux amis se sont ensuite rendu compte que cette rencontre aurait pu coïncider avec la conception de Matthew.

Des familles hors norme

Dans la vraie vie, Matthew McConaughey, benjamin d’une fratrie de trois (avec Michael, de quinze ans son aîné, et leur frère adoptif Patrick), était très proche de son père, Jim, ancien joueur de football américain qui a ensuite travaillé dans le secteur pétrolier. Celui-ci est mort en 1992 d’une crise cardiaque alors qu’il faisait l’amour avec Ma Mac, exactement comme il l’avait prédit, raconte l’acteur dans ses mémoires, Greenlights. Matthew ne souhaite pas faire de test ADN, de peur de remettre en cause cette filiation. Il considère de toute façon son ami depuis longtemps comme un frère. Woody Harrelson, lui aussi issu d’une fratrie de trois garçons, souhaiterait, pour sa part, faire le test.

Mais qui était Charles Harrelson, l’homme au cœur de cette hypothèse? Il a quitté le foyer quand Woody avait sept ans. Il a ensuite été condamné pour un premier meurtre, puis, plus tard, à la prison à vie pour l’assassinat d’un juge fédéral. Woody a renoué avec lui à l’âge adulte. Charles Harrelson est mort en détention en 2007. Son histoire a depuis fait l’objet du podcast Son of a Hitman («Fils d’un tueur à gages»), auquel a participé Brett Harrelson, l’un des frères de Woody.
Avec cette amitié hors du commun et ces histoires familiales singulières, difficile d’imaginer meilleur point de départ pour un scénario. Le générique en joue d’ailleurs à merveille: il fait défiler côte à côte des photos des deux stars, de l’enfance à aujourd’hui, sélectionnées pour souligner leur ressemblance.

Pourtant, dans les deux premiers épisodes diffusés, les intrigues s’empilaient, donnant parfois l’impression que les auteurs ne savaient pas exactement où ils voulaient mener ce projet insolite. Heureusement, la suite se révèle plus savoureuse, même si l’on peut regretter que, malgré un matériau aussi original, Brothers emprunte finalement les chemins balisés de la sitcom familiale, avec des personnages parfois poussés jusqu’à la caricature.

À regarder sur Apple TV et Canal+ !

Une cohabitation mouvementée

L’histoire commence en Californie, après la rupture des fiançailles de la fille aînée de Woody. Pour lui changer les idées (et surtout éviter d’affronter ses pleurs), il improvise un road trip à bord du bus aménagé de la famille, inspiré de celui qu’il a lui-même utilisé dans la vraie vie. Destination: l’immense propriété de leur ami Matthew McConaughey à Austin, au Texas, où la famille débarque sans prévenir. Pour une durée indéterminée.

D’un côté, Woody, végane et anticonformiste; de l’autre, Matthew, féru de chasse, obsédé par l’ordre. Le chaos s’invite vite. Et devient complet lorsque Ma Mac, un peu ivre, glisse à Woody que Matthew pourrait être son frère. Elle se rétracte ensuite, mais, ne parvenant pas à le convaincre, cherche à faire déguerpir les Harrelson. 

Woody n’entend pas partir avant d’avoir pu faire un test ADN. Matthew, qui ne se doute de rien, est absorbé par une autre idée: briguer le poste de gouverneur du Texas. Autre clin d’œil à la réalité, puisque l’acteur oscarisé avait sérieusement envisagé une candidature avant d’y renoncer en 2021.

Pendant que les enfants naviguent entre joies et tracas, les épouses (interprétées par Natalie Martinez et Brittany Ishibashi) pâtissent d’une écriture qui peine à leur donner du relief. Mais les deux atouts de la série, eux, ne faiblissent jamais.

D’abord, Holland Taylor, excellente en Ma Mac. L’actrice se délecte visiblement à camper, avec un accent très marqué, cette matriarche intrépide, volontiers rebelle, souvent un verre à la main, qui dit toujours ce qu’elle pense et considère le visage de son fils comme une sorte de chef-d’œuvre.

L’autre force de Brothers tient évidemment à l’alchimie entre Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Leur complicité, née sur le tournage d’En direct sur Ed TV, crève l’écran, et ils ne se privent pas de se moquer d’eux-mêmes. Douze ans après leur mémorable saison de True Detective, le plaisir qu’ils prennent à jouer ensemble est communicatif: on a le sentiment d’être admis dans l’intimité de leur amitié. La série n’est pas aussi surprenante que son pitch de départ le laissait espérer, mais elle dégage une vraie chaleur. À force de les regarder se chamailler, rire et adorer être ensemble, on aurait bien pu passer plus de huit épisodes au sein de leur drôle de famille.

«Brothers», de Matthew McConaughey, Woody Harrelson, David West Read et Lee Eisenberg. Sur Apple TV et Canal+, un épisode chaque mercredi jusqu’au 4 novembre 2026.