Art Basel 2026 : stars surprises et stands inattendus… ces temps forts qui ont marqué l’événement suisse
L’énergie de cette foire légendaire était « communicative » cette année, selon un directeur de galerie.
Chaque mois de juin durant une semaine, tous les regards du monde de l’art se tournent vers la Suisse. Collectionneurs, artistes, commissaires d’exposition, célébrités et figures incontournables du milieu convergent vers Bâle à l’occasion d’Art Basel, la plus influente foire d’art contemporain au monde. Chefs-d’œuvre dignes des plus grands musées, artistes émergents en pleine ascension et événements très médiatisés s’y disputent l’attention. Fondée en 1970, la foire s’est imposée comme la place de marché incontournable de l’art contemporain. Elle réunit plus de 200 galeries venues des quatre coins du globe et donne le ton des grandes conversations qui animent le monde de l’art bien après la fermeture des portes.
Au-delà des principaux halls, Art Basel – qui s’est tenue cette année du 18 au 21 juin – se déploie à travers plusieurs sections thématiques. « Unlimited » met à l’honneur des installations monumentales et des projets ambitieux qui dépassent les limites d’un stand traditionnel, tandis que « Parcours » investit les rues et les espaces publics de Bâle avec des œuvres in situ. « Premiere » célèbre quant à lui les créations les plus récentes et « Statements » offre des expositions monographiques consacrées à une nouvelle génération d’artistes émergents.
À la fois salon professionnel, événement culturel majeur et rendez-vous mondain, Art Basel transforme la ville suisse en capitale mondiale de la création contemporaine. Expositions, performances, dîners et soirées rythment les journées dans les musées, les hôtels, les bâtiments historiques et les espaces publics. (Si la foire reste l’attraction principale, certains des moments les plus mémorables se déroulent, eux, une fois la nuit tombée.)
L’ambiance de cette édition 2026 était particulièrement optimiste. « L’énergie de la foire est très dynamique et l’engagement autour des œuvres majeures que nous présentons à Bâle est remarquable », souligne Millicent Wilner, directrice générale de la galerie Gagosian.
L’énergie de la foire est très dynamique et l’engagement autour des œuvres majeures que nous présentons à Bâle est remarquable.
Cette année, Art Basel a également attiré plusieurs personnalités, parmi lesquelles Kanye West et Bianca Censori, l’acteur James Franco ou encore l’icône française de la mode et de la culture Michèle Lamy. Dans les immenses espaces de Messe Basel, le centre d’exposition imaginé par Herzog & de Meuron qui accueille la foire chaque année, les visiteurs ont parcouru d’interminables allées où se succédaient galeries prestigieuses, œuvres muséales et installations spectaculaires. Dès le premier après-midi réservé aux VIP, les halls étaient bondés tandis que les premières ventes record et les présentations les plus commentées faisaient déjà les gros titres.
Mais pour de nombreux collectionneurs et habitués, l’attrait de Bâle dépasse largement les apparitions de célébrités et les transactions millionnaires. « Art Basel en Suisse reste ma foire préférée », confie le collectionneur Jason Schwartz. « C’est, de loin, la plus élégante, avec les œuvres de la plus haute qualité et un public composé de personnes créatives, passionnées d’art et délicieusement excentriques. Au début, tout peut sembler écrasant, mais cette petite ville révèle finalement le meilleur du monde de l’art et favorise de véritables relations humaines qui enrichissent durablement l’expérience du collectionneur. »
Art Basel en Suisse reste ma foire préférée. C’est, de loin, la plus élégante, avec les œuvres de la plus haute qualité et un public composé de personnes créatives, passionnées d’art et délicieusement excentriques.
Les galeries ont annoncé d’excellentes ventes dès les premières heures d’ouverture, notamment un Gerhard Richter vendu 20 millions de dollars et une toile de David Hockney adjugée 8,5 millions. Derrière ces chiffres impressionnants, les interrogations sur l’état du marché demeuraient toutefois bien présentes. « Cette édition est soit la continuité de ce que nous connaissons déjà… soit un moment de vérité, selon la place que l’on occupe sur le marché », estime Guy Rusha, fondateur de la galerie californienne Rusha & Co. Qu’ils soient ainsi venus découvrir de nouveaux talents, admirer des œuvres historiques de près, prendre le pouls du marché ou simplement s’imprégner de l’atmosphère unique de la foire, les visiteurs n’ont pas manqué de moments forts. Voici les temps forts d’Art Basel 2026.
