Sandrine Kiberlain : « Le cinéma peut apporter du rêve, des solutions même »

L’actrice française était l’invitée prestigieuse de la 9e édition des Rencontres du 7e Art à Lausanne. Entrevue lumineuse avec une femme pétillante.

Sandrine Kiberlain est comme on l’imagine à travers ses nombreux rôles: une alliance séduisante faite d’élégance, d’humour et de douceur, l’émotion à fleur de peau. Une femme au franc-parler qui pose un regard averti sur le cinéma d’aujourd’hui, à la fois comme actrice et réalisatrice. Ses succès se sont enchaînés avec la consécration et le César de la meilleure actrice pour son rôle dans «9 mois ferme» d’Albert Dupontel. Elle présentait à Lausanne son premier long métrage, Une jeune fille qui va bien, bientôt suivi d’un autre. L’occasion de montrer en avant-première Ceux qui comptent de Jean-Baptiste Leonetti où elle partage l’affiche avec Pierre Lottin.

ELLE. Pour quelles raisons participez-vous aux Rencontres du 7e Art Lausanne?
Sandrine Kiberlain.
Je savais que Vincent Perez avait créé ce Festival et j’ai toujours aimé qu’un artiste soit à l’origine d’un lieu de rencontre autour de la passion que nous partageons. J’ai donc naturellement accepté son invitation. D’autant qu’il s’agit d’un événement sans compétition. C’est l’occasion également de mesurer l’effet que font les films sur les gens instantanément.

En quoi le personnage de Rose dans «Ceux qui comptent» vous a séduite?
C’est une mère de famille fauchée, vivante et qui fait face. Elle a trois enfants auxquels elle veut absolument transmettre la joie de vivre qu’elle a au fond d’elle. J’ai aimé son courage, sa force de vie, sa liberté, une espèce d’héroïne malgré elle qui voit toujours le verre à moitié plein.

Et qui tombe amoureuse… Comment s’est passé le tournage avec Pierre Lottin?
En découvrant En fanfare (2024) d’Emmanuel Courcol, j’ai trouvé Pierre idéal pour ce personnage. Il a ici l’occasion de montrer une autre facette de lui, plus taiseux et plus séduisant, une espèce de force tranquille.

Y a-t-il des types de personnages que vous n’avez pas encore incarnés et qui vous tenteraient?
Oui, une folle qui ne veut pas le montrer, une alcoolique… des personnages qui mentent. J’avais adoré le faire dans Elle l’adore (2014) de Jeanne Herry. J’aimerais jouer quelque chose de très féminin aussi comme chez Hitchcock, Stephen Frears ou encore Marie Kreutzer.

De manière générale, qu’est-ce qui vous conduit à accepter un rôle?
Une association de plein de choses et, en priorité, un réalisateur qui me plaise. J’ai besoin de le sentir habité par son projet, que rien ne l’arrête et qu’il m’embarque dans son histoire. Il faut aussi que le scénario me convainque.

En quoi le thème de ces Rencontres, «Hope, espoir», vous inspire-t-il?
Il faut garder espoir, même dans le chaos. Le cinéma peut apporter du rêve, des solutions même: on peut y créer des choses qui sont impossibles dans la vie. On peut se relever d’une guerre, la faire autrement, l’éviter. Le mot espoir va très bien avec le cinéma. C’est le mot peut-être le plus optimiste.

Comment vivez-vous le fait que votre fille marche dans les pas de ses parents?
Comme tous les parents qui ont des enfants traversés par la même passion qu’eux! Il existe un fantasme autour du métier d’acteur. Mais nous n’avons pas été surpris par le chemin qu’emprunte notre fille. J’ai toujours connu Suzanne passionnée par le jeu et par la mise en scène. C’est une artiste née. Qu’elle soit heureuse me rend heureuse. On est sauvé quand on a des enfants passionnés.

Auriez-vous envie de tourner avec elle?
J’ai envie de tout avec elle! Mais elle a sa vie à faire et l’occasion ne s’est pas encore présentée.

Êtes-vous d’accord avec Vincent Perez qui disait dans ces colonnes à quel point il est compliqué de réaliser un film?
Complètement. Faire un film, si ce n’est pas grand spectacle et populaire, si ça n’aborde pas des thèmes qui rassemblent ou qui choquent, c’est compliqué. Je ne pense pas qu’Alain Resnais, François Truffaut ou Jean-Luc Godard puissent faire des films aussi facilement aujourd’hui. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de bons premiers films que cette année. Il faut savoir s’adapter et aller parfois à l’essentiel.

Avez-vous envie de recommencer?
C’est prévu dès le 15 avril! C’est un film sur une actrice à quatre âges de sa vie. Je jouerai celle de 50 ans. C’est l’inconnue totale. Rebecca Marder interprétera cette femme à 30 ans et Charlotte Rampling à 80.

Vous qui aviez présidé la cérémonie des César, qu’avez-vous pensé de la dernière?
Très réussie pour mille raisons. D’abord parce que la joie de Benjamin Lavernhe a été contaminante dans cette période si rude. Il a été emporté par sa passion pour Jim Carrey, c’était bouleversant. Des choses ont été dites mais sans revendication, avec beaucoup d’intelligence. J’ai particulièrement apprécié Carine Tardieu, Léa Drucker, tellement intelligente, Vimala Pons, sur le fil comme elle est, en disant de vraies choses avec humour, Laurent Lafitte aussi. Il ne s’attendait pas à être distingué et on l’a découvert pris au piège de son émotion. Ce fut très fort, surtout venant d’une personne si douée dans le contrôle, l’écriture et la composition. Avec en même temps son humour grinçant qui l’a dépassé par endroits. Jim Carrey fut aussi très émouvant.

Votre sœur Laurence vient de publier Rééduquée où elle évoque son rapport au corps. Un sujet qui vous rapproche?
Je travaille physiquement mes rôles, c’est vrai. Mais là, franchement, je n’ai pensé à rien d’autre qu’à elle. Nous sommes tous comme ça quand on aime les gens: d’un seul coup, plus rien d’autre n’existe. Que cette épreuve donne lieu à l’écriture d’un livre, à un regard différent sur elle-même et que ce corps qu’elle n’a jamais vraiment aimé devienne son allié, c’est cela l’espoir.

Tags : Lausanne · Cinéma
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