Rencontre avec Elsa Leeb, la productrice qui fait du désir féminin une comédie populaire

Elle vient de coproduire son premier long métrage, Pour le plaisir, centré sur le couple à l’origine du Womanizer. Énergie débordante, grande sensibilité, une femme inspirante.
Elle est de celles que l’on suivrait sans hésiter tant son enthousiasme est communicatif. Elsa Leeb mène plusieurs vies à la fois. Productrice de cinéma, entrepreneuse, mère de famille, le TGV comme deuxième maison, elle mène de front mille projets avec une intensité rare. Son secret : un sens de l’organisation poussé hérité de sa mère et une conviction simple : les histoires ont le pouvoir de créer du lien. Si son film traite du désir féminin, il est pourtant loin du manifeste militant. Elsa Leeb voulait avant tout «une œuvre qui rassemble». Une comédie tendre portée par Alexandra Lamy et François Cluzet qui aborde un sujet délicat avec humour et pudeur.

«Le sex-toy n’était qu’un prétexte, souligne-t-elle. Ce qui nous intéressait, c’était le couple, l’amour et la manière dont on parle du désir». Après des études à New York, elle débute dans les relations presse cinéma et travaille rapidement avec les plus grands : Michael Haneke, Paolo Sorrentino, Pedro Almodóvar… Son premier Festival de Cannes est marqué par la Palme d’or d’« Amour ». Une immersion fulgurante et, surtout, une vision panoramique de toute la chaîne cinématographique. Elsa Leeb ressent alors vite le besoin d’être à l’origine du processus créatif.
Produire, développer des projets : une manière certaine de s’épanouir. Avec son associé David Solal, elle fonde la société Backstory, un nom désignant tout ce qu’on ne filme pas, mais que l’on écrit pour construire des personnages. Faute de moyens, ils commencent par produire des bandes-annonces et des courts-métrages avant de développer leurs propres films. Aujourd’hui, la productrice revendique un cinéma populaire mais exigeant, nourri de sujets de société et d’émotion. Depuis la Suisse, où elle vit avec sa famille, elle imagine déjà de nouveaux projets, dont un festival de cinéma tourné vers la transmission et les métiers de l’ombre. Chez Elsa Leeb, l’humour demeure une boussole. «Il n’efface pas les problèmes, dit-elle, mais il apporte de la lumière.»