Pourquoi le style à la garçonne continue de fasciner la mode
Ourlets courts, taille basse, cascade de franges, coupe Eton crop et chapeaux cloche : l’essence du style flapper traverse les décennies. De Clara Bow à Chanel, de Josephine Baker à Lanvin, voici pourquoi l’esthétique garçonne continue d’inspirer la mode d’aujourd’hui.
Chez Zimmermann, une jupe fluide et ballon se parait de motifs graphiques Art Déco, ondulant avec légèreté à chaque pas du mannequin. Chez Lanvin, la robe de style, pièce de résistance chère à Jeanne, cédait la place à une robe doublée de tulle noir, brodée de paillettes tintinnantes et s’achevant en une cascade de volants. Chez Chanel, l’apogée du genre se dévoilait dans une robe midi à décolleté en V, bordée de dentelle, à la taille résolument abaissée, avec une jupe mouchoir froufroutante et une fleur sauvage épinglée à la naissance d’un décolleté délicat. Fidèle à l’allure des garçonnes dont Coco Chanel fut l’incarnation absolue, on raconte qu’elles bandaient leur poitrine pour en atténuer les courbes, rompant ainsi avec la silhouette voluptueuse de l’époque édouardienne.
Les codes du style des années 1920
Jamais, au fil des défilés, l’âme couture des Années folles n’a été aussi palpable, condensée dans une série de robes légères qui auraient parfaitement pu habiller Louise Brooks, actrice et danseuse au carré net, coupé à la règle, et figure emblématique du style de l’ère du jazz.
Un style libre, désinvolte, précieux et résolument moderne, figé dans l’imaginaire : un cocktail à la main, une cigarette entre les doigts, sur fond de rythmes de charleston et de fox-trot. Le corps se dévoile à travers des décolletés profonds, sublimés de bijoux, tandis que les ourlets raccourcissent — osant pour la première fois effleurer les genoux — caressés de plumes, de franges, de ruchés et de cannetilles scintillantes, autant de signatures visuelles d’une époque.
Années folles et mode : le contexte historique du style flapper
En toile de fond, comme toujours, il y avait bien plus qu’une simple tendance. Il y avait la fin de la Première Guerre mondiale, qui a coûté la vie à des millions de personnes à travers le monde. Il y avait aussi l’émancipation progressive des femmes, longtemps cantonnées au rôle d’épouse et de mère, mais qui avaient pris la place des hommes dans le monde du travail pendant le conflit.
C’était aussi l’adoption du 19e amendement de la Constitution des États-Unis, garantissant aux Américaines le droit de vote. En parallèle, un nouveau langage esthétique émergeait, fait de lignes droites, de zigzags et de cercles concentriques, culminant lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes.
Une décennie marquée par les conquêtes féminines, la renaissance et une forme d’euphorie — mais aussi par le faste, les fêtes et les tenues étincelantes, immortalisés dans le chef-d’œuvre de F. Scott Fitzgerald, The Great Gatsby (1925), publié la même année que l’exposition parisienne.
Flappers iconiques
C’était l’époque de la « Prohibition » aux États-Unis, des speakeasies, des cheveux courts coupés en Eton crop, glissés sous un chapeau cloche. Une époque incarnée par des flappers audacieuses et émancipées comme Clara Bow, star au destin tourmenté, figure de jeune femme indépendante et sexuellement libre — souvent jugée pour cela — véritable archétype de l’it girl capable d’influencer goûts et tendances.
Ou encore Josephine Baker, icône des Folies Bergères, dont le style libre oscillait entre mode androgyne et robes du soir sophistiquées.
Et puis il y a Monique Lerbier, héroïne du roman scandaleux La Garçonne (1922) de Victor Margueritte. L’histoire d’une jeune femme de la bonne société parisienne qui, à la veille de son mariage, découvre l’infidélité de son fiancé et choisit de se venger en s’abandonnant à toutes les expériences libertines, avec des hommes comme des femmes, tout en adoptant une allure masculine faite de pantalons et de cheveux courts.
Gabrielle Chanel et la révolution du style garçonne
Un look dont Gabrielle Chanel fut la plus brillante interprète, incarnant elle-même l’archétype de la flapper des années 1920. Elle troqua le corset — déjà en perte de vitesse grâce aux intuitions de Paul Poiret — pour des robes fines en jersey, des tailleurs en tweed empruntés au vestiaire masculin et des cascades de perles fantaisie posées sur des décolletés épurés, devenus une signature du genre.
Une mode tournée vers la simplification, pensée pour accompagner une vie libre, qui érigea le noir — jusque-là réservé au deuil — en couleur du chic universel. C’est dans cette teinte qu’était déclinée sa mythique petite robe noire, incarnation parfaite de la flapper dress, immortalisée dans une célèbre photographie d’Edward Steichen. Vogue la décrivait comme « la Ford des robes », en référence à la popularité de la Ford Model T.
Le petite robe noire Chanel : naissance d’une icône du style flapper
Une robe qui célébrait la libération du corps féminin, avec ses lignes confortables et sa taille basse inspirée de la robe chemise. Elle se composait d’un fond en crêpe de Chine, recouvert d’un voile de mousseline de soie, et s’arrêtait au niveau du genou. Un faux boléro, bordé de perles facettées, descendait en cascade pour créer une surjupe scintillante.
Cette même silhouette renaît aujourd’hui sous l’impulsion de Matthieu Blazy, sur la très remarquée passerelle Automne-Hiver 2026-2027. Elle apparaît dans une version littérale — et spectaculaire — dès le look d’ouverture, mais aussi à travers une série de robes plissées aux ourlets asymétriques, des robes midi aquamarine à la jupe fluide comme une cotte de mailles liquide, ou encore des bustiers richement ornés de volants et de broderies de perles.
Peut-être est-ce aussi pour cela que le style garçonne continue de fasciner. Car derrière ces robes légères et scintillantes, au cœur de ces franges qui dansent au rythme d’un charleston imaginaire, subsiste l’écho d’une conquête. Dans un présent qui cède souvent au gris et à la désillusion, le glamour étincelant des années 1920 réapparaît comme un mirage — promesse de liberté, de nuits lumineuses, d’une féminité qui ne renonce ni à l’indépendance ni à l’élégance. Une image de femme moderne, maîtresse de son destin et impeccablement vêtue, qui continue de nous parler avec une étonnante actualité.
Autrice : Alessandra Zauli
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.