Les stands et expositions incontournables
Hauser & Wirth (stand C10)
Réunissant plus de vingt artistes, le stand de Hauser & Wirth a proposé un véritable panorama de l’art d’après-guerre et de l’art contemporain avec des œuvres de Pablo Picasso, Cindy Sherman, Jean-Michel Basquiat, Gerhard Richter ou encore Joan Mitchell. Si le tableau de Picasso Buste d’homme à la pipe (1963) a fait sensation en étant vendu 35 millions de dollars dès la première journée VIP, donnant le ton d’une semaine marquée par les ventes spectaculaires, les découvertes les plus marquantes se trouvaient ailleurs. Parmi elles figuraient deux œuvres de David Hammons, artiste majeur dont la pratique interroge depuis près de 50 ans les questions de race, d’identité, de pouvoir et de culture américaine à partir de matériaux du quotidien. Traveling (2001-2002), composée de terre de Harlem sur papier et présentée aux côtés d’une valise, est emblématique de son travail. Issue de sa célèbre série Basketball Drawings, l’œuvre utilise un ballon de basket comme outil de dessin et multiplie les références à la mobilité, à la masculinité noire, au sport professionnel et aux récits culturels qui l’entourent. À proximité, une œuvre sans titre dissimulée sous une bâche usée a poursuivi sa réflexion sur ce qui est visible ou caché, invitant le spectateur à s’interroger sur ce qui constitue réellement une peinture. Le stand a également présenté Les Fleurs (2009) de Louise Bourgeois, une série éclatante de gouaches réalisées dans les dernières années de la vie de l’artiste. Des compositions florales qui témoignent de son intérêt constant pour la nature, la mémoire et la charge émotionnelle qui traverse l’ensemble de son œuvre.
Marianne Boesky Gallery (stand C8)
Parmi les présentations les plus remarquées de cette édition figurait celle de la Marianne Boesky Gallery, où plusieurs œuvres de Ghada Amer ont proposé une réflexion particulièrement actuelle sur le féminisme, le travail et la représentation. Connue pour intégrer la broderie et la couture dans ses peintures, l’artiste détourne depuis plusieurs décennies des techniques traditionnellement associées au travail féminin afin de questionner une histoire de la peinture largement dominée par les hommes. Habituée d’Art Basel depuis plus de 20 ans, Marianne Boesky s’est montrée particulièrement enthousiaste. « Cela fait 25 ans que je participe à Art Basel. J’ai vu toutes les éditions possibles, et je peux dire que celle-ci dégage l’une des plus belles énergies dont je me souviens. Dès l’ouverture, l’affluence était exceptionnelle, l’ambiance très positive et les collectionneurs se sont montrés confiants et rapides dans leurs décisions. » L’un des points forts du stand était Equal Rights (2026). Sur la toile, la phrase « I don’t need a Prince Charming, I need equal rights » (« Je n’ai pas besoin d’un prince charmant, j’ai besoin de l’égalité des droits ») est répétée dans des teintes vives de rose, jaune, bleu et vert fluorescent. Des fils brodés multicolores viennent partiellement masquer le texte, créant une surface aussi séduisante visuellement que politiquement engagée. L’œuvre transforme un slogan féministe explicite en une image plus complexe, obligeant le regard à s’attarder pour voir le message apparaître puis disparaître sous l’accumulation des fils. Dans le contexte actuel des débats autour des droits des femmes, elle semblait à la fois ludique et discrètement subversive.
