Chiara Ferragni, acquittée : « La personne d’avant, toute en perfection […] n’existe plus »

Mercredi, l’infraction d’escroquerie simple à l’encontre de l’une des plus célèbres influenceuses au monde a été écartée. Voici ce que cela signifie réellement pour cette dernière.

Chiara Ferragni tourne la page de ce qu’elle n’a jamais hésité à qualifier de « cauchemar ». Ainsi s’achève le Pandoro Gate, le procès en procédure accélérée centré sur les célèbres affaires du Pandoro Pink Christmas et des œufs de Pâques Dolci Preziosi, toutes deux éclaboussées par un scandale de fraude présumée. À l’origine de l’affaire : l’enquête menée par Selvaggia Lucarelli, qui, en décembre 2022, dans un article publié par Domani, avait remis en question la transparence des initiatives caritatives promues par la célèbre influenceuse, destinées respectivement à l’hôpital Regina Margherita de Turin et à l’association I Bambini delle Fate.

Le Pandoro Gate et l’affaire Ferragni

Au-delà d’un scandale médiatique d’une ampleur considérable — qui a provoqué une chute de popularité, une perte massive d’abonnés et, par ricochet, un net recul de ses revenus — Chiara Ferragni risquait jusqu’à un an et huit mois de prison. C’est la peine requise l’an dernier par le procureur adjoint Eugenio Fusco et le magistrat Cristian Barilli, qui l’accusaient d’escroquerie aggravée, liée à de supposés messages trompeurs diffusés sur les réseaux sociaux, sans lui reconnaître de circonstances atténuantes.

Selon l’enquête menée par le Nucleo di Polizia economico-finanziaria de la Guardia di Finanza, entre 2021 et 2022, la maman de 38 ans aurait induit en erreur abonnés et consommateurs, engrangeant des profits indûment perçus estimés à environ 2,2 millions d’euros, liés à la vente des deux produits. En cause : un prix de vente qui n’incluait pas réellement la part caritative pourtant mise en avant dans la communication.

Le jugement de non-lieu

Mercredi 14 janvier, soit environ un an après son inculpation, le verdict est tombé : Chiara Ferragni a été blanchie. Le juge Ilio Mannucci Pacini, de la troisième section pénale du tribunal de Milan, a prononcé une ordonnance de non-lieu, acquittant l’entrepreneuse du chef d’escroquerie aggravée. Mais que recouvre exactement une décision de non-lieu ? Et pour quelles raisons le juge a-t-il choisi de la prononcer ?

Les motifs du non-lieu

Le non-lieu repose sur une question d’ordre technique, liée à la circonstance aggravante de la « vulnérabilité réduite » des internautes, retenue par les procureurs dans l’acte d’accusation. C’est précisément cette aggravante qui rendait la prétendue escroquerie poursuivable d’office, c’est-à-dire sans dépôt de plainte. Or, à y regarder de plus près, deux plaintes avaient bien été déposées — par le Codacons et par l’Association des usagers des services radiotélévisés — avant d’être retirées à la suite d’un accord d’indemnisation en faveur des consommateurs et du versement de 200’000 euros supplémentaires à des œuvres caritatives, portant le total à 3,4 millions d’euros, au bénéfice d’un organisme œuvrant pour la protection des femmes victimes de violences.

Selon les avocats de Chiara Ferragni, Giuseppe Iannacone et Marcello Bana, cette démarche aurait pu conduire le parquet à revoir les charges. Cela n’a pas été le cas. Toutefois, l’absence de plaintes valides a entraîné la chute de la circonstance aggravante, empêchant ainsi le juge de poursuivre la procédure d’office. Le non-lieu a également concerné les co-prévenus de Chiara Ferragni : son ancien bras droit Fabio Damato et le président de Cerealitalia, Francesco Cannillo. La seule association restée partie civile dans la procédure était la Casa del Consumatore, qui n’avait cependant déposé aucune plainte lors de la phase d’enquête

Pourquoi Chiara Ferragni n’a-t-elle pas été acquittée ?

Comme l’a précisé Selvaggia Lucarelli sur son compte Instagram, « techniquement, Chiara Ferragni a été blanchie, pas acquittée ». Car au-delà du volet pénal, l’affaire comportait aussi un volet administratif.
En décembre 2023, l’Autorité garante de la concurrence et du marché — plus connue sous le nom d’Antitrust — a infligé une amende de 1,4 million d’euros à Chiara Ferragni et à Balocco. Pour des motifs similaires, l’Antitrust avait également ouvert une enquête concernant la promotion des œufs de Pâques, enquête qui s’est conclue par un don caritatif de 1,3 million d’euros versé par l’influenceuse italienne et l’entreprise concernée.

Le paiement d’environ 3,4 millions d’euros au total, entre indemnisations et dons, a ainsi clos le dossier sur le plan administratif. Comme l’ont rappelé les avocats de l’entrepreneuse, si publicité trompeuse il y a eu, l’influenceuse a déjà réparé le préjudice auprès des autorités compétentes. Dès lors, en vertu du principe juridique du « ne bis in idem » — littéralement « pas deux fois pour le même fait » — nul ne peut être sanctionné deux fois pour une même conduite.

Les déclarations de Chiara Ferragni après la décision de justice

Le retrait de la plainte du Codacons a ouvert la voie à une décision d’irrecevabilité, entraînant de facto l’extinction de l’infraction, comme le prévoit l’article 351 du Code de procédure pénale italien. Visiblement émue à la sortie de la salle d’audience, Chiara Ferragni a réagi ainsi : « Nous sommes tous très émus. Un cauchemar prend fin, je suis très heureuse de pouvoir reprendre ma vie. Ces deux dernières années ont été extrêmement difficiles. J’avais confiance en la justice, et justice a été rendue. Je remercie tout le monde, mes avocats et mes followers. »

Dans une interview accordée au Corriere della Sera, l’entrepreneuse est revenue plus en détail sur ce moment clé : « Dès que j’ai entendu “article 351”, j’ai pris Giuseppe (Iannacone, ndlr) dans mes bras, je me suis mise à pleurer, je sanglotais. On aurait dit une scène de film. » Elle confie également avoir traversé deux années où tout ce qui pouvait mal tourner a effectivement mal tourné, tout en gardant la conviction qu’une issue positive était inévitable : « J’ai toujours pensé qu’il devait forcément y avoir une belle fin, parce qu’il n’y avait aucun élément permettant de parler d’escroquerie. »

J’ai toujours pensé qu’il devait forcément y avoir une belle fin, parce qu’il n’y avait aucun élément permettant de parler d’escroquerie.

Chiara Ferragni, influenceuse
Corriere della Sera

Pour la suite, Chiara Ferragni parle de renaissance, mais sans illusion de retour en arrière : « J’espère renaître, mais la personne d’avant, toute en perfection et entourée d’une aura — que je n’ai jamais cherchée, mais que j’ai sans doute entretenue malgré moi — n’existe plus. Aujourd’hui, je suis plus consciente, plus attentive, et je veux être plus vraie. »

Autrice : Elena Fausta Gadeschi
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur 
elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : faits divers · people
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