Tollé politique, sponsors en fuite : pourquoi tant de chaos autour de Kanye West

Après ses propos antisémites, la pression montait depuis plusieurs jours au Royaume-Uni pour obtenir l’annulation de la participation du rappeur au Wireless Festival, prévu en juillet prochain. Mardi soir, chose faite : il s’est au final vu interdire l’entrée sur le territoire britannique.

Il fut un temps — il y a à peine deux ans — où Kanye West, aussi dit Ye, semblait ne pouvoir se produire… qu’en Asie. À l’automne 2024, une vidéo était devenue virale : on y voyait le rappeur américain danser avec ses quatre enfants (nés de son union avec Kim Kardashian, dont il s’est depuis séparé) en Corée du Sud, lors d’une ¥$ Vultures Listening Experience organisée pour promouvoir son projet avec le chanteur et producteur Ty Dolla $ign.

Cette séquence, couplée à une autre où il dansait sur « On Sight » — morceau issu de Yeezus (2013, époque où West trônait encore solidement en tête du Billboard) — a marqué un rare moment où Ye captait l’attention… de manière positive. Le voir spontané, sans filtre, dans son rôle de père avait temporairement atténué son image de « mauvais garçon », surtout aux États-Unis, où le public accumule depuis des années les raisons de ne plus vouloir entendre parler de sa musique.

Kanye West et ses shows asiatiques

Autant dire qu’il ne s’est pas attiré les faveurs d’une large partie des fans de hip-hop : soutien au mouvement (Make America Great Again) MAGA, déclaration hallucinante selon laquelle « l’esclavage était un choix », enchaînement de propos antisémites, commentaires ignobles sur la mort de George Floyd — qui lui ont valu en 2022 une rupture avec Balenciaga — sans oublier de récentes accusations de harcèlement sexuel.

Et pourtant, en Asie, le vent semblait tourner. Kanye West y a enchaîné les performances pendant plusieurs mois, au point que ses événements auraient même boosté l’économie locale. Il s’est produit à deux reprises au Wuyuanhe Stadium de Haikou, après avoir été tête d’affiche du Mid-Autumn Festival en septembre. Station balnéaire réputée, Haikou s’est brièvement transformée en véritable « Yeezy World ».

Selon le Los Angeles Times, la tournée a généré 7 millions de dollars de recettes, tandis que l’agence Xinhua News Agency évoque un impact économique local de 53 millions. Et ce, malgré le passage du typhon Typhoon Hagi — le plus violent à frapper l’île en 75 ans. Les fans, eux, ne se sont pas laissés décourager.

Retour sur scène : les polémiques persistent

Mais dès qu’il s’agit de programmer le rappeur aux États-Unis ou en Europe, les tensions ressurgissent. Les raisons ? Toujours les mêmes : propos antisémites, t-shirt à croix gammée, éloges du nazisme et du Führer — jusqu’à la sortie d’un morceau intitulé « Heil Hitler » (2025). Résultat : une carrière live drastiquement réduite, voire mise à l’arrêt.

Conscient du problème, le rappeur a tenté à plusieurs reprises de faire marche arrière. Il s’est dit repentant, attribuant ses dérives à des troubles psychiques. Il est même allé jusqu’à acheter une page du The Wall Street Journal pour présenter ses excuses, évoquant un trouble bipolaire qui l’aurait déconnecté de la réalité.

Ce revirement lui a permis de revenir avec un nouvel album, Bully (2026), et d’annoncer une série de concerts en Europe et aux États-Unis, dont une première date en Italie, à l’Hellwatt Festival le 18 juillet. Mais rien ne s’est passé comme prévu : son statut de tête d’affiche au Wireless Festival (les 10, 11 et 12 juillet à Finsbury Park) a poussé plusieurs sponsors — Pepsi, PayPal, Rockstar Energy et Diageo (propriétaire notamment de Guinness, Tanqueray ou Smirnoff) — à se retirer.

Mardi 7 avril, les organisateurs du festival Wireless ont annoncé dans la foulée son annulation. «À la suite de la décision du Ministère de l’intérieur d’interdire l’entrée» de Kanye West au Royaume-Uni, les organisateurs «ont été contraints d’annuler le Wireless Festival», ont-ils écrit sur Instagram.

La prise de position de David Schwimmer

Une décision saluée par David Schwimmer, célèbre pour son rôle de Ross dans Friends. L’acteur a félicité les marques qui, « contrairement au Wireless et à Festival Republic, ont refusé de donner une plateforme à un artiste devenu l’un des plus grands vecteurs de haine et d’intolérance au monde ».

D’origine juive, Schwimmer estime que les propos de Ye ont causé « des dommages irréparables » et alimenté « la haine et la violence contre les juifs dans le monde ». Selon lui, les excuses du rappeur pourraient n’être qu’une stratégie de communication en amont de son retour sur scène — rappelant qu’il s’est déjà excusé par le passé… avant de récidiver.

Il pointe aussi du doigt les artistes ayant récemment partagé la scène avec Ye, comme Lauryn Hill et Travis Scott : « Ils semblent ignorer son passé d’antisémitisme débridé. Ou peut-être le cautionnent-ils ? »

Le monde politique s’en mêle

Mais l’opposition ne vient pas seulement des célébrités : la classe politique britannique est en première ligne. Le Premier ministre Keir Starmer a qualifié sa participation de « profondément préoccupante », tandis que des membres du Parti conservateur ont demandé que son visa soit refusé.

Le ministre de l’Intérieur fantôme Chris Philp a dénoncé « non pas un incident isolé, mais un schéma de comportement ayant causé une réelle souffrance aux communautés juives ». Même ton du côté de la ministre de l’Éducation Bridget Phillipson, qui a jugé ses propos « totalement inacceptables et répugnants », rappelant qu’il n’y a « aucune place pour la haine, le sectarisme ou l’antisémitisme ».

Le maire de Londres Sadiq Khan se serait lui aussi opposé à sa venue, refusant notamment l’accès au London Stadium. Selon la BBC, le gouvernement envisage même de lui interdire l’entrée sur le territoire, comme l’avait fait l’Australie à l’époque de « Heil Hitler ».

Face à la polémique, Kanye West a proposé de rencontrer des représentants de la communauté juive britannique : « À ceux que j’ai blessés : j’ai suivi le débat autour du Wireless et je veux y répondre directement. Mon seul objectif est de venir à Londres et de présenter un spectacle placé sous le signe du changement, en apportant unité, paix et amour à travers ma musique. »

Avant d’ajouter : « Je sais que les mots ne suffisent pas. Je devrai prouver ce changement par mes actes. Si vous êtes prêts à discuter, je suis là. » Reste à voir si cela suffira — ou, plus précisément, si cette fois, son mea culpa sera jugé crédible.

Autrice : Carlotta Sisti
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.

Statistiques

Ce site utilise Google Analytics pour collecter des informations anonymes telles que le nombre de visiteurs du site et les pages les plus populaires.

Garder ce cookie activé nous aide à améliorer notre site Web.