Comment les femmes queer façonnent l’avenir de la musique

Des couplets inclassables de Doechii aux ballades synth-pop de Chappell Roan, les artistes queer révolutionnent la musique en 2025, ouvrant la voie à une nouvelle ère audacieuse qui ne peut être ignorée.

Les femmes queer ont toujours eu leur place dans l’industrie musicale, mais aujourd’hui, leur son est tout sauf conventionnel. Il est audacieux, assumé et bouscule activement les normes hétéronormatives qui dominaient autrefois la musique mainstream. En 2025, ce sont la pop star Chappell Roan et la rappeuse Doechii qui ont créé la surprise en raflant les plus grandes récompenses aux Grammy Awards 2025. Tandis que Cynthia Erivo est à un souffle du statut ultra-prisé d’EGOT (soit le cercle très fermé des récipendiaires d’un Emmy (télévision), d’un Grammy (musique), d’un Oscar (cinéma) et d’un Tony (théâtre)), Lady Gaga fait un retour triomphal sur le devant de la scène, et que Billie Eilish continue d’imposer sa suprématie.

Depuis 2024, l’influence des artistes queer dans l’industrie ne cesse de prendre de l’ampleur. Elles ne se contentent pas de redéfinir la musique, mais dictent aussi les tendances en matière de mode et de culture, tout en ouvrant la voie à une nouvelle ère de narration et de créativité. Le public a pu le constater à travers le single « Lunch » de Billie Eilish et son duo avec Charli XCX sur « Guess », mais aussi via Chappell Roan et sa poignante mélodie autour de l’amour à sens unique dans « Casual », ou encore avec « Good Luck Babe! » – mise en garde sur le déni des vrais sentiments. De son côté, Doechii a marqué les esprits avec sa mixtape Alligator Bites Never Heal, où elle parle ouvertement de son identité de femme noire et homosexuelle, sans parler de sa percutante collaboration avec Tyler, The Creator dans « Ballon ».

Ce qui relie tous ces morceaux ? L’exploration électrisante et nuancée des dynamiques des relations queer féminines, mettant en lumière toute la complexité de la sexualité et des émotions sans tomber dans les clichés ou la censure. Qu’il s’agisse de rejet et de désespoir ou de désir et de dévotion, aucune facette de l’expérience queer n’est laissée de côté dans cette nouvelle génération d’artistes féminines.

Sans clichés ni censures

En plus de son influence musicale, Billie Eilish a imposé une esthétique qui défie les standards. Son amour pour les silhouettes oversized, les cheveux colorés et les imprimés audacieux a, en quelques années, inspiré toute une génération – la Z – à adopter un style anticonformiste, en réponse à une culture qui sexualise les femmes, en particulier celles sous les projecteurs.

Clip de « Lunch » (2024) par Billie Eilish.

Cette volonté de repousser les normes s’illustre aussi dans la mode et la mise en beauté de Chappell Roan. Au fil de son ascension fulgurante, la chanteuse américaine a fait de ses performances une véritable scène de transformation où elle incarne des personnages inspirés du drag, du burlesque et du cinéma d’horreur. « Mon styliste Genesis Webb et moi puisons dans le drag, les films d’horreur, le théâtre… J’adore être à la fois jolie et effrayante », confiait-elle en 2024 sur le plateau du Tonight Show Starring Jimmy Fallon. Ce qui permet de réunir une communauté de fans ultra-dévouée, arborant des looks inspirés de ses performances lors de ses concerts.

Clip de « Super Grafic Ultra Modern Girl » (2024) par Chappell Roan.

Et Doechii n’est pas en reste. Son style singulier, oscillant entre féminin et masculin, mêle des teintes terreuses à des silhouettes audacieuses, un véritable mélange des genres qui conquiert aussi bien ses fans que les experts de la mode.

Performance scénique de Doechii au Grammy Awards 2025.

Reste que si les artistes queer n’ont jamais été aussi visibles et célébrées, leur narration assumée n’existe pas en vase clos : de nombreuses musiciennes et artistes non-binaires continuent de se heurter à des obstacles similaires à ceux de leur communauté.

