Le créateur de mode Rick Owens lance des soins dentaires à l’univers gothique

Le créateur revient sur sa nouvelle collaboration dédiée à l’hygiène bucco-dentaire avec Selahatin.
Quelle odeur a l’haleine de Rick Owens ? Comment se brosse-t-il les dents ? Les plus curieux ont enfin leurs réponses grâce à la toute première collaboration du designer avec la marque suédoise de soins bucco-dentaires Selahatin. Après avoir évoqué dans une interview pour GQ son amour des brosses à dents en os et du dentifrice de la marque, Rick Owens s’est associé à Selahatin pour une collection officielle.
La collection Selahatin x Rick Owens comprend une brosse à dents en corne de taureau dotée de poils de sanglier, ainsi qu’un spray buccal, un dentifrice et un bain de bouche au parfum « monochrome », imaginé à l’image de l’univers du créateur. Des notes de vanille de Madagascar, de poivre du Sichuan et de romarin laissent derrière elles un « halo propre et métallique », décrit la marque sur son site.
À l’occasion du lancement, ELLE a soumis Rick Owens et Kristoffer Vural, fondateur de Selahatin, à un mini-questionnaire autour des dentistes, du bien-être et des brosses à dents électriques.

Que vous évoque le terme « longévité » ? Est-ce un concept qui vous fait lever les yeux au ciel ou une nécessité selon vous ?
Rick Owens : Je n’y pense jamais vraiment. Je me sens déjà assez chanceux d’être arrivé jusque-là.
Kristoffer Vural : Je ne pense pas à la longévité. Je pense à la pertinence. Et à l’impact.
Comment définissez-vous le bien-être ?
RO : Le bien-être, c’est simplement faire du mieux possible avec ce qu’on a.
KV : Le bien-être me traverse, mais je n’entretiens pas de véritable relation avec cette idée.
Quel est votre avis sur les facettes dentaires ? Vous aimez ça ? Vous pourriez vous en poser ?
RO : J’ai justement des facettes sur mes deux dents de devant. Je les ai faites simplement pour harmoniser ma bouche.
KV : Je suis plutôt neutre sur les facettes, tant que ça ne donne pas l’impression d’avoir blanchi ses dents une nuance de trop — ça déclenche immédiatement mon allergie au contemporain.
Le bien-être, c’est simplement faire du mieux possible avec ce qu’on a.
Avez-vous déjà envisagé d’utiliser une brosse à dents électrique ?
RO : Je n’ai pas besoin d’un câble supplémentaire dans ma vie. Une brosse à dents classique me paraît plus simple et plus pratique en voyage.
KV : Non. Je n’ai pas envie d’un appareil de plus à recharger. Et puis ça aplatit l’expérience. Avec une brosse manuelle, on ressent la texture, la résistance. Les arômes prennent davantage de place.
Cherchez-vous l’idée de « perfection » lorsqu’il s’agit des dents ?
RO : Je pense que de belles dents, encadrées par un grand sourire sincère, figurent parmi les choses les plus séduisantes chez quelqu’un. Je suis très reconnaissant envers mes parents de m’avoir fait porter un appareil dentaire et d’avoir pris soin de mes dents quand j’étais jeune.
KV : Les dents parfaites ne deviennent intéressantes que lorsqu’elles relèvent du pastiche. En tant que créatif, je suis davantage attiré par la tension, par l’idée de rendre quelque chose d’inattendu extrêmement précis. Trop de perfection, trop de lisse, et tout perd rapidement son intensité.
Vous avez déjà expliqué considérer votre marque, Rick Owens, comme destinée aux « freaks » (ndlr : marginaux). Que ressentez-vous lorsque ce qui était autrefois perçu comme marginal devient mainstream ?
RO : Ma marque célèbre les freaks, mais elle n’exclut personne. Il y a de la place pour tout le monde.
Les dents, c’est freak ou goth (ndlr : gothique) ?
RO : Pour moi, les dents sont avant tout un excellent indicateur de santé.
Pourriez-vous un jour porter des bijoux dentaires, comme Michèle ?
RO : Non. C’est elle, l’exotique.
Trop de perfection, trop de lisse, et tout perd rapidement son intensité.
Quel rapport entretenez-vous avec votre dentiste ? Trouvez-vous les cabinets dentaires esthétiquement décevants ?
RO : J’adore le mien. Il est installé dans un magnifique hôtel particulier, avec un écran diffusant des documentaires sur la nature au plafond, que je regarde allongé pendant mes détartrages.
KV : Oui. On sent qu’il y a une évolution vers davantage de design et d’esthétique, mais cela reste timide. La plupart des espaces paraissent encore purement fonctionnels, sans véritable réflexion visuelle.
Dans cette collaboration, vous évoquez l’envie de créer un parfum « monochrome ». Pourquoi ?
KV : Nos deux univers parlent déjà ce langage : discipliné, raffiné, légèrement austère. C’est donc devenu un point de rencontre naturel. Nous avons continué à le façonner jusqu’à ce qu’il ressemble à Rick : des lignes nettes, une tension silencieuse, des opposés maintenus juste assez longtemps pour rester en équilibre. C’est son univers, mais définitivement Selahatin. Un goût monochrome, c’est une idée unique poussée avec précision. Il s’agit de raffiner une sensation jusqu’à ce qu’elle devienne une atmosphère entière. Le contraste reste intérieur : le chaud contre le froid, le tranchant contre le propre, mais tout avance sur une même ligne.
Pendant le développement du parfum et de la saveur, Rick aurait dit : « Va plus fort. » Comment avez-vous interprété cette directive ?
KV : Rick ne voulait pas dire « plus fort » au sens bruyant du terme. Il parlait davantage de résistance, de mordant. Il vit dans les extrêmes : la nicotine, l’amertume, la sécheresse. Tout ce qui est trop poli disparaît dans cet univers. « Va plus fort », c’était donc pousser la saveur jusqu’à ce qu’elle puisse survivre dans cet environnement. Je l’ai pris au pied de la lettre. J’ai essayé d’entrer dans ses conditions de vie. J’ai fumé. J’ai bu du café et du gin — comme lui. J’ai porté mes pièces Rick Owens pour me mettre dans l’ambiance. Puis j’ai ajusté la saveur à l’intérieur de cet espace, pour qu’elle soit moins décorative, plus tranchante, plus tendue entre le froid et le chaud, entre le net et le propre.
[Rick Owens] vit dans les extrêmes : la nicotine, l’amertume, la sécheresse. Tout ce qui est trop poli disparaît dans cet univers.
Quelles émotions espérez-vous susciter avec cette collaboration ?
RO : La satisfaction.
KV : De la clarté — comme quelque chose qui vous rend plus conscient de vous-même.
Autrice : Kathleen Hou
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.