Insatisfaite par le boulot ? Voici pourquoi démissionner n’est pas toujours la meilleure solution

Votre travail vous rend malheureux, vous angoisse ou est devenu votre principale source de stress ? Si quitter son poste peut sembler être la seule issue, les experts mettent en garde : ce n’est pas toujours la meilleure réponse. Explications.
Nous passons une grande partie de notre vie au travail, peut-être même trop… surtout lorsque notre emploi ne nous plaît plus. Malheureusement, pour beaucoup, le travail est aujourd’hui leur principale source de stress, d’anxiété ou de souffrance. Faut-il systématiquement partir, ou est-il possible de renverser la situation ? Bien souvent, si l’on ne prend pas le temps de regarder en soi, on ne fait que déplacer sa frustration ou son insatisfaction personnelle d’un emploi à un autre.
Pour éclairer cette question aussi complexe qu’actuelle, nous avons rencontré Xavier Serrano Hortelano, psychologue clinicien, sexologue, psychothérapeute, directeur de l’École espagnole de psychologie reichienne et écrivain. Il vient d’ailleurs de publier une nouvelle collection particulièrement inspirante : Un viaje de 12 estaciones hacia la complejidad de lo humano (2026) (en français : « Un voyage en 12 étapes vers la complexité de l’être humain »).
Comme le souligne Xavier Serrano, « le bonheur est une notion profondément subjective, comme tous les sentiments. Le travail peut être une source de satisfaction, mais aussi de souffrance et de stress, et il n’est pas rare que ces deux dimensions alternent au fil du temps ».
Quitter son travail ne doit absolument pas être le premier réflexe. Cela doit rester le dernier recours, après avoir exploré toutes les autres options. […] Il est possible que cela soit lié à une situation ponctuelle. Si ce n’est pas le cas, parlez-en avec votre responsable afin de trouver ensemble une solution. Il y a souvent une marge de manœuvre.
Le psychologue rappelle également qu’« il est aujourd’hui démontré que le bien-être repose avant tout sur la sérénité intérieure et l’équilibre personnel, eux-mêmes liés à un niveau de santé suffisant ». Et d’ajouter : « Dans de nombreux cas, le travail, comme d’autres activités sociales, sert surtout à nous évader, à nous distraire ou à détourner notre attention de nos difficultés intérieures et de notre insatisfaction profonde. »
Pedro García, formateur chez Level UP, une école de commerce spécialisée dans la formation des entreprises, partage cette analyse : « Quitter son travail ne doit absolument pas être le premier réflexe. Cela doit rester le dernier recours, après avoir exploré toutes les autres options. » Selon lui, la première étape consiste à comprendre pourquoi son emploi ne nous rend plus heureux. « Il est possible que cela soit lié à une situation ponctuelle. Si ce n’est pas le cas, parlez-en avec votre responsable afin de trouver ensemble une solution. Il y a souvent une marge de manœuvre. »
Faut-il absolument aligner sa carrière avec le sens de notre existence ?
Avons-nous aujourd’hui tendance à idéaliser notre « mission de vie » ? Devons-nous tous vivre de notre passion ? Ou est-il aussi possible d’apprendre à aimer davantage ce que l’on fait, ou du moins à y trouver davantage de bien-être ? « La plupart du temps, nous ne sommes pas conscients de notre véritable raison d’être, de notre objectif ou du sens de notre existence. Cette absence de repères est d’ailleurs l’une des causes de nombreux troubles anxieux ou états dépressifs », répond Xavier Serrano. « La philosophie existentielle parle de « l’angoisse d’être ». »
Pour améliorer notre santé psychique et psychosomatique, il est donc essentiel, selon lui, de parvenir à identifier un objectif et un véritable projet de vie. « Cela nécessite parfois l’accompagnement de spécialistes en psychothérapie, en psychologie sociale ou même en philosophie. »

« Les personnes qui ne parviennent pas à construire leur identité personnelle et professionnelle auront du mal à trouver de la satisfaction, de la passion ou du sens, que ce soit dans leur travail, leurs activités sociales ou même leurs relations affectives. À l’inverse, celles qui y parviennent ont davantage de chances de vivre leurs projets avec enthousiasme et épanouissement. »
Aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus pragmatiques et recherchent le bonheur avant tout. C’est une bonne chose, mais il faut garder à l’esprit que nos passions ou nos centres d’intérêt ne génèrent pas toujours des revenus, du moins au départ.
