Pourquoi certaines femmes préfèrent-elles les parfums pour hommes ?

La journaliste beauté senior Katie Withington explore la relation complexe entre genre et parfum — et explique pourquoi le fait de sortir des codes traditionnels de la parfumerie lui a valu plus de compliments que jamais auparavant.
Dans ma carrière de journaliste, je me suis forgé une sacrée réputation en matière de parfum. Un peu comme le fait d’aimer la pop, les froufrous ou la couleur rose peut vous coller une certaine image, mon obsession pour les fragrances sucrées, ultra féminines et gourmandes m’a valu une étiquette assez méprisante d’« immature » dans l’univers du parfum. Et si j’ose m’aventurer du côté des parfums de célébrités, cela peut même vite être jugé carrément de « ringard ».
Même si ces petites piques n’ont jamais vraiment changé ma routine quotidienne de parfums à la cerise juteuse, à la vanille chaude ou aux notes cotonneuses et sucrées, elles ont quand même éveillé une vraie curiosité chez moi : au fond, qu’est-ce qu’on considère comme « tendance » en matière de parfum ? La mode, même si elle fonctionne par cycles, donne immédiatement des indices sur le style, les goûts ou le sens des tendances d’une personne. Mais le « cool » y reste très large : un jean minimaliste signé Uniqlo x JW Anderson peut être tout aussi pointu qu’une jupe Chopova Lowena — tout dépend du milieu dans lequel on évolue. Dans la beauté, en revanche, votre aura mode peut s’effondrer très vite si vous portez un rouge à lèvres rouge devant les mauvaises personnes, ou si vous osez encore l’eye-liner graphique (apparemment, le signe imparable qu’on est née avant les années 2000 — on me l’a gentiment rappelé aujourd’hui). Mais lorsqu’il est question de parfum, les critères deviennent bien plus flous et personnels.
Ma curiosité de journaliste désormais bien éveillée, j’ai décidé d’explorer d’autres territoires olfactifs. Exit les senteurs de marshmallow fondant et de glace à la pistache : je me suis mise à expérimenter des notes boisées, vertes, aquatiques, florales et « clean ». Ces derniers mois, j’ai navigué entre différentes personnalités parfumées, à la recherche d’une fragrance aussi chic qu’une paire de ballerines Miu Miu ou aussi naturellement stylée qu’une veste Wales Bonner.
Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que, comme souvent dans la mode, ce sont mes choix les plus inattendus qui ont suscité le plus d’admiration. En l’occurrence : une escapade discrète au rayon parfums pour hommes.
Le premier jour où j’ai porté Dior Homme Parfum, fragrance emblématique incarnée par Robert Pattinson, je n’avais jamais reçu autant de compliments sur un parfum. Son sillage semblait happer l’attention autour de moi, et les « Tu portes quoi ? » revenaient avec une insistance que je n’avais jamais connue avec mes parfums gourmands, fruités et sucrés.
Persuadée au départ que cela tenait simplement au succès phénoménal de cette fragrance en particulier — et n’ayant porté ce parfum que par curiosité — j’ai testé dès le lendemain Montblanc Legend Elixir Parfum. Même réaction enthousiaste de la part de mon entourage. Après un mois à alterner entre plusieurs parfums masculins très convoités, j’en suis arrivée à une conclusion assez claire : ma réputation olfactive a changé. Selon les standards du parfum, je suis désormais officiellement devenue « pointue ». La vraie question, c’est : pourquoi ?
Existe-t-il réellement une différence entre les parfums pour hommes et pour femmes ?
Si je suis convaincue qu’un parfum, comme un vêtement, peut être porté par n’importe qui, indépendamment du genre, il existe malgré tout des différences évidentes dans leur manière d’être commercialisés. Mais est-ce aussi le cas des senteurs elles-mêmes ?
« La réponse courte, c’est non », explique Alex Goddard, directeur de la formation chez Kenneth Green Associates, l’un des principaux distributeurs de parfums au Royaume-Uni. « La seule vraie différence réside dans les matières premières utilisées dans les fragrances traditionnellement perçues comme « masculines » ou « féminines ». »
Selon lui, les parfums associés à la féminité reposent historiquement sur des notes florales comme la rose, le jasmin, la tubéreuse, le gardénia ou le muguet. La famille la plus populaire commercialement reste d’ailleurs celle des floraux fruités, qui mêlent ces accords à des notes de framboise, de pêche ou de poire.
Les parfums sont commercialisés selon des genres et des tranches d’âge spécifiques, en vendant avant tout une image. Si vous placiez une fragrance considérée comme typiquement “féminine” dans un flacon à l’esthétique très “masculine”, les hommes l’achèteraient.
À l’inverse, les parfums traditionnellement masculins s’articulent souvent autour du célèbre accord fougère, construit à partir de notes comme la bergamote, la lavande, le géranium ou encore la mousse de chêne.
