Pourquoi parle-t-on si peu du cycle menstruel dans le sport de haut niveau

Alors que les Suisses ont récemment appris dans quelles villes auront lieu les différentes compétitions des Jeux olympiques d’hiver 2038, tentons de comprendre pourquoi le cycle menstruel reste un tabou dans le monde du sport, malgré son impact majeur sur la psyché et le corps des femmes.
Lorsqu’il est question de cycle menstruel, dès l’enfance, on nous apprend la pudeur et la discrétion. Aujourd’hui, les choses évoluent peu à peu dans le bon sens, certes, mais comment ne pas se souvenir de ce délicieux lexique féminin, un brin rétro : « les visites « la semaine rouge », « la mer Rouge ». Et puis, il y a les versions moins raffinées : « mes trucs », « ces jours-là », « mes ragniagnia ». Dire simplement « j’ai mes règles » ? Impensable.
À l’école, pendant les cours d’éducation physique, chaque semaine comptait au moins une élève « indisposée », souffrant de maux de tête ou de ventre d’origine mystérieuse. Pourtant, jamais on ne parlait clairement des menstruations ni de leur impact sur la pratique sportive.
Les règles ont longtemps été entourées d’un voile de secret. Lorsqu’elles surviennent, la honte s’invite souvent, et l’on fait tout pour éviter que la nouvelle ne se propage. Certaines d’entre vous auront très probablement usé de la technique du double protège-slip pour gagner quelques heures de répit, surtout afin d’éviter d’aller aux toilettes à l’école et ne pas être démasquée. C’est un moment intime et personnel, lié à l’un des grands jalons de la vie d’une femme. Il est donc légitime de le vivre avec l’importance qu’il mérite. Mais c’est précisément parce que le cycle menstruel est fondamental qu’il faut en parler, le rendre visible et le normaliser.
Cycle menstruel : phases et niveaux hormonaux féminins
Selon la phase du cycle, les niveaux d’hormones féminines — notamment la progestérone et les œstrogènes — varient, influençant directement l’état physique et mental des femmes. De nombreuses études et ouvrages permettent aujourd’hui de mieux comprendre son cycle et d’entrer en harmonie avec lui, à l’image de In the FLO: Unlock Your Hormonal Advantage and Revolutionize Your Life d’Alisa Vitti (2021). Ce best-seller international a profondément transformé la manière dont on parle du cycle menstruel. L’autrice y explique comment tirer parti des quatre phases du cycle — menstruelle, folliculaire, ovulatoire et lutéale — pour optimiser énergie, alimentation, entraînement, sexualité et productivité.
Lorsqu’il s’agit d’une athlète, savoir dans quelle phase du cycle elle se trouve constitue un atout majeur, tant pour le bien-être psychophysique que pour la performance et l’entraînement. Pour approfondir le sujet, nous en avons discuté avec le Dr Claudio Mora, kinésiologue clinicien et préparateur physique. Il entraîne des athlètes de ski-alpinisme de niveau international et est également maître de ski Swiss Snowsports, ainsi qu’instructeur d’alpinisme et de ski-alpinisme pour le CONI.
Lorsque [le cycle menstruel] est ignoré, le risque est d’accumuler du stress, de diminuer l’efficacité de l’entraînement ou d’augmenter la probabilité de blessures.
Cycle menstruel et sport : s’entraîner pendant les règles
Quelles sont les différences entre la préparation physique d’une athlète et celle d’un athlète masculin ?
« La principale différence ne réside pas dans les objectifs de l’entraînement, mais dans la manière dont le corps réagit au stimulus. Dans la préparation physique féminine, la véritable personnalisation passe aussi par l’adaptation du travail en fonction du cycle menstruel. La planification des charges doit tenir compte des différentes phases du cycle, qui constituent une variable clé dans l’adaptation à l’effort.

D’un point de vue technique, chez les athlètes féminines, l’alternance classique entre périodes de charge et de récupération — par exemple trois semaines d’augmentation progressive du volume suivies d’une semaine de récupération — ne peut pas être appliquée de manière aussi rigide que chez les hommes. Les fluctuations hormonales influencent la capacité de récupération, la réponse neuromusculaire, la gestion de la fatigue et la tolérance aux charges élevées.
Les fluctuations hormonales influencent la capacité de récupération, la réponse neuromusculaire, la gestion de la fatigue et la tolérance aux charges élevées.
À certaines phases du cycle, les athlètes tolèrent mieux le travail de force et les efforts de haute intensité, tandis qu’à d’autres moments, il est préférable de réduire le volume ou l’intensité et de privilégier la qualité du mouvement, la technique et la récupération active. Cela ne signifie pas “s’entraîner moins”, mais s’entraîner plus intelligemment, en adaptant la charge à l’état physiologique du moment.
Lorsque cette variable est ignorée, le risque est d’accumuler du stress, de diminuer l’efficacité de l’entraînement ou d’augmenter la probabilité de blessures. À l’inverse, une programmation qui intègre le cycle menstruel rend la préparation plus efficace, plus durable et davantage orientée vers la performance », explique le Dr Claudio Mora.
Autrice : Claudia Loiacono
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.