Pedro García observe pour sa part un changement de mentalité : « Aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus pragmatiques et recherchent le bonheur avant tout. C’est une bonne chose, mais il faut garder à l’esprit que nos passions ou nos centres d’intérêt ne génèrent pas toujours des revenus, du moins au départ. » Il insiste néanmoins sur l’importance de cultiver les petits plaisirs du quotidien : « Pour préserver son bien-être, il faut savoir savourer ces petites perles de bonheur qui jalonnent chaque journée. »
Faut-il vraiment séparer vie professionnelle et vie personnelle ?
Est-ce une erreur de considérer le travail et la vie comme deux univers distincts ? Ne devraient-ils pas être les deux facettes d’une même identité ? Pour Xavier Serrano, « compte tenu de notre organisation sociale actuelle, il est très difficile de faire coïncider pleinement vie quotidienne et activité professionnelle. Les obstacles sont nombreux : sociaux, économiques, logistiques, auxquels s’ajoute souvent un manque d’identité personnelle. »
Pedro García utilise une image parlante : « Dire que l’on sépare totalement sa vie professionnelle de sa vie personnelle, c’est comme tailler un arbre pour qu’il n’empiète pas sur un chemin : on lui donne une forme, mais on lui retire aussi une partie de son ombre. » Selon lui, il est plus sain d’intégrer les deux dimensions dans son quotidien et d’en être fier.
Comme le poursuit Serrano : « Du point de vue du bien-être humain, nous savons que ceux qui parviennent à intégrer le travail à leur vie et à en faire une partie intégrante de leur projet de vie subissent un stress quotidien minimal et éprouvent un bien-être et une satisfaction soutenus par les hormones correspondantes. » « Cela constitue donc un autre objectif de vie. Mais, je le répète, nous n’aurons pas tous la possibilité d’y parvenir ; il ne faut donc pas idéaliser cette perspective », ajoute-t-il. Retrouvez également d’autres conseils pour devenir votre propre patronne et entreprendre avec succès.
Il vaut mieux compenser une activité professionnelle, dont les objectifs sont avant tout économiques et liés à l’évolution de carrière, par des activités de loisirs, des moments consacrés au bien-être personnel, ainsi que par le partage d’émotions et d’expériences avec les personnes auprès desquelles nous nous sentons bien, dans des environnements naturels et préservés.
Xavier Serrano recommande plutôt « de compenser une activité professionnelle, dont les objectifs sont avant tout économiques et liés à l’évolution de carrière, par des activités de loisirs, des moments consacrés au bien-être personnel, ainsi que par le partage d’émotions et d’expériences avec les personnes auprès desquelles nous nous sentons bien, dans des environnements naturels et préservés ».
Comment notre rapport au travail a-t-il changé ?
Assistons-nous à un changement générationnel dans la manière d’envisager le travail ? Les générations précédentes l’ont-elles toujours associé à l’effort, au sacrifice et à cette idée qu’il faut « gagner sa vie » ? Comme le souligne le formateur chez Level UP, « les nouvelles générations ont des valeurs différentes, ni meilleures ni moins bonnes. Elles sont mieux formées qu’autrefois et, avec l’essor du télétravail, les salariés se sentent moins attachés à leur entreprise. Ils hésitent donc moins à changer d’emploi. »
« Tout dépend néanmoins de la classe sociale dont on parle », nuance Xavier Serrano. Selon lui, « ces dernières années, nous assistons à la disparition progressive de la classe moyenne. Nous devenons peu à peu une société entièrement dépendante des banques et de l’endettement contracté pour financer les biens de consommation. » « L’impression de confort et de bien-être économique et social que nous percevons autour de nous est, en réalité, largement illusoire », poursuit-il.
