
Pas toujours évident de venir à la rescousse de quelqu’un. Ce guide est d’ailleurs un véritable soutien et non un fardeau supplémentaire.
Récemment, lors d’un trajet en bus, une conversation entre deux jeunes femmes m’a interpellée. L’une d’elles partageait qu’elle traversait une période difficile. Mais l’autre n’a pas semblé réagir avec empathie, conseillant plutôt à son amie de « faire un effort » pour se sentir mieux. Bien que son intention était très certainement bonne, cette approche a semblé ne pas aider, laissant visiblement son amie se sentir encore plus mal à l’aise.
Assister quelqu’un dans la tourmente n’est pas une tâche aisée. C’est une zone fragile où les mots doivent être choisis avec précaution, et où notre société centrée sur le bonheur peut parfois nous désorienter.
Fanny Sánchez, psychologue clinicienne, souligne chez ELLE que notre société obsédée par le bonheur tend à rejeter la tristesse, alors que celle-ci est indispensable à notre équilibre émotionnel. Pour elle, exprimer notre peine est essentiel à toute évolution. Elle recommande vivement le film Vice Versa qui illustre brillamment le rôle des émotions « négatives » dans notre développement personnel.
La culture du bonheur est terrifiante car elle nous refuse le chagrin.
N’interférez pas, écoutez
Voir un être cher souffrir est toujours déchirant. C’est pourquoi il est crucial de ne pas prendre son rétablissement comme une affaire personnelle, de ne pas envahir son espace, ou de franchir les limites de son intimité. Pour prévenir de telles erreurs, Fanny Sánchez préconise de toujours commencer par le respect:
Évitez toute forme d’interférence, d’injonction ou de jugement. Il est toujours préférable de demander d’abord si la personne souhaite votre conseil ou a simplement besoin d’être écoutée.
La psychologue Arancha García ajoute de son côté de prêter attention au langage corporel de la personne: si vous remarquez que cette dernière détourne le regard ou répond par des monosyllabes, ce sont des signes qu’elle se sent mal à l’aise. L’empathie, le fait de se laisser toucher par ce que la personne exprime, permet de fournir un soutien sans être submergé. « C’est inconfortable et peut être douloureux, mais cela aide la personne à se sentir comprise et soutenue », explique Arancha García. « Soyez présent, maintenez le contact visuel, et ne vous laissez pas distraire par votre téléphone portable. »
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Ne conseillez pas, posez des questions
Vu de l’extérieur et ignorant donc les tourments intérieurs de la personne en souffrance, il est plus aisé de voir la solution au problème et de vouloir l’imposer. Fanny Sánchez recommande cependant de résister à cette impulsion et de s’abstenir de prodiguer des conseils à moins qu’ils ne soient expressément sollicités.
Il est impossible de donner des conseils objectifs, car nous projetons toujours notre propre histoire. Peu importe à quel point nous connaissons quelqu’un, nous ne vivons pas sa réalité.
Le meilleur outil que nous ayons pour aider quelqu’un est de poser des questions: même si vous percevez des perspectives de l’extérieur que les émotions de l’autre obscurcissent, vous ne pouvez pas imposer ce point de vue. Vous devez aider l’autre à s’ouvrir, à s’apercevoir des solutions seul. Nous sommes en effet plus efficaces en posant des questions qu’en donnant des réponses. Exprimez vos sentiments, ce que vous pensez pouvoir faire. Aidez la personne à se reconnecter avec elle-même. »
Allégez les petits fardeaux du quotidien
Offrir de l’aide dans les tâches quotidiennes, les repas ou les courses peut alléger les fardeaux mentaux. Un manuel élaboré par le département de santé mentale de l’Université de Berkeley souligne l’importance de cette approche. Parfois, lorsque des solutions pratiques sont envisageables, le problème sous-jacent peut être résolu grâce à cette approche pragmatique. Il y a des moments pour aborder la souffrance émotionnelle et d’autres pour contribuer à son allègement en résolvant les aspects pratiques. « Imaginons que vous faites face à un problème de non-paiement qui pourrait entraîner la faillite de votre entreprise. Dans de telles situations, les conseils et l’aide pratique d’un proche peuvent être inestimables », explique Arancha García.
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Accepter la souffrance ne veut pas dire se résigner
La conclusion à tirer est qu’une approche saine pour aider ceux qui souffrent consiste à les accompagner dans leur processus d’acceptation, comme le souligne Fanny Sánchez, sans que cela ne signifie nécessairement se résigner: « La façon dont nous faisons face aux situations peut accroître ou diminuer notre souffrance. Ce que nous devons éviter à tout prix, c’est le déni. C’est une ligne fine et difficile à discerner. L’objectif principal est d’accepter, mais l’acceptation ne signifie pas ne plus rien faire. »
Accepter implique de faire face à la réalité jusqu’à ce que nous soyons prêts à changer. C’est là que réside la clé de notre soutien et de nos questionnements.
Autrice: Carolina Freire Vales
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/es. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.