Rencontre avec Mario Testino, icône mondiale de la photographie
Il est l’un des photographes les plus influents au monde et nous accorde une interview exclusive. Il y confie ses sensations et ses photos sur la Suisse. Et plus encore.

Mario Testino, icône de la fashion sphère, a sublimé à travers son objectif les plus belles femmes du monde : Lady Diana, Kate Moss, Kate Winslet, etc. Dans cet entretien, l’artiste se livre avec générosité et nous parle de son projet permanent «The Beautiful World», une série d’œuvres questionnant l’identité, l’héritage et les traditions de différentes communautés et pays. Le maestro, à l’esthétique ultra-soignée et aux mises en scène hors du commun, s’est arrêté dans nos cantons afin d’immortaliser nos us et coutumes. Du vêtement folklorique aux vaches fleuries, il nous reconnecte, avec génie, à la culture suisse. Un hommage helvétique des plus vibrants.
Vous avez photographié les plus grandes personnalités. À votre avis, quel est le secret de la beauté ? Et quelle femme vous a le plus marqué ?
J’ai toujours pensé que la beauté se montre sous différentes formes. Certaines personnes sont belles dès leur jeune âge, d’autres le deviennent avec le temps. Le plus grand secret de la beauté est de s’apprécier et d’accepter qui tu es, parce que c’est ce qui permet à ta vraie beauté de briller. Nous vivons dans un monde où les gens sont constamment en train d’améliorer leurs visages, ce qui est une autre manière d’atteindre la beauté, mais parfois cela efface trop les signes de la vie, les émotions et l’expérience. De tous les gens que j’ai photographiés, la princesse Diana est celle qui m’a le plus impressionné. Cette session avait pour objectif de dépouiller toute décoration et de révéler la vraie personne. La beauté réelle, pour moi, gît dans la vérité et l’authenticité.
Votre projet « A Beautiful World » est-il une forme d’antidote à la cruauté et aux tensions du monde actuel ?
« A Beautiful World » est né de ma fascination pour les vêtements traditionnels. Je viens du Pérou, où dans les montagnes les gens portent plusieurs types de tenues, chacune représentant une identité unique. Nous regardons souvent ces vêtements sans vraiment les voir. J’ai voulu leur donner l’attention qu’ils méritent, car chaque pièce possède sa propre magie.
Tout a commencé lorsque j’ai découvert des archives de costumes péruviens traditionnels, qui m’ont inspiré à les documenter. À cette époque, les photographes s’éloignaient des projets personnels, mais je ressentais le besoin d’explorer quelque chose de profondément connecté à qui je suis. J’ai été inspiré par la série Small Trades d’Irving Penn, qui m’a motivé à photographier ce qui m’attire véritablement.
Depuis, j’ai commencé à voyager à travers le monde et, jusqu’à présent, j’ai photographié des traditions dans plus de trente pays. Le monde avance rapidement vers la mondialisation, et de nombreuses traditions risquent de disparaître. Pour moi, ce projet n’est pas seulement une manière de les documenter, mais également un voyage de découverte. Je suis constamment émerveillé par ce que je rencontre.

Nous vivons dans un monde où les gens sont constamment en train d’améliorer leurs visages, ce qui est une autre manière d’atteindre la beauté, mais parfois cela efface trop les signes de la vie, les émotions et l’expérience.
Les Suisses vous ont-ils bien accueilli ? Et qu’avez-vous pensé de nos traditions et de notre héritage ?
Les Suisses ont été incroyablement gentils et ouverts. Ce n’était pas ma première visite en Suisse, mais c’était la première fois que j’y allais pour étudier les traditions. J’ai été surpris de découvrir à quel point les traditions suisses sont riches et anciennes.
Dans plusieurs régions du monde, les traditions sont préservées dans des milieux modestes. En Suisse, cependant, il existe un véritable amour et une fierté collective pour ce qui représente l’identité nationale. Certains costumes que j’ai découverts étaient, de manière totalement inattendue, d’apparence primitive, presque tribale, avec des masques et des accessoires évoquant davantage les traditions africaines que ce que l’on pourrait imaginer de la Suisse.
Puisque le pays est composé de plusieurs cantons, chacun avec ses propres traditions, nous avons voyagé intensément pour en documenter autant que possible. Comme tous mes projets, « A Beautiful World » demeure en cours, car il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir.


Si vous deviez définir une esthétique suisse, quelle serait-elle ?
Il est difficile de définir une seule esthétique suisse, car j’ai été constamment surpris. Je m’attendais à trouver d’élégants tissus, des imprimés raffinés et des couleurs harmonieuses – ce que j’ai effectivement découvert – mais j’ai été étonné par les rituels qui ont lieu à la fin ou au début de l’année pour conjurer les mauvais esprits. Ce mélange de sophistication et d’énergie primale définit la Suisse de manière unique.
De tous les gens que j’ai photographiés, la princesse Diana est celle qui m’a le plus impressionné.
Quels sont vos endroits préférés en Suisse, et pourquoi ?
J’apprécie particulièrement Zurich. Cet endroit est plein d’histoire et de beauté, mais aussi très vivant et actuel. À chaque fois que j’y suis allé, je me suis senti inspiré. Ma première visite en Suisse était pour rencontrer l’artiste Balthus et sa femme Setsuko, et j’ai été profondément touché par l’équilibre entre nature, art et culture.
Vous avez immortalisé les gardes suisses à Rome, que représentent-ils à vos yeux ?
J’ai commencé à photographier les gardes présidentiels et royaux durant mes voyages, car ils représentent des symboles puissants de l’identité nationale, une manière pour un pays de se présenter au monde.
Photographier les gardes suisses au Vatican a été une expérience incroyablement enrichissante. D’abord en raison de l’histoire de ces gardes suisses, devenus les gardes du pape dans un pays différent du leur.
Et puis, j’ai eu la permission d’entrer dans la salle où le pape reçoit les diplomates et les invités étrangers. Le cadre est majestueux, et les gardes sont impeccables, parfaitement habillés et immobiles. Les photographier dans ce contexte donnait l’impression de saisir une tradition vivante.

En Suisse, il existe un véritable amour et une fierté collective pour ce qui représente l’identité nationale. Certains costumes que j’ai découverts étaient, de manière totalement inattendue, d’apparence primitive, presque tribale, avec des masques et des accessoires évoquant davantage les traditions africaines que ce que l’on pourrait imaginer de la Suisse.
Vous nous offrez de la beauté positive depuis 40 ans, quel est votre secret du bonheur ?
J’essaie toujours de voir le côté positif. La vie peut être difficile, alors tout ce qui la rend plus lumineuse, passionnante et plus belle est précieux. J’aime le soleil, et comme la photographie consiste à écrire avec la lumière, son langage devient naturellement porteur d’optimisme.
Une exposition en Suisse est-elle prévue ?
Oui — nous préparons une exposition pour la fin du mois de janvier à la galerie Patricia Low, à Gstaad, sous le commissariat de Simon de Pury.