Comment les couturiers suisses ont challengé la Fashion Week de Paris

25 mars · Modifié · Melissa N'Dila

Drag queens flamboyantes, beautés matures et silhouettes plantureuses: en mars, la création helvétique s’est particulièrement distinguée en faisant défiler dans la capitale davantage de mannequins aux physiques « hors normes ». Une ode à la diversité tant esthétique que sociologique qui demeure toutefois encore trop timide dans le paysage du luxe.

Du 26 février au 5 mars, la Fashion Week de Paris a dévoilé ses prévisions de prêt-à-porter pour la saison automne-hiver 2024. Parmi les 69 signatures à avoir défilé au sein du calendrier officiel, trois étaient menées par des Suisses: Akris, Germanier et Ottolinger.

Sous l’esprit créatif de leurs directeurs artistiques que sont respectivement le talentueux Saint-gallois Albert Kriemler, le visionnaire Valaisan Kevin Germanier ainsi que l’audacieux tandem d’Appenzell Christa Bösch et Cosima Gadient, ces dernières ont dépoussiéré les normes toujours plus surannées du luxe.

A lire aussi: Dates, défilés, villes: le guide ultime pour ne rater aucune Fashion Week en 2024

Exit donc l’archétype de la jeune modèle émaciée. La dernière Fashion Week de Paris a fait place à quelques égéries diversifiées qui se sont faits le reflet d’une société qui ne cesse de toujours mieux clamer une mode qui lui ressemble.

Drag queens

Kevin Germanier était le premier Helvète à ouvrir les festivités durant cet événement. A travers ses 28 looks, le fier enfant du Valais devenu un symbole de l’upcycling élégant a imaginé un hiver explosif en couleurs. Lequel s’est vu inauguré et fermé par La Grande Dame, figure de la scène drag française et notamment révélée quatre ans plus tôt par le défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier. La seule autre marque étrangère, cette saison, à avoir fait la part belle aux mannequins drag queens est Vetements, fondée par le Belge Demna Gvasalia.

Beauté mature

S’en est suivi Akris. Avec ses près de 60 looks, la griffe co-fondée par Albert Kriemler est celle ayant offert le plus grand vestiaire de créations helvétiques, mais aussi celle ayant ouvert son podium à des mannequins de plus de 40 ans. En somme, trois déesses aux cheveux d’argent ont illuminé les créations de la Maison. Et la marque Saint-galloise n’a pas été la seule à encensé la beauté d’un certain âge sur les catwalks: Mugler, Marine Serre ou encore Miu Miu se sont joints à la célébration.

Silhouettes plurielles

Niveau glamour mature, Ottolinger était aussi de la partie, mais a d’autant plus attiré l’œil des experts en faisant la lumière sur une autre forme de beauté: celles des mannequins dites « grande taille ». Parmi les 42 tenues imaginées par Christa Bösch et Cosima Gadient, deux étaient sublimées par des formes généreuses. Cette tendance, loin d’être isolée, a également été observée dans les créations d’autres Maisons renommées à l’international, à savoir Off-white, Nina Ricci, Vivienne Westwood ou encore Avellano.

Lumière totale sur la Maison française Balmain et ses dix modèles d’âge mature ainsi qu’Ester Manas, marque belge encensée pour avoir été la seule de l’événement à faire défiler une quinzaine de femmes aux formes généreuses, dont une femme enceinte.

A lire aussi: La célèbre marque Ottolinger imagine avec Swisscom une collection en hommage à la Suisse

Représentation toujours minime

Bien que la représentation des femmes évolue dans le mannequinat de luxe, de nombreux défis subsistent. Pour sa saison hivernale 2024 en effet, la Fashion Week de Paris a présenté un impressionnant parterre de 3115 tenues. Mais seules 71 ont été portées par des modèles sortant des sentiers battus. Ce chiffre, qui représente donc à peine 3% du total, témoigne d’un changement encore marginal.

Une réalité qui suscite tant les critiques que les désaccords depuis de nombreuses années. Frédéric Godart, auteur éminent de Sociologie de la mode (2010), a notamment été sollicité par Le HuffPost pour livrer son analyse sur le sujet. Selon lui, cette faible représentation de la diversité dans les défilés de mode soulève des questions cruciales quant à l’inclusivité et à l’évolution des normes esthétiques au sein de l’industrie de la mode:

On constate toujours un manque criant de diversité dans l’univers [de la mode], tant au niveau ethnique que corporel.

Frédéric Godart, auteur de Sociologie de la mode (HuffPost)

Les mannequins en situation de handicap ne défilant, par exemple, toujours pas aux côtés de leurs consoeurs enregistrées dans le calendrier officiel des Fashion week parisiennes.

