Dans les coulisses d’une robe en papier suisse pour le Festival de Cannes 2026

En mai dernier, une robe pas comme les autres a brillé sur la Croisette. Née de la rencontre entre les créatifs suisses Pepeuf et Tania Zekkout, la pièce, confectionnée entièrement à la main, vise à bousculer les codes du luxe durable. Reportage.

Plus que quelques jours avant le grand saut. Sous l’œil des caméras de ELLE Suisse, Jérémie Didi, Tania Zekkout et Eloïse Valli peaufinent les derniers détails d’une robe qui pourrait bien attirer les flashs les plus convoités de la planète mode et cinéma : ceux du Festival de Cannes. Sa particularité ? Elle est entièrement réalisée en papier.

Une papeterie qui rêve en grand

Et pas n’importe lequel. La pièce a été confectionnée à partir d’un papier dit « NAT » – soit élaboré à partir de déchets organiques de canne à sucre. Pour une ambition qui sort tout autant du cadre. Car Pepeuf n’est pas une marque de mode. Il s’agit d’une maison de papeterie. Née à Lausanne, elle promeut depuis 2024 des carnets en papier NAT illustrés par des artistes émergents dont l’assemblage est confié à des personnes en situation de handicap. Ces créations sont vendues lors de pop-ups organisés par la marque, de Genève à Lausanne, jusqu’à Paris.

Mais ses fondateurs, Jérémie Didi et Lucas Letailleur, n’ont jamais eu l’intention de s’arrêter là : « On cherchait un moyen de prolonger la vie des œuvres au-delà de l’éphémère d’un pop-up et d’offrir à leurs créateurs une visibilité durable. » C’est dans cette logique qu’a vu le jour l’idée d’une robe destinée à fouler la Croisette mardi 19 mai. « Avec cette robe en papier, ce que je voulais, c’est rendre l’écologie glamour et le glamour accessible à tous », résume Jérémie Didi.

Ce que je voulais, c’est rendre l’écologie glamour et le glamour accessible à tous.

Jérémie Didi, cofondateur de Pepeuf
ELLE Suisse

Environ 6000 pétales

Pour donner vie à cette vision, Pepeuf n’a pas hésité longtemps sur le choix de la designer. À la tête de sa marque éponyme depuis une quinzaine d’années, Tania Zekkout connaît l’exigence des ateliers d’exception. Passée notamment par Christian Dior, elle a façonné un univers où dialoguent féminité, nature, artisanat, et surtout contrastes de matières : le cuir, la dentelle, l’organza brûlé, les transparences… Tout un vocabulaire esthétique qui a trouvé écho dans les ambitions couture de la marque de papeterie. Tania Zekkout a, quant à elle, accepté de se lancer dans l’aventure, attirée, dit-elle, par les projets « en marge ». Et celui-ci avait de quoi piquer sa curiosité : le papier était encore un territoire inexploré dans son parcours de créatrice.

La silhouette cannoise prend ainsi forme autour d’une robe sculptant le corps grâce à une multitude de pétales NAT. « J’avais envie de faire un clin d’œil à la nature et à l’arbre qu’on sauve en achetant ce papier-là », explique, aiguille à la main, Tania Zekkout. Le clin d’œil se muant rapidement en prouesse d’orfèvre : chacun des pétales a été cousu à la main par la créatrice. Environ 6’000 au total, destinés à habiller le corps d’Eloïse Valli. La comédienne, qui construit depuis dix ans une carrière entre cinéma, théâtre et télévision, ne prête d’ailleurs pas seulement son image au projet. Elle a également participé au processus créatif en partageant ses envies : un dos nu pour une sensualité toute en subtilité, et des bijoux pour ponctuer la silhouette d’éclats précieux : « Il y a quelque chose de très gratifiant à créer une oeuvre d’art tous ensemble », se réjouit-elle.

J’avais envie de faire un clin d’œil à la nature et à l’arbre qu’on sauve en achetant ce papier-là.

Tania Zekkout, designer mode
ELLE Suisse

Côté accessoires, Jérémie Didi a alors fait appel à la maison de joaillerie AGUAdeORO. Un choix loin d’être anodin puisque la marque genevoise se distingue par sa production locale et son approche éthique. En parfaite résonance avec les valeurs qui traversent cette création.

Prochaines étapes : un autre célèbre festival et une association

Après le Festival, la robe poursuivra son voyage jusqu’à la Mostra de Venise, en septembre 2026, avant d’être vendue aux enchères au profit de l’association A Tree For You. Engagée dans des projets de reforestation en France et à travers le monde aux côtés des communautés locales, l’organisation était déjà partenaire de Pepeuf lors d’une précédente création ayant, elle aussi, foulé le tapis rouge.

Qu’on se le dise, longtemps, la mode engagée a souffert d’une réputation peu flatteuse : trop sage pour faire rêver, trop militante pour séduire. Cette robe en papier prouve pourtant qu’une création peut être à la fois spectaculaire et porteuse de sens. Et qu’au royaume des robes de princesse, il suffit parfois d’un simple morceau de papier pour voler la vedette à toutes les autres.