Même si cela peut sembler évident, Alex Goddard souligne que la majorité de nos associations olfactives repose surtout sur des idées apprises de ce qui serait « masculin » ou « féminin » : « Les parfums sont commercialisés selon des genres et des tranches d’âge spécifiques, en vendant avant tout une image », explique-t-il. « Si vous placiez une fragrance considérée comme typiquement “féminine” dans un flacon à l’esthétique très “masculine”, les hommes l’achèteraient. »
Selon les informations partagées par la maison de parfums de niche française Parfums de Marly, sa clientèle choisit de plus en plus ses fragrances en fonction de son humeur, du contexte ou d’une forme d’expression personnelle.
En Europe, sa collection Les Eaux Intenses — notamment Sedley, Greenley et Castley — est souvent portée par des femmes, alors même qu’elle s’adresse plutôt, à l’origine, à une clientèle masculine. À l’inverse, son parfum star Delina est parfois porté par des hommes au Moyen-Orient, alors qu’il est perçu comme très féminin sur d’autres marchés.
Cette évolution mondiale vers des goûts olfactifs plus fluides en dit long. Elle renforce l’idée que notre perception du parfum est souvent davantage façonnée par la culture et le marketing que par la fragrance elle-même. Dès lors, il paraît logique que personne n’ait réellement remarqué mon incursion dans l’univers des parfums masculins — si ce n’est en constatant simplement que je sentais « différent »… et « bon ».
Ce que cela n’explique pas, en revanche, c’est pourquoi les compliments se sont multipliés comme jamais depuis que j’ai relégué mes fragrances ultra féminines au second plan.
Pourquoi les parfums masculins attirent-ils autant de compliments ?
Même si mes parfums traditionnellement féminins — qu’ils soient gourmands ou floraux — ont déjà été complimentés par le passé, je peux dire sans hésiter que le fait de porter des fragrances masculines a suscité bien plus de réactions. Bien sûr, on pourrait l’expliquer en partie par le fait que les parfums très sucrés sont parfois plus clivants ou entêtants. Mais la psychologie du parfum semble raconter quelque chose de bien plus précis.
« Les fragrances commercialisées comme « masculines » sont souvent construites avec une structure plus puissante, autour de notes boisées, épicées, cuirées ou ambrées, et pensées pour avoir davantage de projection », explique Emmanuelle Moeglin, fondatrice et directrice créative d’Experimental Perfume Club. « Elles sont conçues pour être remarquées, ce qui entraîne naturellement davantage de compliments. »
Les fragrances commercialisées comme « masculines » sont souvent construites avec une structure plus puissante, autour de notes boisées, épicées, cuirées ou ambrées, et pensées pour avoir davantage de projection. Elles sont conçues pour être remarquées, ce qui entraîne naturellement davantage de compliments.
Elle ajoute que lorsque ces senteurs sont portées par une femme, elles créent un contraste intrigant. Le résultat paraît moins attendu, plus affirmé — presque comme une signature olfactive plutôt qu’un simple accessoire.
« Du point de vue d’un parfumeur, il ne s’agit pas vraiment de genre, mais de composition », poursuit-elle. « Ces parfums ont souvent une colonne vertébrale très claire et des notes de fond puissantes, qui restent davantage sur la peau et se perçoivent plus facilement. C’est à cela que les gens réagissent. »
Les meilleurs parfums pour hommes de 2026

Cela dit, les femmes qui portent des parfums masculins n’ont rien d’un phénomène nouveau. Depuis des décennies, les rédactrices beauté utilisent ces fragrances plus singulières pour affirmer une forme de style ou de personnalité.
« Depuis des années, je vois des femmes revendiquer fièrement leur goût pour les parfums dits “masculins” », explique Alex Goddard. « Dans l’univers des fragrances genderless, unisexes ou sans genre, les hommes restent souvent un peu plus hésitants face à un parfum “mixte”, alors que beaucoup de femmes adoptent volontiers des senteurs perçues comme masculines. »
Dans l’univers des fragrances genderless, unisexes ou sans genre, les hommes restent souvent un peu plus hésitants face à un parfum “mixte”, alors que beaucoup de femmes adoptent volontiers des senteurs perçues comme masculines.
Alors, si vous cherchez un nouveau parfum, souhaitez attirer l’attention de votre entourage ou simplement affirmer votre personnalité avec un sillage moins attendu et moins immédiatement identifiable, mieux vaut garder l’esprit ouvert face aux étiquettes de genre dans la parfumerie.
Après tout, votre prochaine obsession olfactive se cache peut-être dans un flacon en forme de torse masculin… ou derrière un nom délicieusement gentleman.
Autrice : Katie Withington
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/uk. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.