Tags : Luxe · designer · paris · mannequin

Drag queens flamboyantes, beautés matures et silhouettes plantureuses: en mars, la création helvétique s’est particulièrement distinguée en faisant défiler dans la capitale davantage de mannequins aux physiques « hors normes ». Une ode à la diversité tant esthétique que sociologique qui demeure toutefois encore trop timide dans le paysage du luxe.

Du 26 février au 5 mars, la Fashion Week de Paris a dévoilé ses prévisions de prêt-à-porter pour la saison automne-hiver 2024. Parmi les 69 signatures à avoir défilé au sein du calendrier officiel, trois étaient menées par des Suisses: Akris, Germanier et Ottolinger.

Sous l’esprit créatif de leurs directeurs artistiques que sont respectivement le talentueux Saint-gallois Albert Kriemler, le visionnaire Valaisan Kevin Germanier ainsi que l’audacieux tandem d’Appenzell Christa Bösch et Cosima Gadient, ces dernières ont dépoussiéré les normes toujours plus surannées du luxe.

A lire aussi: Dates, défilés, villes: le guide ultime pour ne rater aucune Fashion Week en 2024

Exit donc l’archétype de la jeune modèle émaciée. La dernière Fashion Week de Paris a fait place à quelques égéries diversifiées qui se sont faits le reflet d’une société qui ne cesse de toujours mieux clamer une mode qui lui ressemble.

Drag queens

Kevin Germanier était le premier Helvète à ouvrir les festivités durant cet événement. A travers ses 28 looks, le fier enfant du Valais devenu un symbole de l’upcycling élégant a imaginé un hiver explosif en couleurs. Lequel s’est vu inauguré et fermé par La Grande Dame, figure de la scène drag française et notamment révélée quatre ans plus tôt par le défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier. La seule autre marque étrangère, cette saison, à avoir fait la part belle aux mannequins drag queens est Vetements, fondée par le Belge Demna Gvasalia.

Beauté mature

S’en est suivi Akris. Avec ses près de 60 looks, la griffe co-fondée par Albert Kriemler est celle ayant offert le plus grand vestiaire de créations helvétiques, mais aussi celle ayant ouvert son podium à des mannequins de plus de 40 ans. En somme, trois déesses aux cheveux d’argent ont illuminé les créations de la Maison. Et la marque Saint-galloise n’a pas été la seule à encensé la beauté d’un certain âge sur les catwalks: Mugler, Marine Serre ou encore Miu Miu se sont joints à la célébration.

Silhouettes plurielles

Niveau glamour mature, Ottolinger était aussi de la partie, mais a d’autant plus attiré l’œil des experts en faisant la lumière sur une autre forme de beauté: celles des mannequins dites « grande taille ». Parmi les 42 tenues imaginées par Christa Bösch et Cosima Gadient, deux étaient sublimées par des formes généreuses. Cette tendance, loin d’être isolée, a également été observée dans les créations d’autres Maisons renommées à l’international, à savoir Off-white, Nina Ricci, Vivienne Westwood ou encore Avellano.

Lumière totale sur la Maison française Balmain et ses dix modèles d’âge mature ainsi qu’Ester Manas, marque belge encensée pour avoir été la seule de l’événement à faire défiler une quinzaine de femmes aux formes généreuses, dont une femme enceinte.

A lire aussi: La célèbre marque Ottolinger imagine avec Swisscom une collection en hommage à la Suisse

Représentation toujours minime

Bien que la représentation des femmes évolue dans le mannequinat de luxe, de nombreux défis subsistent. Pour sa saison hivernale 2024 en effet, la Fashion Week de Paris a présenté un impressionnant parterre de 3115 tenues. Mais seules 71 ont été portées par des modèles sortant des sentiers battus. Ce chiffre, qui représente donc à peine 3% du total, témoigne d’un changement encore marginal.

Une réalité qui suscite tant les critiques que les désaccords depuis de nombreuses années. Frédéric Godart, auteur éminent de Sociologie de la mode (2010), a notamment été sollicité par Le HuffPost pour livrer son analyse sur le sujet. Selon lui, cette faible représentation de la diversité dans les défilés de mode soulève des questions cruciales quant à l’inclusivité et à l’évolution des normes esthétiques au sein de l’industrie de la mode:

On constate toujours un manque criant de diversité dans l’univers [de la mode], tant au niveau ethnique que corporel.

Frédéric Godart, auteur de Sociologie de la mode (HuffPost)

Les mannequins en situation de handicap ne défilant, par exemple, toujours pas aux côtés de leurs consoeurs enregistrées dans le calendrier officiel des Fashion week parisiennes.

Tags : Luxe · designer · paris · mannequin