Diabolisation et hypersexualisation

Même en 2025, se faire une place dans l’industrie en tant qu’artiste queer relève encore du combat. L’hypersexualisation des femmes queer dans l’imaginaire collectif reste un véritable défi, influençant la manière dont leur art est perçu et reçu. Lady Gaga en sait quelque chose. Si elle est aujourd’hui l’une des plus grandes pop stars mondiales, ses débuts ont été marqués par des critiques virulentes sur sa manière de s’exprimer artistiquement. Lorsqu’elle s’est imposée en 2008 et 2009, sa maison de disques voulait qu’elle affiche plus de peau et qu’elle se fonde dans le moule hypersexualisé des popstars féminines. « Les pochettes de mes albums ne se sont jamais voulues sexuelles, ce qui a été un problème pour mon label. J’ai dû me battre pendant des mois et carrément pleurer en réunion. Ils estimaient que mes photos n’étaient pas assez commerciales », révélait-elle. Pour résister aux pressions de l’industrie, elle a alors décidé de jouer le jeu à sa manière : « Quand ils voulaient que je sois sexy ou pop, j’y ajoutais toujours une touche absurde qui me faisait sentir que je gardais le contrôle. » Ainsi sont nés les épaules exagérées, les disco sticks et une mode radicale qui a défié toutes les normes, même lorsque des rumeurs grotesques la prétendaient biologiquement née homme.

La diabolisation des drag queens dans les médias américains rappelle les critiques récurrentes à l’encontre des narrations intimes dans la musique queer féminine, alors que les textes hypersexualisés des hommes hétérosexuels continuent d’être largement diffusés sans remise en question. Les artistes queer doivent aussi composer avec des labels et institutions réticents au changement. Malgré leur storytelling rebelle et leur musique sans barrières de genre, elles ne sont pas exemptes des attentes commerciales et des nouvelles pressions de l’industrie, notamment celles dictées par TikTok.

Mais si l’année musicale 2025 nous apprend bien une chose, c’est que le succès des femmes dans l’industrie ne dépend plus d’un moule préconçu ni d’une esthétique imposée. Pour les artistes queer, qui en sont l’exemple le plus probant, tracer leur propre chemin hors des sentiers battus est non seulement une nécessité afin de résonner avec leur communauté, mais aussi la clé d’une carrière longue, prospère et authentique.

Autrice: Panashe Nyadundu
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/uk. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : people · analyse

Des couplets inclassables de Doechii aux ballades synth-pop de Chappell Roan, les artistes queer révolutionnent la musique en 2025, ouvrant la voie à une nouvelle ère audacieuse qui ne peut être ignorée.

Les femmes queer ont toujours eu leur place dans l’industrie musicale, mais aujourd’hui, leur son est tout sauf conventionnel. Il est audacieux, assumé et bouscule activement les normes hétéronormatives qui dominaient autrefois la musique mainstream. En 2025, ce sont la pop star Chappell Roan et la rappeuse Doechii qui ont créé la surprise en raflant les plus grandes récompenses aux Grammy Awards 2025. Tandis que Cynthia Erivo est à un souffle du statut ultra-prisé d’EGOT (soit le cercle très fermé des récipendiaires d’un Emmy (télévision), d’un Grammy (musique), d’un Oscar (cinéma) et d’un Tony (théâtre)), Lady Gaga fait un retour triomphal sur le devant de la scène, et que Billie Eilish continue d’imposer sa suprématie.

Depuis 2024, l’influence des artistes queer dans l’industrie ne cesse de prendre de l’ampleur. Elles ne se contentent pas de redéfinir la musique, mais dictent aussi les tendances en matière de mode et de culture, tout en ouvrant la voie à une nouvelle ère de narration et de créativité. Le public a pu le constater à travers le single « Lunch » de Billie Eilish et son duo avec Charli XCX sur « Guess », mais aussi via Chappell Roan et sa poignante mélodie autour de l’amour à sens unique dans « Casual », ou encore avec « Good Luck Babe! » – mise en garde sur le déni des vrais sentiments. De son côté, Doechii a marqué les esprits avec sa mixtape Alligator Bites Never Heal, où elle parle ouvertement de son identité de femme noire et homosexuelle, sans parler de sa percutante collaboration avec Tyler, The Creator dans « Ballon ».

Ce qui relie tous ces morceaux ? L’exploration électrisante et nuancée des dynamiques des relations queer féminines, mettant en lumière toute la complexité de la sexualité et des émotions sans tomber dans les clichés ou la censure. Qu’il s’agisse de rejet et de désespoir ou de désir et de dévotion, aucune facette de l’expérience queer n’est laissée de côté dans cette nouvelle génération d’artistes féminines.