Le psychologue ajoute que « les jeunes issus des classes sociales les plus modestes sont contraints de rechercher des emplois mieux rémunérés, tout en ayant peu de chances d’accéder à une véritable indépendance, tant sur le plan matériel que financier, en raison notamment de la difficulté à trouver un logement à un prix raisonnable. » « Nous observons ainsi une dépendance des jeunes à l’égard de leurs parents plus importante qu’il y a quelques décennies, mais aussi une dépendance accrue envers l’État qui, heureusement, accorde différentes aides permettant de faire face aux difficultés. Cela ne signifie pas que les jeunes ne travaillent pas ; ils aspirent toujours à disposer de leurs propres revenus et à devenir indépendants, mais cet objectif est aujourd’hui beaucoup plus difficile à atteindre », ajoute Xavier Serrano.
Nous observons ainsi une dépendance des jeunes à l’égard de leurs parents plus importante qu’il y a quelques décennies, mais aussi une dépendance accrue envers l’État qui, heureusement, accorde différentes aides permettant de faire face aux difficultés. Cela ne signifie pas que les jeunes ne travaillent pas ; ils aspirent toujours à disposer de leurs propres revenus et à devenir indépendants, mais cet objectif est aujourd’hui beaucoup plus difficile à atteindre.
Selon le psychologue, cette situation « favorise l’apparition d’états anxieux, d’un stress permanent, d’insomnies et de troubles psychosomatiques, liés à l’insatisfaction professionnelle, aux faibles rémunérations et aux difficultés d’accéder à l’indépendance »
Comment transformer son hobby en métier ?
Est-il possible de faire de sa passion ou de son talent son métier sans perdre le plaisir qu’il nous procure ? « Bien sûr que c’est possible. Chez Level UP, c’est précisément ce que nous encourageons. Le problème des entrepreneurs et des petites entreprises, c’est qu’ils n’ont longtemps eu personne pour les accompagner et les former à la gestion de leur propre activité », explique Pedro García. « Lorsqu’une personne se lance à son compte, elle maîtrise généralement très bien son produit ou son service. En revanche, elle manque souvent de compétences dans les autres domaines de l’entreprise. Pour compenser ces lacunes, elle travaille davantage, entre dans ce que l’on appelle la « roue du hamster » et finit par accumuler les heures de travail faute de maîtriser tous les aspects de son activité », poursuit-il. Vivre de sa passion est-il devenu un cauchemar ?
Lorsqu’une personne se lance à son compte, elle maîtrise généralement très bien son produit ou son service. En revanche, elle manque souvent de compétences dans les autres domaines de l’entreprise. Pour compenser ces lacunes, elle travaille davantage, entre dans ce que l’on appelle la « roue du hamster » et finit par accumuler les heures de travail faute de maîtriser tous les aspects de son activité.
Certaines personnes quittent tout pour poursuivre leur rêve et finissent pourtant par se sentir encore plus prisonnières qu’auparavant… Quelle est la clé pour réussir cette transition ? Selon Xavier Serrano, « la clé consiste à appliquer, dans sa vie professionnelle, ce qui construit notre identité personnelle dans ce domaine ». Il donne plusieurs exemples : « Si je me sens bien en exerçant le métier de plombier, que j’ai la possibilité de le pratiquer et d’en vivre, je réunis alors ces deux dimensions et mon bien-être personnel augmente. Si j’aime être guide, tatoueur ou médecin et que je peux exercer cette profession, j’aurai davantage de chances de ressentir de la satisfaction dans ma vie. En revanche, si je rêve de devenir médecin mais que je ne dispose pas des moyens financiers nécessaires pour suivre cette formation, et donc exercer ce métier, je risque de vivre une profonde frustration existentielle, susceptible de provoquer des crises et de la souffrance. » « Nous devons donc être conscients que nous ne pouvons pas toujours faire ce que nous voulons. Cette prise de conscience permet aussi d’en limiter les conséquences », conclut-il.
