« Contraception gratuite » : pourquoi cette initiative genevoise est importante

Les Genevois seront appelés à se prononcer sur l’initiative populaire cantonale. Une proposition qui relance une question de fond : une femme qui ne peut pas débourser plusieurs centaines de francs a-t-elle vraiment les mêmes choix qu’une autre ?

En Suisse, la contraception ne fait pas partie des prestations prises en charge par l’assurance obligatoire des soins. Une particularité qui pèse particulièrement sur les femmes, qui assument encore l’essentiel de la charge financière et médicale liée à la contraception. Le coût ne se résume d’ailleurs pas au prix du médicament : consultations, prescriptions, contrôles, pose ou retrait d’un dispositif intra-utérin… Pour certaines méthodes, la facture peut grimper rapidement. Le problème se pose avec encore plus d’acuité lorsqu’il s’agit de choisir une méthode de longue durée, comme le stérilet ou l’implant, dont le coût initial est plus élevé. Le rapport parlementaire genevois consacré à l’initiative reconnaît lui-même que le prix peut constituer une barrière, notamment pour les méthodes de longue durée. Le Parti socialiste genevois invite donc les citoyens à se positionner. L’initiative propose de faire prendre en charge par le canton, l’ensemble des frais liés aux méthodes contraceptives reconnues comme efficaces: pilule, stérilet, implant, anneau vaginal, préservatif ou contraception d’urgence. Explications.

Un système à géométrie variable

Selon l’OFS, Genève affiche l’un des taux d’interruptions de grossesse les plus élevés de Suisse, après Neuchâtel, avec 10,8 interruptions pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans en 2024. Aussi, le Parti socialiste genevois affirme que la pilule contraceptive coûterait jusqu’à 14 fois plus cher qu’en France. Derrière la question de la gratuité se cache donc celle du choix. Car avoir accès à la contraception ne signifie pas simplement pouvoir acheter une pilule. Cela signifie aussi pouvoir choisir la méthode qui correspond à son corps, à son mode de vie, à sa situation médicale et à sa sexualité. Et c’est précisément ce que défendent les initiantes. L’initiative vise une prise en charge universelle, sans condition de revenus ou d’âge, afin que les considérations financières ne déterminent pas la méthode contraceptive choisie.

Une vision que le Conseil d’État ne rejette pas totalement. Le gouvernement reconnaît que le coût peut constituer un obstacle à l’accès à la contraception. Mais il estime que la gratuité pour tout le monde n’est pas la réponse la plus pertinente. Sa principale objection : une prise en charge universelle profiterait également aux personnes qui peuvent déjà assumer cette dépense. Selon ses estimations, la mesure pourrait coûter jusqu’à 20 millions de francs par année au canton, auxquels s’ajouteraient les coûts administratifs et organisationnels.

Le débat est donc moins binaire qu’il n’y paraît. Faut-il rendre la contraception gratuite pour toutes et tous, au risque de financer également celles et ceux qui n’en ont pas besoin ? Ou concentrer l’aide publique sur les personnes pour lesquelles le prix constitue réellement un frein ?

La contraception, une affaire privée ?

C’est aussi là que le débat devient politique. Pour les opposants à l’initiative, la contraception relève d’abord de la responsabilité individuelle. Le PLR genevois estime ainsi que la gratuité universelle ferait peser une nouvelle charge sur les contribuables et défend une approche ciblée. Une dimension est particulièrement difficile à évacuer : la contraception reste majoritairement une affaire de femmes. Ce sont elles qui consultent le gynécologue, prennent la pilule quotidiennement, supportent parfois les effets secondaires, choisissent un dispositif intra-utérin et en assument souvent le coût. Si la responsabilité contraceptive repose sur les deux partenaires, la charge médicale et financière n’est pas nécessairement répartie à parts égales.

@Elizabeth Ferreira

Jusqu’où doit aller la solidarité ?

Le 27 septembre, les Genevois ne voteront donc pas seulement pour ou contre une facture prise en charge par l’État. Ils devront aussi trancher une question plus globale. Le Conseil d’État rappelle toutefois que la gratuité ne suffit pas, à elle seule, à garantir un accès adéquat à la contraception. Information, conseil et accompagnement préventif restent indispensables. Le canton souhaite donc renforcer les dispositifs existants, notamment les consultations des HUG, les prestations associatives et communales et la prévention dans les milieux scolaires et universitaires. Le débat genevois pose finalement une question qui dépasse largement les frontières du canton. Dans une Suisse où les primes d’assurance-maladie ne cèssent de grimper et pèsent toujours davantage sur les budgets des ménages, jusqu’où doit aller la prise en charge collective des dépenses liées à la santé reproductive ? Et surtout : peut-on réellement parler de liberté de choix lorsque certaines options sont beaucoup plus faciles à financer que d’autres ?

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