Costa Concordia : ce docu Netflix replonge dans l’une des pires catastrophes maritimes de notre époque

Le 13 janvier 2012, le Costa Concordia s’échouait au large de l’île du Giglio après avoir effectué un « inchino », une manœuvre de salut non autorisée. Le naufrage a coûté la vie à 32 personnes. 14 ans après la tragédie, un documentaire revient sur les témoignages des survivants et des secouristes, et fait également le point sur le parcours de Francesco Schettino, l’ancien capitaine du paquebot.

Dans la soirée du 13 janvier 2012, au large de l’île du Giglio, en Toscane, un paquebot de croisière de 114’000 tonnes s’apprête à effectuer son « inchino », une manœuvre consistant à saluer la côte. Bien qu’elle ne fasse pas partie des procédures officielles, cette tradition est devenue un véritable rituel dans le monde des croisières, en hommage aux lieux emblématiques traversés par les navires. Ce soir-là, c’est au tour de l’île du Giglio, un endroit cher au maître d’hôtel Antonello Tievoli. Mais ce salut interdit vire au drame : le navire heurte un récif et une brèche de 70 mètres s’ouvre dans sa coque. Une blessure fatale. À bord se trouvent 4’200 personnes, passagers et membres d’équipage confondus. 32 d’entre elles perdront la vie, dans ce qui reste aujourd’hui l’une des plus grandes catastrophes maritimes de l’histoire contemporaine, en Italie comme dans le reste du monde.

Disponible sur Netflix depuis le 10 juillet, le documentaire La dérive : cauchemar en mer revient sur ces heures tragiques à travers le regard des survivants et des secouristes. Un récit aussi précis que bouleversant, qui retrace le drame et ses conséquences irréversibles.

La dérive : cauchemar en mer : où se trouve le capitaine du navire aujourd’hui

Réalisé par Chiara Messineo, le documentaire reconstitue le déroulement de cette nuit à partir de vidéos et de photos capturées sur les smartphones et caméras des survivants, mais aussi des témoignages des habitants de l’île du Giglio, parmi les premiers à porter secours aux naufragés, ainsi que des équipes de secours chargées de retrouver les corps des passagers et membres d’équipage restés prisonniers de l’épave. Le film replonge le spectateur dans l’atmosphère de l’époque, avec les images granuleuses caractéristiques des téléphones du début des années 2010. Il revient également sur les heures de chaos marquées par une phrase devenue emblématique : « Remontez à bord, bordel ! », lancée par Gregorio De Falco, alors commandant de la capitainerie du port de Livourne, au capitaine du navire Francesco Schettino. Une réplique entrée dans l’histoire comme le symbole d’une tragédie qui, selon beaucoup, aurait pu être évitée

Condamné définitivement en 2017 à 16 ans de prison pour son rôle dans le naufrage et pour avoir abandonné le navire alors que des centaines de passagers se trouvaient encore à bord, Francesco Schettino purge toujours sa peine à la prison romaine de Rebibbia. En 2025, il a renoncé à demander un régime de semi-liberté pour bonne conduite. La justice lui a attribué les principales responsabilités de la catastrophe. Les chefs d’accusation retenus sont le naufrage par imprudence, les homicides involontaires multiples et l’abandon du navire. Le documentaire revient également sur son rôle, en s’appuyant sur des images inédites ainsi que sur les retranscriptions détaillées de ses déclarations après le drame, des affirmations qui se révéleront fausses et seront démenties au cours du procès.

Les indemnisations des survivants

Dans son documentaire, Chiara Messineo retrace les événements non seulement grâce aux images filmées par les survivants et aux témoignages des secouristes et des habitants du Giglio — qui rendent hommage chaque année aux victimes lors d’une journée de commémoration — mais aussi à partir des retranscriptions de la boîte noire du navire. Plusieurs documentaires se sont déjà penchés sur le naufrage du Costa Concordia, notamment Il dito di Dio (2021) de Pablo Trincia. Tous ont tenté, avec rigueur journalistique et sensibilité, de raconter le drame vécu par les survivants comme par les familles des victimes, à travers les récits de ceux qui étaient présents à bord ce soir-là. La dérive : cauchemar en mer offre lui aussi un éclairage à la fois judiciaire et profondément humain, en particulier pour le public international qui n’a pas suivi les événements à l’époque. Le documentaire donne la parole aux survivants et rend hommage à celles et ceux qui n’ont jamais réussi à atteindre un canot de sauvetage à cause d’une tragique erreur humaine.

Au total, la compagnie Costa Croisières a versé 66,5 millions d’euros d’indemnisation : 24,5 millions aux familles des victimes et 17,5 millions aux membres d’équipage. Les survivants du naufrage — 2’623 passagers sur les 3’206 présents à bord, ainsi que 964 membres d’équipage sur un total de 1’023 — ont, quant à eux, reçu entre 11’000 et 14’000 euros chacun. Un seul passager, Ernesto Carusotti, est parvenu à obtenir davantage. À l’issue d’une procédure engagée en 2021, la justice lui a accordé environ 92’000 euros de dommages et intérêts pour les préjudices matériels et moraux subis après l’accident.

L’épave du Costa Concordia : la plus grande opération de renflouement de l’histoire maritime

Les conséquences du naufrage ne se sont pas limitées aux victimes et à leurs proches. L’écosystème de l’île du Giglio a lui aussi subi des dégâts considérables, dont la réparation nécessitera plusieurs décennies.

Le retrait de l’épave a demandé deux ans de travaux. Les opérations, lancées en 2012, se sont achevées en 2014, pour un coût d’environ 1 milliard d’euros, pris en charge par Costa Croisières. Après avoir été redressé afin d’éviter une fuite de carburant et une nouvelle catastrophe écologique, le navire a été extrait des fonds marins au large du Giglio, puis remorqué jusqu’au port de Gênes, où il a été définitivement démantelé.

Autrice : Giovanna Gallo
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

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