« Le délicieux Professeur V. » : le dernier cauchemar psychologique de Netflix

Disponible depuis peu en Suisse, la série Netflix transforme une cabane isolée en décor d’obsession et de manipulation.
Entre rivalités brûlantes et romances à la Bridgerton, les cottages s’imposent de plus en plus sur le petit écran, devenant le théâtre d’amours secrètes et de rendez-vous clandestins. Mais dans Le délicieux Professeur V., disponible en Suisse depuis peu sur Netflix, la cabane idyllique se pervertit : elle devient le décor d’une liaison tordue… et d’un enlèvement psychosexuel. Attention, spoilers.
D’une distraction à l’obsession
Rachel Weisz mène la nouvelle série dans le rôle d’une professeure de littérature à l’université, simplement appelée « la Protagoniste ». Son mariage ouvert se retrouve soudain sous les projecteurs lorsque son mari – lui aussi enseignant, incarné par John Slattery – est visé par des accusations d’agression sexuelle. L’arrivée d’un jeune professeur d’anglais charismatique, Vladimir, interprété par Leo Woodall, vient alors bouleverser l’équilibre du campus… et offrir à l’héroïne une distraction idéale. Les deux personnages finissent par se réfugier dans une cabane isolée, mais leur relation déraille rapidement sous le poids de l’obsession de la Protagoniste.
Adaptée du roman à succès de Julia May Jonas publié en 2022, la série Le délicieux Professeur V. n’utilise pas la cabane reculée uniquement pour intensifier son intrigue amoureuse. Certes, les deux personnages se rendent dans une résidence secondaire transformée en retraite d’écriture au cœur des bois, où ils consomment enfin leur liaison. Mais la situation bascule rapidement : Vladimir est drogué, attaché à une chaise et, en pratique, retenu en otage. La cabane devient alors le lieu où l’obsession de la Protagoniste atteint son paroxysme — bien loin d’une quelconque happy ending.

Atmosphère d’horreur
Pour ce cottage qui passe d’un refuge idyllique à une scène d’enlèvement, la cheffe décoratrice Sharon Lomofsky a déniché une cabane en rondins du 19e siècle à Terra Cotta, en Ontario. « Nous voulions que tout commence comme dans un conte de fées », explique-t-elle à ELLE Decor. « Puis, au fil de la série, tout se dérègle et l’intensité monte. »
Dès le départ, la scénographie glisse d’ailleurs de subtils indices suggérant que quelque chose ne tourne pas rond dans les bois. « Il y avait des faux-semblants et des leurres disséminés un peu partout », raconte Lomofsky. « Nous voulions instaurer une véritable atmosphère d’horreur. »
Pour créer cette tension, la décoratrice mise sur l’isolement de la cabane, ses plafonds bas presque « claustrophobes » et un éclairage sombre et ombrageux inspiré des tableaux d’Edward Hopper. Lomofsky et son équipe ont même construit dans la cabane un escalier « qui ne mène nulle part », afin d’ajouter « cet élément classique de l’horreur qui donne l’impression qu’on ne peut pas s’échapper ».

Parmi les accessoires clés figure une chaise anglaise ancienne du 19e siècle, qui se transforme en « une sorte de chaise de bourreau », explique Lomofsky. Vladimir y est enchaîné ; la pièce est sculptée de motifs et d’éléments proches du « graffiti », tandis que le personnage de Rachel Weisz décide de la manière dont elle va tenter de le séduire.
Aucun héro
Dans le final incendiaire, la cabane part en flammes et la Protagoniste abandonne à la fois son mari et Vladimir pour sauver… son manuscrit. La scène fait écho au roman gothique Rebecca (1938) de Daphne du Maurier — que le personnage de Weisz enseigne lors de sa dernière leçon avant de partir en retraite, un premier indice de ce qui s’annonce. Le cottage devient alors une sorte de double du domaine de Manderley dans le livre.
Conclure l’histoire par un incendie est d’ailleurs un trope classique du genre gothique, rappelle la productrice exécutive du Délicieux Professeur V. et créatrice de Bad Sisters, Sharon Horgan. Le feu symbolise « l’aboutissement d’une fixation et d’une obsession ». Mais Rebecca n’est pas la seule référence littéraire de la série : elle joue également avec Lolita, le roman de 1955 de Vladimir Nabokov — le titre étant lui-même un clin d’œil au nom de l’auteur. « Rebecca et Lolita sont toutes deux des histoires de personnages aveuglés par leur obsession », explique Horgan. « Notre protagoniste est une héroïne littéraire à sa manière, et elle est désespérément en quête d’une catharsis pour son histoire. »

Si la série s’inspire de ces deux monuments de la littérature, Sharon Lomofsky compare plutôt son univers visuel à celui d’un conte classique. « C’est comme Le Petit Chaperon rouge, sauf qu’ici… c’est elle le loup », dit-elle. Et de conclure : « Elle est la reine de son propre monde, de son propre château. Elle vit dans cette fantaisie : est-ce romantique ? Est-ce votre plus beau cauchemar ou votre pire cauchemar ? Et quelle part de tout cela est réelle ? Ce que j’aime dans cette histoire, c’est que tout le monde est un anti-héros. Il n’y a pas vraiment de bonnes personnes. »
Autrice : Samantha Bergeson
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elledecor.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.