« La Suisse est un havre de paix, propice à la création »: avec le violoniste Renaud Capuçon

30 mars · Modifié · Julie Vasa

Le violoniste cultive depuis longtemps un attachement particulier à la Suisse, notamment à la Menuhin Academy.

ELLE Suisse: Vos activités en Suisse sont très nombreuses. Quels sont vos liens avec ce pays?
Renaud Capuçon: J’y suis venu très tôt et trouve ici un havre de paix extrêmement propice à la création.

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Avant de la rejoindre, que représentait la Menuhin Academy pour vous?
Un phare, un modèle! L’un des premiers disques qu’on m’a offerts quand j’avais 13 ans était un concerto de Haydn joué par Alberto Lysy avec l’Academy. J’ai conservé ce disque. J’ai par la suite entendu parler régulièrement de cette école, l’ai suivie, jusqu’au jour où on m’a proposé de la rejoindre. Cela m’a paru assez naturel.
 
Quelles étaient vos motivations pour en devenir le directeur artistique?
La jeunesse, l’idée de pouvoir mettre le pied à l’étrier à des jeunes. L’Academy, au passé formidable, avait besoin d’être restructurée. J’ai alors fait nommer Guillaume Chilemme, Clemens Hagen, Gérard Caussé, Lionel Cottet… et ai bien sûr conservé les professeurs historiques. Je ne suis pas du genre à vouloir faire table rase du passé. Et il y a une nouveauté depuis quelques jours: des pianistes. Ils manquaient.

Je ne suis pas du genre à vouloir faire table rase du passé.

Renaud Capuçon, directeur artistique de la Menuhin Academy

Pour quelles raisons?
Je trouvais important qu’il puisse y avoir des interactions entre la musique de chambre et des pianistes de leur génération. C’est tout ce que j’aime dans cette Academy: un îlot très différent d’une école normale. Les élèves sont en très petit nombre, vivent en autarcie dans des conditions incroyables. Eux l’ignorent, mais je sais qu’ils vont créer là des liens pour la vie, humains, musicaux et professionnels. C’est maintenant que tout se passe.
 
Que vous apportent ces musiciens?
J’adore être avec eux: leur espèce de candeur, ce questionnement qui fait avancer. Nous jouons les tuteurs, comme pour des plantes, avec plus ou moins de succès. Cela résiste parfois, plie, casse… Mais c’est passionnant. Je pense par exemple à Bogdan Lutz. Formé chez nous, il gagne des prix internationaux: c’est une récompense magnifique. Je suis très touché lorsque certains élèves, déjà d’un excellent niveau, se surpassent à force de travail.

A lire aussi: « Faire un film tient du miracle »: avec Vincent Perez, fondateur des Rencontre du 7e art Lausanne
 
Quelles valeurs essayez-vous de leur transmettre?
Celle du travail est bien sûr essentielle, mais la plupart du temps, ils l’ont. Le fait de garder les pieds sur terre aussi, quoi qu’il arrive. J’essaie d’être à la fois proche d’eux tout en conservant une certaine autorité. C’était la première fois que j’avais une charge de directeur artistique auprès d’un groupe de jeunes, pour la plupart mineurs. Je suis là pour superviser, écouter et conseiller.

Le but [de la Menuhin Academy] n’est pas de la faire encore grossir ni de collectionner le nombre de prix, mais de permettre au maximum aux jeunes de progresser, qu’ils deviennent de plus en plus épanouis et heureux.

Renaud Capuçon, directeur artistique de la Menuhin Academy

Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ici?
L’Academy est comme un arbre: on l’a étoffé, homogénéisé en dépit de quelques résistances. J’en suis très fier! Le but n’est pas de la faire encore grossir ni de collectionner le nombre de prix mais de permettre au maximum aux jeunes de progresser, qu’ils deviennent de plus en plus épanouis et heureux. Chacun doit trouver sa voie. Et pour le public, c’est vraiment énergisant de les écouter jouer ensemble!

Tags : interview · Art · Suisse

Le violoniste cultive depuis longtemps un attachement particulier à la Suisse, notamment à la Menuhin Academy.

ELLE Suisse: Vos activités en Suisse sont très nombreuses. Quels sont vos liens avec ce pays?
Renaud Capuçon: J’y suis venu très tôt et trouve ici un havre de paix extrêmement propice à la création.

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Avant de la rejoindre, que représentait la Menuhin Academy pour vous?
Un phare, un modèle! L’un des premiers disques qu’on m’a offerts quand j’avais 13 ans était un concerto de Haydn joué par Alberto Lysy avec l’Academy. J’ai conservé ce disque. J’ai par la suite entendu parler régulièrement de cette école, l’ai suivie, jusqu’au jour où on m’a proposé de la rejoindre. Cela m’a paru assez naturel.
 
Quelles étaient vos motivations pour en devenir le directeur artistique?
La jeunesse, l’idée de pouvoir mettre le pied à l’étrier à des jeunes. L’Academy, au passé formidable, avait besoin d’être restructurée. J’ai alors fait nommer Guillaume Chilemme, Clemens Hagen, Gérard Caussé, Lionel Cottet… et ai bien sûr conservé les professeurs historiques. Je ne suis pas du genre à vouloir faire table rase du passé. Et il y a une nouveauté depuis quelques jours: des pianistes. Ils manquaient.

Je ne suis pas du genre à vouloir faire table rase du passé.

Renaud Capuçon, directeur artistique de la Menuhin Academy

Pour quelles raisons?
Je trouvais important qu’il puisse y avoir des interactions entre la musique de chambre et des pianistes de leur génération. C’est tout ce que j’aime dans cette Academy: un îlot très différent d’une école normale. Les élèves sont en très petit nombre, vivent en autarcie dans des conditions incroyables. Eux l’ignorent, mais je sais qu’ils vont créer là des liens pour la vie, humains, musicaux et professionnels. C’est maintenant que tout se passe.
 
Que vous apportent ces musiciens?
J’adore être avec eux: leur espèce de candeur, ce questionnement qui fait avancer. Nous jouons les tuteurs, comme pour des plantes, avec plus ou moins de succès. Cela résiste parfois, plie, casse… Mais c’est passionnant. Je pense par exemple à Bogdan Lutz. Formé chez nous, il gagne des prix internationaux: c’est une récompense magnifique. Je suis très touché lorsque certains élèves, déjà d’un excellent niveau, se surpassent à force de travail.

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Quelles valeurs essayez-vous de leur transmettre?
Celle du travail est bien sûr essentielle, mais la plupart du temps, ils l’ont. Le fait de garder les pieds sur terre aussi, quoi qu’il arrive. J’essaie d’être à la fois proche d’eux tout en conservant une certaine autorité. C’était la première fois que j’avais une charge de directeur artistique auprès d’un groupe de jeunes, pour la plupart mineurs. Je suis là pour superviser, écouter et conseiller.

Le but [de la Menuhin Academy] n’est pas de la faire encore grossir ni de collectionner le nombre de prix, mais de permettre au maximum aux jeunes de progresser, qu’ils deviennent de plus en plus épanouis et heureux.

Renaud Capuçon, directeur artistique de la Menuhin Academy

Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ici?
L’Academy est comme un arbre: on l’a étoffé, homogénéisé en dépit de quelques résistances. J’en suis très fier! Le but n’est pas de la faire encore grossir ni de collectionner le nombre de prix mais de permettre au maximum aux jeunes de progresser, qu’ils deviennent de plus en plus épanouis et heureux. Chacun doit trouver sa voie. Et pour le public, c’est vraiment énergisant de les écouter jouer ensemble!

Tags : interview · Art · Suisse