« The Invite » : Olivia Wilde signe une irrésistible comédie sur l’usure du couple

Adapté d’une pièce espagnole déjà portée à l’écran en Suisse, le remake américain The Invite, avec Penélope Cruz, met le couple à table dans un huis clos piquant.

Quatre personnes. Deux couples. Un appartement. Il n’en faut pas davantage à The Invite (L’Invitation), réalisé par Olivia Wilde, pour transformer une simple soirée entre voisins en savoureuse comédie de mœurs, invitant la gêne dans chaque recoin. Chez Angela (Olivia Wilde) et Joe (Seth Rogen), on peut vouloir s’isoler en changeant de pièce, en disparaissant derrière un mur, mais ce labyrinthe, où l’on peut s’observer d’un miroir à l’autre, d’une ouverture à l’autre, ne permet jamais de se dérober. Coincés ici, sans être réellement là, les époux (se) parlent encore, sans plus entendre. L’intimité, ils l’ont depuis longtemps remplacée par le vide, meublé par les échappatoires que sont devenus le travail ou la décoration. Même le chemisier d’Angela, dont la couleur se confond avec celle des murs, semble souligner qu’elle fait juste partie du décor, tel un tableau dont on aurait oublié la splendeur à force de le savoir bien accroché dans le salon.

Ce soir-là, Angela cherche à se détacher de cette morosité en ouvrant sa porte aux mystérieux voisins du dessus, Pina (Penélope Cruz) et Hawk (Edward Norton), un couple passionné qu’elle idéalise sans le connaître. Et que Joe ne supporte pas, sans le connaître. « Je suis fascinée par l’idée de personnes qui sont techniquement en couple mais qui sont en réalité de parfaits inconnus, qui ont cessé de reconnaître leur individualité, leur autonomie et leur responsabilité envers leur propre bonheur », confie Olivia Wilde en conférence de presse.

Joe menace de parler aux voisins de leurs ébats trop bruyants à son goût si sa femme n’annule pas la soirée. C’est au milieu de cette dispute que Pina et Hawk sonnent. La soirée à l’ambiance lourde peut commencer. Très vite, les invités abordent eux-mêmes leur vie sexuelle, obligeant leurs hôtes à s’interroger sur ce qu’il reste de la leur. « Je pense que ce film parle davantage des relations que du sexe, même si le sexe joue un rôle important dans les relations et que, du moins dans la culture américaine, il est souvent sous-estimé comme forme de communication non verbale et de confiance, mais aussi d’exploration », explique Olivia Wilde.

De l’Espagne à la Suisse

Le synopsis vous dit peut-être quelque chose. Normal : il s’agit d’un remake du succès espagnol Sentimental (2020) de Cesc Gay, adapté par ce dernier de sa propre pièce Los vecinos de arriba. Une histoire qui a connu de nombreuses adaptations : la très réussie version suisse Die Nachbarn von oben (2023), la française, plus légère, Et plus si affinités (2024), ou les versions italienne et sud- coréenne. C’est justement cette multiplication qui a intrigué Olivia Wilde : « Quelle histoire peut avoir une telle pertinence dans autant de cultures différentes ? Il devait forcément y avoir quelque chose de profondément authentique en son cœur. » Avant de lire le scénario coécrit par Rashida Jones et Will McCormack, elle a donc regardé Sentimental : « Je me tordais de rire en me disant : voilà un point de départ simple, mais tellement fertile pour une adaptation. »

Sans trahir l’original, sa version prend progressivement ses distances. Et ne cache pas ses autres sources d’inspiration : le cinéma de Mike Nichols, Robert Altman et Woody Allen, ainsi que les rôles de Diane Keaton, à qui l’œuvre est dédiée. Cette dernière lui avait un jour conseillé de mettre son cœur à nu. « Ce film est ce que j’ai fait de plus vulnérable et de plus personnel. J’ai pensé à elle tout au long du processus. » La cinéaste a aussi emprunté à un autre Wilde, Oscar, une citation pour ouvrir son long-métrage : « Il faudrait toujours être amoureux. C’est la raison pour laquelle il ne faudrait jamais se marier. » Et de confier espérer qu’après cette soirée, on la lira différemment : The Invite ne se demande pas seulement si ce couple en crise doit s’obstiner ou se quitter, mais si deux personnes qui ont changé peuvent encore s’aimer autrement.

Pour son troisième film comme réalisatrice, Olivia Wilde, tout aussi convaincante devant la caméra, a justement travaillé avec la psychothérapeute Esther Perel autour de l’idée qu’« une relation pouvait contenir plusieurs relations : que toute relation est peut-être destinée à prendre fin à un moment donné, mais qu’on peut ensuite commencer une nouvelle relation avec cette même personne ».

L’alchimie du quatuor

Mais la grande force du film vient de son casting et de la place laissée aux apports personnels. Olivia Wilde voulait prendre le temps de répéter et de travailler le texte avec les acteurs en atelier avant de tourner, dans l’ordre chronologique et sur pellicule, pour en faire une matière vivante évoluant au fil de l’interprétation et laissant une grande place à l’improvisation.

Penélope Cruz s’est particulièrement emparée de cette liberté, contribuant largement à façonner son personnage : « Beaucoup l’auraient abordée comme une séductrice sans défaut, séduisante et omnisciente. Penélope a immédiatement été attirée par ce qui la rendait moins parfaite : son intensité, sa maladresse occasionnelle, son côté ridicule, sa colère. »

Edward Norton joue lui aussi brillamment les différentes facettes de Hawk. Quant à Seth Rogen, même s’il reste proche de son personnage dans sa série The Studio, il est parfait en Joe. C’est d’ailleurs en tournant dans un des épisodes de The Studio qu’Olivia Wilde a compris qu’il devait l’incarner : « Joe avait besoin de toute l’étendue et de toute la complexité dont Seth est capable : on devait pouvoir l’aimer tout en percevant sa fragilité, éprouver de l’empathie pour lui tout en étant frustré par lui, se détendre avec lui. »

Porté haut par ce quatuor, le film file à toute vitesse. Et même pour ceux qui connaîtraient déjà l’histoire, le comparer aux versions précédentes reste un plaisir, tant les malaises s’enchaînent toujours avec finesse et les dialogues fusent, bousculant à nouveau les personnages dans leurs certitudes.

The Invite, de et avec Olivia Wilde, avec Penélope Cruz, Seth Rogen et Edward Norton, 1h47, actuellement en salles.

Tags : film · amour · couple · comédie
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