Violences conjugales en Suisse : pourquoi cette initiative pourrait tout changer
Le Parti socialiste suisse a lancé une initiative populaire qui réclame 500 millions de francs supplémentaires par an pour lutter contre les violences faites aux femmes. Si plusieurs dispositifs existent déjà, le parti estime que la protection des victimes reste trop inégale selon les cantons. Décryptage.

22 000 : c’est le nombre d’infractions commises dans la sphère domestique et enregistrées par la police en Suisse en 2025, soit une hausse de 4,4 % par rapport à l’année précédente. 70 % d’entre elles ont été commises à l’encontre de femmes. 34 : c’est le nombre d’homicides recensés dans ce cadre la même année. Parmi les victimes, 21 (dont 19 femmes), ont été tuées dans le cadre d’une relation de couple actuelle ou passée. Si ces chiffres rappellent l’ampleur des violences domestiques, ils ne rendent pas compte de toutes celles qui, plus insidieuses, ne sont jamais signalées aux autorités : violences psychologiques, économiques ou financières. Face à cette réalité, le Parti socialiste a lancé, le 17 octobre, une initiative populaire fédérale visant à renforcer la responsabilité de l’État dans la prise en charge des victimes, en réclamant au moins 500 millions de francs supplémentaires par an pour intensifier la lutte contre les violences faites aux femmes.
Violences conjugales : des disparités entre les cantons
Malgré le développement des dispositifs d’aide mis en place, trouver un hébergement sûr après avoir subi des violences ne va pas de soi pour toutes les victimes. L’accès à un hébergement d’urgence reste inégal en Suisse. Pour preuve : à Zurich, 40 % des places dans les foyers pour femmes sont occupées par des personnes venant d’autres cantons, selon le Département fédéral de justice et police. Un chiffre qui souligne le rôle intercantonal de ces structures, mais aussi et surtout la pression exercée sur leur capacité d’accueil. À Genève, en 2025, près de 60 % des victimes ayant sollicité le Centre LAVI pour un hébergement n’ont pas obtenu de place en foyer et ont été orientées, le plus souvent, vers un hôtel. Au foyer d’urgence Le Pertuis, seules 98 demandes sur 371 ont abouti à un hébergement effectif, soit 26 %. À Neuchâtel, la police a enregistré 678 infractions de violence domestique en 2025. Le Service d’aide aux victimes a accompagné 907 victimes en consultation, tandis que des structures spécialisées ont accueilli 56 femmes, 49 enfants et 5 hommes. Si ces données illustrent l’ampleur des besoins, elles mesurent surtout des réalités différentes et soulignent néanmoins l’importance d’agir et de garantir rapidement une protection accessible, quel que soit le lieu de résidence. Dans un rapport publié le 25 juin 2025, le Conseil fédéral reconnaît cette problématique qui dure depuis 2017 et qui entraîne des délais d’attente parfois longs, voire des refus de prise en charge. Une nouvelle stratégie nationale contre les violences domestiques, sexuelles et de genre est en préparation, avec une adoption prévue au printemps 2027.

Ce qui existe déjà pour protéger les victimes
La Suisse dispose déjà de plusieurs dispositifs pour accompagner les personnes victimes de violences : les centres de consultation LAVI, les maisons d’accueil, les aides médicales et psychologiques ainsi que les mesures cantonales de protection. En 2018, déjà, la Suisse avait adhéré à la Convention d’Istanbul, un accord international entré en vigueur dans le pays le 1er avril 2018, qui vise à prévenir et à combattre les violences faites aux femmes et les violences domestiques. Ce texte reconnaît notamment la violence économique comme une forme de violence, même si celle-ci ne constitue pas, à elle seule, une infraction pénale spécifique en droit suisse. Depuis le 1er mai 2026, un numéro national, le 142, permet aux victimes de violences physiques, psychiques ou sexuelles, ainsi qu’à leurs proches, d’obtenir gratuitement et confidentiellement des conseils, 24 heures sur 24 par des professionnels formés à les rediriger vers les services compétents. D’autres évolutions sont en cours. Le Conseil fédéral a notamment proposé de renforcer la loi sur l’aide aux victimes, avec une amélioration des prestations médicales, de la documentation médico-légale et de l’offre d’hébergement. Les cantons devraient également mieux informer les victimes sur les aides disponibles et garantir un accès plus facile aux prestations.
Le problème n’est donc pas l’absence totale de dispositif, mais que l’accès à la protection reste inégal et que les moyens disponibles ne répondent pas toujours aux besoins. L’enjeu, donc, de garantir une prise en charge équitable, indépendamment du canton de résidence de la victime, et de clarifier la responsabilité des pouvoirs publics dans cette mission
Ce que le PS veut changer, et pourquoi
Lancée lors du congrès du PS Suisse à Thoune, les 17 et 18 octobre 2026, l’initiative contre les violences faites aux femmes réclame au moins 500 millions de francs supplémentaires par an. Les parties souhaitent que la Confédération et les cantons fassent de cette lutte une priorité et garantissent le financement des mesures nécessaires.
La proposition s’articule autour de plusieurs axes : renforcer la prévention, notamment par des campagnes de sensibilisation dans les écoles et sur les lieux de travail ; améliorer la protection des victimes et consolider les poursuites pénales, en adaptant davantage leur prise en charge et les procédures judiciaires à leurs besoins spécifiques ; mieux coordonner les actions des autorités et des services spécialisés, afin de réduire les disparités entre les cantons et de garantir une protection plus cohérente sur l’ensemble du territoire. Enfin, le parti souhaite développer le nombre de maisons d’accueil pour répondre au manque de places disponibles.
Si elle aboutit et que ses dispositions sont mises en œuvre, l’initiative pourrait permettre de renforcer les moyens consacrés à la prévention, à l’accompagnement et à l’hébergement des victimes. Elle ne garantirait toutefois pas, à elle seule, qu’une place en foyer soit immédiatement disponible ni que toutes les victimes bénéficient d’une prise en charge identique.