Anna Nash, directrice d’Explora Journeys : « J’essaie de donner aux jeunes femmes la force de croire en elles »

Femme d’action et d’intuition, à la tête d’Explora Journeys, elle incarne une nouvelle vision du leadership au féminin, exigeante, bienveillante et profondément humaine .
Elle a grandi les pieds dans l’eau et la tête tournée vers l’horizon. Très jeune, Anna Nash s’est imposée comme l’une des figures les plus prometteuses du tourisme de luxe international. De Londres à Genève, elle a bâti un parcours exemplaire, alliant intuition, exigence et humilité. À la direction d’Explora Journeys, elle représente une nouvelle vague de femmes brillantes et audacieuses, capables d’allier leadership et bienveillance. Guidée par la mer, sa boussole intérieure, elle défend un art du voyage différent, lent et conscient, où le vrai luxe se mesure au temps retrouvé. Elle est une source d’inspiration infinie pour la nouvelle génération.
ELLE : Vous avez grandi sur l’eau. Ce lien avec la mer a-t-il influencé votre parcours?
Anna Nash : Absolument. J’ai grandi au bord d’une rivière magnifique que je devais traverser chaque matin pour aller à l’école. L’eau fait partie de moi. Elle m’a appris le mouvement, la fluidité – tout ce qui, aujourd’hui encore, guide ma façon de voir le voyage. L’eau, c’est la liberté, mais aussi la patience. Elle m’a appris à m’adapter, à accueillir les changements sans résistance. C’est cette philosophie que j’essaie de transmettre à travers mon travail.
Avant de rejoindre Explora Journeys, vous avez travaillé pour l’Orient Express (aujourd’hui Belmond) et Aman Resorts. D’où vous vient cette passion pour l’hôtellerie de luxe et le voyage?
J’ai compris très tôt que l’hospitalité, c’est bien plus qu’une transaction. C’est un art du soin. Accueillir quelqu’un, ce n’est pas seulement lui offrir un service : c’est créer une émotion, une mémoire. Un petit geste, un regard, une attention sincère peuvent rester gravés toute une vie.
Explora Journeys incarne une nouvelle façon de voyager, plus lente et consciente. Quelle émotion souhaitez-vous transmettre à bord?
Nous voulons que nos passagers repartent transformés, plus calmes, plus présents. Notre philosophie, que nous appelons «Ocean State of Mind», s’inspire de la mer : un état d’esprit fait de liberté, de mouvement et d’équilibre intérieur. C’est une invitation à ralentir, à ressentir. Nos hôtes sont souvent des professionnels débordés, connectés en permanence. À bord, ils redécouvrent le temps, celui qui permet de respirer, d’écouter, de se reconnecter à soi. L’océan, par son horizon infini, éveille une paix intérieure. Nous souhaitons que cette sérénité les accompagne bien au-delà du voyage.
[L’hospitalité] ce n’est pas seulement offrir un service [à quelqu’un] : c’est créer une émotion, une mémoire. Un petit geste, un regard, une attention sincère peuvent rester gravés toute une vie.
Et la durabilité, quelle place occupe-t-elle dans ce projet?
Elle est au cœur du projet. Explora Journeys, marque familiale genevoise héritière de plus de trois siècles de tradition maritime, a une responsabilité envers l’océan. Nos futurs navires fonctionneront au gaz naturel liquéfié, et la MSC Foundation soutient activement la préservation marine. Voyager mieux, c’est voyager avec respect.
Dans un milieu encore largement masculin, comment définiriez-vous votre style de leadership?
Je crois en un leadership de présence, fondé sur l’exemple et l’action. Être leader, c’est avant tout être sur le terrain, retrousser ses manches, écouter, comprendre et inspirer. Mon style repose sur l’empathie et l’intuition, équilibrées par la clarté et l’exigence. L’intelligence émotionnelle est une force : elle permet de créer la confiance plutôt que la peur, et de faire grandir les équipes plutôt que de les contrôler.
Les femmes qui vous ont inspirée?
Ma mère, d’abord. Une femme d’une gentillesse infinie, d’un dévouement sans faille. Et ma première cheffe, il y a 25 ans, qui m’a appris à oser lever la main, à faire confiance à ma curiosité. Depuis, j’essaie à mon tour d’encourager les jeunes femmes, de leur donner la force de croire en elles.
L’océan, par son horizon infini, éveille une paix intérieure.
Diriez-vous que vous êtes ambitieuse?
Oui, et je le revendique. L’ambition féminine dérange encore parfois, mais elle est nécessaire. Je dirais à toutes les femmes : soyez ambitieuses, ayez une voix, et servez-vous-en. Nous avons cette intelligence du cœur, cette capacité à créer du lien et à inspirer les autres. Il ne faut pas se justifier ni chercher à plaire. Parlez avec clarté, précision et conviction. Ce n’est pas toujours la voix la plus forte qui compte, mais celle qui a le plus d’impact.
Comment parvenez-vous à trouver l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle?
Trouver l’équilibre est un défi constant. Je n’ai pas d’enfants, mais je suis mariée depuis 18 ans, et le temps passé ensemble est précieux. J’ai appris à dire non, à reconnaître mes limites, à comprendre que la meilleure façon de prendre soin des autres, c’est d’abord de se préserver soi-même. Mon coach sportif me répète souvent : «Tu dois savoir quand dire stop.» Avec le temps, j’ai compris que l’énergie est notre ressource la plus précieuse. Je crois qu’il faut s’entraîner à la vie professionnelle comme les athlètes se préparent à leurs compétitions. Nous devons être solides – physiquement et mentalement – pour tenir sur la durée. C’est une question d’énergie, de discipline et de résilience.
Prenez-vous encore le temps de voyager pour le plaisir?
Oui, c’est essentiel. J’aime partir avec mon mari, découvrir de nouveaux horizons, m’imprégner d’autres cultures. L’Asie reste ma destination de cœur : j’y retrouve une philosophie du temps, une douceur de vivre qui me recentre. Chaque année, je m’offre quelques jours de retraite, comme à Rakxa, en Thaïlande. C’est ma façon de me reconnecter à moi-même, d’entretenir mon énergie et ma clarté intérieure.
Être leader, c’est avant tout être sur le terrain, retrousser ses manches, écouter, comprendre et inspirer.
Quand vous pensez au mot «luxe», qu’évoque-t-il pour vous?
Le luxe, pour moi, c’est le temps. Le temps de respirer, de réfléchir, de ne rien faire. Une journée sans rendez-vous dans mon agenda, c’est un trésor. Le reste – les voyages, la beauté, les expériences – découle de cette liberté-là.