Gemini G.E.L. (stand G14)
Basé à Los Angeles, le Gemini G.E.L. proposait l’une des présentations les plus convaincantes de la semaine avec des œuvres de Roy Lichtenstein, Julie Mehretu, Richard Serra, Ellsworth Kelly et Josef Albers. À l’occasion de son 60e anniversaire, l’atelier de gravure mettait en lumière l’esprit de collaboration qui a façonné son histoire et marqué plusieurs générations d’artistes contemporains. Parmi les pièces phares figuraient plusieurs exemples de la série White Line Squares de Josef Albers, réalisée avec le Gemini G.E.L. dans les dernières années de sa vie. À première vue, ces compositions de carrés imbriqués aux nuances de gris, de blanc, de turquoise et d’aigle-marine paraissent d’une grande simplicité. Pourtant, plus on les observe, plus elles révèlent leur richesse : les couleurs semblent vibrer et se transformer sous le regard, créant de subtils effets optiques qui se dévoilent progressivement. Une démonstration éclatante que certaines œuvres se savourent dans la durée.
Bruce Nauman chez Marian Goodman Gallery (stand B20)
Considéré comme l’un des artistes les plus influents du siècle dernier, Bruce Nauman était mis à l’honneur par la Marian Goodman Gallery avec plusieurs œuvres emblématiques de sa pratique. 3 Foxes Stacked Horizontally with 4 Hammers (2024) est réalisée à partir de moules de taxidermie en polyuréthane provenant de son atelier du Nouveau-Mexique, où il vit et travaille depuis la fin des années 1970. En utilisant des reproductions commerciales de renards, Nauman compose une sculpture troublante dans laquelle les corps sont attachés entre eux par des fils métalliques puis fixés au sol à l’aide de marteaux. Présentée à Bâle, l’installation se révélait à la fois intime et dérangeante, transformant des matériaux ordinaires en méditation sur la création, la mort et la mémoire. L’œuvre prolonge également sa réflexion sur l’atelier comme espace d’expérimentation. Les fils métalliques fonctionnent presque comme des lignes de dessin projetées dans l’espace, faisant écho à plusieurs décennies de recherches sur la perception, le corps et l’acte même de créer. La sculpture sera également présentée dans l’exposition personnelle Bruce Nauman: Identical, au Nasher Sculpture Center de Dallas, du 19 septembre 2026 au 21 mars 2027.
Silverlens Gallery (stand L13)
La Silverlens Gallery présentait une sélection intergénérationnelle d’artistes d’Asie du Sud-Est, articulée autour de plusieurs œuvres de Pacita Abad, artiste philippino-américaine aujourd’hui redécouverte à l’échelle internationale. L’œuvre la plus remarquable était sans doute Baguio Fruit (1981), premier exemple de sa célèbre technique du trapunto, une peinture matelassée aux multiples couches qui allait devenir sa signature. Initialement simple nappe, l’œuvre est née après qu’un verre de vin rouge s’y est renversé accidentellement, poussant l’artiste à la transformer en peinture. Le résultat rend hommage à la ville philippine de Baguio et à l’abondance de ses fruits et de ses fleurs. Présentée aux côtés de compositions florales réalisées en Indonésie dans les années 1990, cette sélection rappelait combien Pacita Abad a su intégrer les influences de nombreux pays où elle a vécu pour construire un langage plastique profondément personnel.
Basel Unlimited
L’une des sections les plus remarquées de cette édition était « Unlimited », consacrée aux œuvres trop monumentales ou ambitieuses pour tenir dans un stand traditionnel. Si cette section est généralement associée au gigantisme, Carrie Scott, commissaire d’exposition et historienne de l’art, y a vu émerger un autre fil conducteur. « Les projets les plus marquants utilisent cette année la monumentalité pour parler de vulnérabilité », explique-t-elle. « On le retrouve dans Iron Grass d’Ai Weiwei, immense champ de lames en fonte qui devient une métaphore de la résilience collective. On le retrouve aussi dans les uniformes de police surdimensionnés de Chris Burden, créés après les émeutes de Rodney King mais qui paraissent aujourd’hui plus actuels que jamais. » Selon elle, cette sensibilité traverse toute la section : « Les artistes abordent la guerre, les migrations, le colonialisme ou le pouvoir à travers des gestes de couture, de tissage, de réparation ou de collecte. Ce n’est pas une exposition désespérée, mais profondément contemplative. »
L’une des installations les plus fortes était justement L.A.P.D. Uniforms (1993) de Chris Burden, présentée par Gagosian. L’installation réunit trente uniformes de policiers hauts de plus de deux mètres.
