Cette nouvelle étude révèle pourquoi l’humeur change pendant les règles
De l’irritabilité à la baisse de moral, les variations de l’humeur qu’on peut ressentir au fil du cycle pourraient s’expliquer par la façon dont la progestérone modifie le traitement des émotions dans le cerveau. Explications.

Non, tout ne se passe pas uniquement « dans notre tête ». Au cours du cycle menstruel, les concentrations d’œstrogènes et de progestérone fluctuent considérablement. Après l’ovulation, la progestérone augmente pendant la phase lutéale, avant de chuter à l’approche des règles en l’absence de grossesse. Ces mouvements hormonaux sont depuis longtemps associés à des changements d’humeur, sans que les mécanismes cérébraux impliqués soient encore parfaitement compris. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université de Barcelone permet aujourd’hui d’en savoir un peu plus.
La progestérone modifierait la manière dont le cerveau traite les émotions
Pour cette étude publiée dans la revue scientifique « Psychological Medicine », les chercheurs ont suivi 116 femmes n’utilisant pas de contraception hormonale. Après avoir évalué leur humeur et mesuré leurs hormones grâce à un échantillon de salive, ils ont observé leur cerveau par IRM. Face à des visages heureux ou en colère, les participantes devaient parfois suivre leur instinct et parfois aller volontairement contre lui, un exercice qui demande davantage de contrôle émotionnel. Résultat, lorsque le niveau de progestérone était plus élevé, le cerveau semblait moins bien faire la différence entre les situations émotionnelles simples et celles demandant plus d’effort. Les participantes chez qui cette distinction restait la plus nette avaient aussi déclaré une meilleure humeur au cours de la semaine précédente.
Nous ne sommes pas toutes sensibles aux hormones de la même manière
Un taux élevé de progestérone ne provoque pas automatiquement une baisse de moral. Chaque femme réagit différemment aux variations hormonales. Les chercheurs n’ont d’ailleurs observé aucun effet similaire avec l’estradiol, mais sa mesure dans la salive étant moins précise, son rôle ne peut pas être exclu. Ils n’ont pas non plus constaté de différence systématique selon le moment du cycle, ce qui suggère que notre sensibilité personnelle aux hormones compte davantage que le simple nombre de jours nous séparant des règles.
Ces résultats restent toutefois à prendre avec précaution. Les hormones n’ont été mesurées qu’une seule fois et l’étude montre une association, sans prouver que la progestérone est directement responsable de la baisse de l’humeur. Ces travaux pourraient néanmoins améliorer la compréhension de troubles comme le trouble dysphorique prémenstruel. Ils rappellent aussi qu’une plus grande irritabilité ou une certaine vulnérabilité émotionnelle peuvent avoir une origine biologique. Si ces symptômes deviennent intenses, persistants ou handicapants, mieux vaut en parler à un professionnel de santé.

Autrice : Coralie Técher
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir été initialement publié sur elle.fr. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site Web officiel.