Comment accroître son sentiment de bonheur au travail
Comment transformer son mal-être professionnel en acceptation, voire en bien-être ou en bonheur ? Comment changer sa manière de voir les choses ou son regard sur la situation ? Tout passerait-il par une transformation intérieure ? « Je crois qu’il est important d’essayer de combiner l’activité professionnelle que nous exerçons avec des espaces de formation, dans notre propre domaine mais aussi dans d’autres secteurs qui pourraient nous attirer et qui pourraient, à l’avenir, nous permettre de changer de métier grâce à ces nouvelles compétences », explique Xavier Serrano.
Il est important d’essayer de combiner l’activité professionnelle que nous exerçons avec des espaces de formation, dans notre propre domaine mais aussi dans d’autres secteurs qui pourraient nous attirer et qui pourraient, à l’avenir, nous permettre de changer de métier grâce à ces nouvelles compétences.
Comme le rappelle le psychologue, « l’un des conseils régulièrement donnés par les spécialistes est qu’il faudrait changer d’activité professionnelle tous les 10 ou 15 ans afin de prévenir les phénomènes d’aliénation et de dépersonnalisation liés à une activité professionnelle répétitive, qui finit par générer de la monotonie et avoir également des conséquences sur les résultats ». « Il est également important d’associer son activité professionnelle à des espaces de développement personnel, au contact avec la nature, à des loisirs et à tout ce qui peut contribuer à vivre son quotidien avec davantage de satisfaction », souligne-t-il.
« Et bien sûr, nous devons continuer à exiger des améliorations des conditions sociales, professionnelles et de travail, tant sur le plan économique qu’en matière de formation et de perfectionnement, ainsi qu’un changement culturel qui nous permette de percevoir le travail comme un processus faisant partie intégrante de nos vies . » « Il devrait donc être associé à des conditions satisfaisantes à tous les niveaux, avec une reconnaissance des réalités différentes selon chaque métier, en fonction de sa difficulté et de son degré d’usure. Par exemple, travailler dans une mine ou sur un chantier n’est pas comparable à travailler dans un hôpital ou dans un bureau », conclut Xavier Serrano.
Le conseil de Pedro García ? Peser le pour et le contre de votre travail actuel : « Demandez-vous si cette situation peut s’améliorer dans le cas où certains éléments changent. Si c’est le cas, passez à l’action et transformez ce qui doit l’être », conseille-t-il. Et concernant le travail de développement personnel ? « Le travail sur soi est extrêmement important. Ce sont les fondations de votre vie. Si elles ne sont pas solides, elles risquent de s’effondrer au premier changement brutal que vous rencontrerez », explique Pedro García.
Avoir un travail satisfaisant : le grand défi d’une vie
Comme le souligne Xavier Serrano, « l’un des défis majeurs de notre existence devrait être d’essayer de développer une activité professionnelle qui nous apporte de la satisfaction et qui fasse partie intégrante de notre parcours de vie et de notre construction existentielle ». « Cela ne signifie pas que cela puisse arriver immédiatement. Cela peut prendre du temps. C’est pourquoi il est important de continuer à se former parallèlement, tout en évitant l’usure émotionnelle, psychologique et physique qui pourrait nous empêcher de développer une autre activité à l’avenir », ajoute le psychologue.
« Et tant que nous ne pouvons pas encore effectuer ces changements, prenons conscience que ce que nous faisons aujourd’hui est temporaire, que nous mettons en place des moyens pour améliorer notre situation et que nous devons l’équilibrer, comme je l’ai expliqué, avec d’autres activités qui compensent cette réalité et facilitent notre développement personnel ainsi que notre bien-être », insiste Xavier Serrano.
Autrice : Amalia Panea
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/es. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.