Ces entreprises suisses qui font de l’héritage un modèle de réussite

Quel est le secret du succès? Du commerce en passant par la cosmétique, la chimie ou le vin, la Suisse est le pays des entreprises familiales, pilier discret mais puissant de son économie .
La Suisse n’a pas de roi mais des dynasties, qui règnent sur le monde de l’économie, à l’image de celle des Blocher, mêlant pouvoir financier et influence politique, ou de la famille Hoffmann, qui a marqué le secteur de la pharma et de la recherche. Mais derrière ces noms familiers du grand public, se cache une multitude d’histoires de gouvernance familiale et de transmission, enracinées dans le temps long.
Le Bongénie ou l’art de s’adapter
L’histoire de la société est fascinante et traverse les époques. Fondée à Genève en 1891, par l’ancêtre Adolphe Brunschwig, la holding est dirigée aujourd’hui par la cinquième génération, représentée par Loïc, CEO, 33 ans, sa sœur Marie et son cousin Sébastien. La première boutique, dans les Rues-Basses, était une sorte de bazar, destiné aux classes populaires. Depuis, la société s’est toujours maintenue sous le même giron familial. D’Émile, en 1920, en passant par Jean-Jacques et Michel Brunschwig, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, puissamment influencés par les grands magasins new-yorkais, l’entreprise n’a cessé de s’adapter. La holding exploite aujourd’hui 15 magasins et deux sites de vente en ligne, répartis dans toute la Suisse, et vise un développement à l’international grâce au digital. Le secret? Écoutons Marie Brunschwig: «Nous ne dirigeons pas simplement une entreprise, nous portons une histoire et une responsabilité qui nous dépassent. Vie professionnelle et personnelle se rejoignent, ce qui renforce le sens des responsabilités et la vision à long terme.» À cet engagement de tous les instants, à ce lien affectif avec la société, s’ajoutent une proximité géographique, entre le clan Brunschwig, dans la commune genevoise de Vandœuvres, et une capacité d’adaptation, qui a poussé le clan Brunschwig à épouser les époques pour mieux rebondir. «Peut-être que la clé réside simplement dans cette conscience que rien n’est acquis et que chaque génération a la responsabilité de faire progresser l’entreprise, tout en restant fidèle à son identité», conclut Marie Brunschwig.
Les Rouvinez, de génération en génération
Passion, excellence, voilà les mots remparts contre l’usure du temps et les intrigues qui détruisent. Si vous demandez à Véronique Rouvinez-Besson, 44 ans, la formule magique de la longévité des Caves et Domaines du même nom, à Sierre, elle vous répondra en un souffle: «Nous cherchons toujours le meilleur, dans tous les domaines.» Cette ingénieure, diplômée de l’EPFZ, est avec ses deux frères, Philippe et Frédéric, à la tête de l’un des plus importants domaines viticoles de Suisse. «Chacun tire à la même corde, mais chacun travaille dans son domaine de compétence», dit Véronique, qui représente la quatrième génération de l’entreprise familiale, fondée par l’arrière-grand-père, Chrétien, en 1942. Dans ces structures, la famille ne se contente pas d’un rôle d’actionnaire, elle baigne dans le commerce. «Chez les Rouvinez, père, mère, tantes, proches, chacun a été présent sur les vignes. Avec mes frères, nous nous sentons redevables de l’héritage que les générations passées nous ont laissé. » Si la viticulture traverse aujourd’hui une période dramatique, écrasée par la baisse de la consommation et la concurrence étrangère, les caves Rouvinez gardent le cap. «Nous avons toujours beaucoup investi», dit Véronique Rouvinez-Besson, «même si mes nuits ne sont pas tranquilles ces temps-ci, cela nous permet de traverser ces années difficiles».
La gouvernance familiale présente des défis: succession, dilution du capital, gestion des conflits internes, mais les entreprises qui résistent, sur plusieurs générations, sont celles qui sont ancrées sur des valeurs d’excellence et de durabilité.