Paraplégie après une crise d’angoisse : ce trouble méconnu difficile à diagnostiquer

La semaine dernière, le témoignage de Rachida Dati sur la paraplégie soudaine de sa fille, survenue après une crise d’angoisse, a mis en lumière un trouble méconnu. Paralysie, perte de la vue ou de la parole… Sans cause biologique identifiée, ces symptômes spectaculaires mettent au défi les spécialistes. Explications.

Paraplégie soudaine après une crise d’angoisse : mythe ou réalité ? En revenant sur l’épreuve traversée par sa fille Zohra, la ministre de la culture française Rachida Dati a rappelé, sur le canapé du podcast « Ex… » produit et animé par Agathe Lecaron, l’existence d’un trouble bien réel en psychologie… En médecine, on parle d’un « trouble de conversion », également désigné comme « trouble à symptomatologie neurologique fonctionnelle ». Sans révéler l’âge de sa fille au moment où c’est arrivé, la politicienne a néanmoins révélé quelques détails.

« Elle a fait une crise d’angoisse et ça a généré des troubles neurologiques fonctionnels qui entraînent chez certains la perte de la vue, de la parole, a-t-elle expliqué. Elle a été paraplégique pendant quasiment un an et maintenant, à chaque fois qu’il y a une grosse crise, ça recommence. » Derrière ce témoignage, un trouble sans aucune explication biologique ou neurologique qui débute suite à un harcèlement répété à l’école. Encore mal compris et souvent difficile à diagnostiquer, il continue d’interroger les spécialistes. On vous explique.

Perte de la vue, de la parole, paralysie : des symptômes réels mais sans cause biologique

Les symptômes sont spectaculaires : paralysies, impossibilité de marcher, troubles de la parole… Dans l’exercice de ses fonctions, le  psychologue clinicien Grégory Michel a déjà été confronté plusieurs fois à ces cas particuliers. Lui, qui est aussi professeur de psychopathologie à l’université de Bordeaux, affirme que la particularité de ce trouble reste l’absence d’explication biologique. « Les IRM et examens neurologiques sont normaux. Les muscles fonctionnent. Le cerveau ne présente pas de lésion. Pourtant, la personne ne peut plus bouger. »

L’absence d’explication organique est précisément ce qui définit ce trouble. « Pour poser le diagnostic, il faut d’abord écarter toute atteinte biologique, précise le spécialiste. Ensuite, il faut que les symptômes soient réellement invalidants : qu’ils perturbent la scolarité, la vie professionnelle ou bien la vie sociale. » Mais sait-on réellement ce qui se passe dans le cerveau ? Pas précisément, nous répond le spécialiste. Or, en l’absence d’une atteinte neurologique ou physique, il est tentant de douter du patient. Quand il s’agit d’un enfant, les parents peuvent être très déroutés.

La piste de la simulation écartée par la médecine

Et s’il jouait la comédie ? La réponse médicale est pourtant claire : si un diagnostic est posé, il est évident que l’enfant ne simule pas. « C’est fondamental de le rappeler. Les symptômes sont inconscients et involontaires, rappelle Grégory Michel. Ce n’est pas une stratégie pour attirer l’attention. La personne ne choisit pas consciemment de ne pas marcher. » Nous avons ici affaire à un mécanisme purement psychologique, où le symptôme corporel est une réponse défensive face à un conflit interne ou un traumatisme passé. Encore plus déroutant, le symptôme peut disparaître du jour au lendemain, puis revenir. « Ces fluctuations peuvent créer de la suspicion. Mais, ce trouble existe bel et bien, et il est profondément déroutant pour les familles », observe le professeur.

Harcèlement scolaire, trauma familial : les causes psychologiques possibles

Harcèlement scolaire, conflit familial, choc émotionnel intense… Les causes psychiques à l’origine de cette réaction physique brutale peuvent être multiples. « Quand l’angoisse devient ingérable psychiquement, elle peut s’exprimer physiquement. Le corps prend le relais », détaille Grégory Michel. Dans son livre « Enquêtes psychologiques » (Humensciences), il mentionne le cas de Rose, une patiente qui arrive en pédopsychiatrie en fauteuil roulant. Elle explique ressentir une douleur au pied, qui est remontée dans ses jambes. Les examens médicaux ne montrent rien, mais elle est totalement paralysée. En reprenant son histoire personnelle, il découvre qu’elle s’était automutilée, son contexte familial étant extrêmement lourd. L’adolescente avait découvert sa mère après une tentative de suicide.

L’absence de panique peut parfois interroger, elle est pourtant normale. « Le terme clinique est celui de “belle indifférence”. Malgré la gravité du  handicap, certains patients paraissent étonnamment sereins face aux symptômes. On évoque alors une forme d’ataraxie, une tranquillité paradoxale. » Il arrive en effet qu’un symptôme, même lourdement handicapant, contribue à apaiser une angoisse très intense, comme s’il jouait le rôle d’un véritable « régulateur émotionnel ».

Comment bien réagir face à une paralysie inexpliquée ?

Le bon réflexe à adopter ? Après avoir éliminé toute cause organique, la prise en charge est psychologique. Idéalement, il faut consulter un professionnel formé à ces troubles spécifiques. Il devra identifier et réduire les bénéfices secondaires éventuels. « Même involontairement, le symptôme peut soulager : éviter l’école en cas de harcèlement, détourner l’attention d’un conflit familial, apaiser une angoisse… » Deuxième étape : il doit rassurer sur le fonctionnement du corps, à travers la rééducation. La personne doit intégrer qu’elle n’a pas de problème moteur. Enfin, il est essentiel d’aider à gérer le stress à travers des thérapies, des techniques de relaxation, de régulation émotionnelle…

L’horizon d’une guérison est ainsi tout à fait possible. Si la personne parvient à réguler ses émotions, mieux comprendre ses conflits intérieurs, les symptômes peuvent totalement disparaître. « Certains services spécialisés utilisent la technique de la miroir-thérapie : on mobilise le membre sain devant un miroir pour activer les réseaux neuronaux du membre paralysé, via les neurones miroirs », détaille le spécialiste. Tout ne peut pas s’expliquer par le biologique : c’est comme si le corps parlait dans un langage qui ne serait pas traduit par le corps médical.

Autrice : Justine Briquet Moreno
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.fr. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : handicap · maladie · science
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