Créée après les émeutes de Los Angeles de 1992, déclenchées par l’acquittement des policiers ayant violemment frappé Rodney King, l’œuvre transforme l’uniforme en symbole du pouvoir de l’État. « Face à ces silhouettes, on n’est pas confronté à des individus mais à l’architecture même de l’autorité », résume Carrie Scott. Connu pour ses performances radicales, notamment Shoot (1971), Chris Burden a toujours cherché à interroger les grands enjeux politiques et sociaux de son époque. Avec L.A.P.D. Uniforms, il réunit ses deux grandes obsessions : l’échelle monumentale et le commentaire social. Plus de trente ans après sa création, l’œuvre conserve une force troublante.
Les artistes abordent la guerre, les migrations, le colonialisme ou le pouvoir à travers des gestes de couture, de tissage, de réparation ou de collecte. Ce n’est pas une exposition désespérée, mais profondément contemplative.
Les temps forts en dehors d’Art Basel
Basel Social Club
Créé en 2022 par un collectif d’artistes, de galeristes et de commissaires d’exposition comme alternative à Art Basel, Basel Social Club propose une expérience gratuite, ouverte au public et volontairement éloignée du modèle traditionnel des foires d’art. Les artistes invités y sont souvent plus jeunes et expérimentent des formats qui trouveraient difficilement leur place dans un stand classique. Installé dans un ancien immeuble de bureaux, l’événement invitait les visiteurs à déambuler parmi des installations, performances et interventions artistiques. C’est dans ce contexte que Nick Doyle présentait Human Resources (2026), une installation inspirée des clubs BDSM de Tokyo qui transforme le bureau d’entreprise en espace où se croisent pouvoir, performance, productivité et fétichisme. « Basel Social Club est gratuit et attire beaucoup d’habitants. Ce n’est pas seulement le monde de l’art qui s’y retrouve », explique l’artiste. « Le fait de pouvoir servir des boissons au public détend considérablement l’atmosphère. Le bar reste vivant pendant toute la durée de la foire au lieu d’être un simple décor après le vernissage. »
Le lieu est ainsi devenu un véritable espace de rencontre où la frontière entre œuvre d’art et lieu de sociabilité s’efface progressivement.
Warehouse Artefacts
Si les stands d’Art Basel monopolisent l’attention durant la journée, la programmation nocturne est tout aussi essentielle. Parmi les rendez-vous les plus remarqués figurait Warehouse Artefacts, événement immersif coorganisé par Thomas Bangalter (Daft Punk) et Rampa (Keinemusik). Installée au sein de Messe Basel, la soirée mêlait art contemporain, musique et vie nocturne avec des interventions de Julian Charrière et un DJ set de Rampa, attirant artistes, collectionneurs et créatifs venus du monde entier.
Liste Art Fair
En parallèle d’Art Basel, de nombreux professionnels se sont rendus à Liste Art Fair, rendez-vous incontournable consacré à la jeune création contemporaine. Fondée en 1996 en réaction aux grandes foires établies, Liste s’est imposée comme l’un des meilleurs endroits pour découvrir les artistes et galeries de demain. Organisée elle aussi à Messe Basel, cette édition offrait une atmosphère sensiblement différente de celle des galeries les plus prestigieuses d’Art Basel. Les visiteurs y découvraient des installations ambitieuses, des pratiques expérimentales et des artistes à un moment charnière de leur carrière.
Grand Hôtel Les Trois Rois
Bien plus que l’hôtel le plus célèbre de Bâle, le Grand Hôtel Les Trois Rois devient, pendant Art Basel, l’un des quartiers généraux officieux de la semaine. Collectionneurs, artistes, galeristes, commissaires d’exposition et célébrités s’y retrouvent chaque soir sur les rives du Rhin. Fondé en 1681, l’établissement historique a accueilli des personnalités telles que Pablo Picasso, Coco Chanel ou encore la reine Elizabeth II. Il est également le théâtre de la légendaire soirée annuelle organisée par Gagosian à l’occasion d’Art Basel, considérée comme l’une des invitations les plus convoitées de la semaine.
Autrice : Anni Irish
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.