Sans clichés ni censures

En plus de son influence musicale, Billie Eilish a imposé une esthétique qui défie les standards. Son amour pour les silhouettes oversized, les cheveux colorés et les imprimés audacieux a, en quelques années, inspiré toute une génération – la Z – à adopter un style anticonformiste, en réponse à une culture qui sexualise les femmes, en particulier celles sous les projecteurs.

Clip de « Lunch » (2024) par Billie Eilish.

Cette volonté de repousser les normes s’illustre aussi dans la mode et la mise en beauté de Chappell Roan. Au fil de son ascension fulgurante, la chanteuse américaine a fait de ses performances une véritable scène de transformation où elle incarne des personnages inspirés du drag, du burlesque et du cinéma d’horreur. « Mon styliste Genesis Webb et moi puisons dans le drag, les films d’horreur, le théâtre… J’adore être à la fois jolie et effrayante », confiait-elle en 2024 sur le plateau du Tonight Show Starring Jimmy Fallon. Ce qui permet de réunir une communauté de fans ultra-dévouée, arborant des looks inspirés de ses performances lors de ses concerts.

Clip de « Super Grafic Ultra Modern Girl » (2024) par Chappell Roan.

Et Doechii n’est pas en reste. Son style singulier, oscillant entre féminin et masculin, mêle des teintes terreuses à des silhouettes audacieuses, un véritable mélange des genres qui conquiert aussi bien ses fans que les experts de la mode.

Performance scénique de Doechii au Grammy Awards 2025.

Reste que si les artistes queer n’ont jamais été aussi visibles et célébrées, leur narration assumée n’existe pas en vase clos : de nombreuses musiciennes et artistes non-binaires continuent de se heurter à des obstacles similaires à ceux de leur communauté.

Diabolisation et hypersexualisation

Même en 2025, se faire une place dans l’industrie en tant qu’artiste queer relève encore du combat. L’hypersexualisation des femmes queer dans l’imaginaire collectif reste un véritable défi, influençant la manière dont leur art est perçu et reçu. Lady Gaga en sait quelque chose. Si elle est aujourd’hui l’une des plus grandes pop stars mondiales, ses débuts ont été marqués par des critiques virulentes sur sa manière de s’exprimer artistiquement. Lorsqu’elle s’est imposée en 2008 et 2009, sa maison de disques voulait qu’elle affiche plus de peau et qu’elle se fonde dans le moule hypersexualisé des popstars féminines. « Les pochettes de mes albums ne se sont jamais voulues sexuelles, ce qui a été un problème pour mon label. J’ai dû me battre pendant des mois et carrément pleurer en réunion. Ils estimaient que mes photos n’étaient pas assez commerciales », révélait-elle. Pour résister aux pressions de l’industrie, elle a alors décidé de jouer le jeu à sa manière : « Quand ils voulaient que je sois sexy ou pop, j’y ajoutais toujours une touche absurde qui me faisait sentir que je gardais le contrôle. » Ainsi sont nés les épaules exagérées, les disco sticks et une mode radicale qui a défié toutes les normes, même lorsque des rumeurs grotesques la prétendaient biologiquement née homme.

La diabolisation des drag queens dans les médias américains rappelle les critiques récurrentes à l’encontre des narrations intimes dans la musique queer féminine, alors que les textes hypersexualisés des hommes hétérosexuels continuent d’être largement diffusés sans remise en question. Les artistes queer doivent aussi composer avec des labels et institutions réticents au changement. Malgré leur storytelling rebelle et leur musique sans barrières de genre, elles ne sont pas exemptes des attentes commerciales et des nouvelles pressions de l’industrie, notamment celles dictées par TikTok.

Mais si l’année musicale 2025 nous apprend bien une chose, c’est que le succès des femmes dans l’industrie ne dépend plus d’un moule préconçu ni d’une esthétique imposée. Pour les artistes queer, qui en sont l’exemple le plus probant, tracer leur propre chemin hors des sentiers battus est non seulement une nécessité afin de résonner avec leur communauté, mais aussi la clé d’une carrière longue, prospère et authentique.

Autrice: Panashe Nyadundu
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/uk. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

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