Yannik Zamboni, le créateur de mode suisse qui transforme sa singularité en force créative

Révélé par Making the Cut, le fondateur de Maison Blanche développe un univers où design, convictions et émotion dialoguent en permanence. À l’occasion de son projet immersif pour IQOS à Zurich, il revient sur son parcours atypique et sa liberté créative.

Yannik Zamboni avance avec une forme de liberté rare. Grandir queer dans une petite localité suisse lui a très tôt appris à regarder le monde autrement, à développer un langage personnel plutôt qu’à chercher à se conformer. Cette singularité irrigue aujourd’hui encore tout son travail. Révélé au grand public après sa victoire dans Making the Cut, le fondateur de Maison Blanche s’est imposé avec une vision instinctive, radicalement personnelle, de la mode et du design.

Chez lui, l’esthétique ne se sépare jamais de l’émotion, des convictions ou du regard porté sur le monde. Parmi ses projets récents, l’espace immersif IQOS imaginé avec Philip Morris International à Zurich prolonge cette approche. Plus qu’une boutique, le lieu a été imaginé comme une installation artistique immersive mêlant textures, lignes architecturales et identité dans une vision visuelle audacieuse inspirée par l’énergie singulière de Zurich.

Hyper instinctif, profondément libre, il avance sans chercher à plaire à tout le monde. « Les seules attentes auxquelles je dois répondre sont les miennes », résume-t-il. Rencontre avec l’une des voix créatives les plus singulières de sa génération.

ELLE Suisse : Votre différence a-t-elle construit votre créativité ?
Yannick Zamboni : Grandir queer dans une petite localité suisse m’a appris très tôt qu’on ne pouvait pas se cacher. Longtemps, j’ai vu cette différence comme une faiblesse. Aujourd’hui, elle est devenue ma plus grande force créative. Je continue à penser de manière instinctive, atypique, parfois imprévisible. Dans un monde très standardisé, cela devient presque un avantage.

Quand avez-vous compris que cette singularité pouvait devenir une force ?
Très tôt dans ma vie professionnelle, j’ai compris que cette singularité était appréciée. L’école d’art m’a ensuite appris à la transformer en langage créatif. Aller à contre-courant ne vous freine pas ; cela peut vous rendre irremplaçable.

Votre parcours a été très peu linéaire…
Ces détours ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Quitter la Suisse pour le mannequinat ou abandonner un emploi très bien rémunéré pour intégrer une école d’art semblait irrationnel vu de l’extérieur, mais ce chemin a été mon éducation.

Aller à contre-courant ne vous freine pas ; cela peut vous rendre irremplaçable.

Yannick Zamboni, créateur de mode
ELLE Suisse

L’instinct guide-t-il votre travail ?
Sous pression, totalement. Quand j’ai davantage de temps, je réfléchis plus longtemps, même si, au final, l’intuition reste souvent la meilleure guide.

Que cherchez-vous à exprimer à travers votre travail ?
Je suis la base de tout ce que je crée : mes valeurs, mes émotions, ma manière de voir le monde. Pour moi, le design ou la mode ne sert pas uniquement à produire du beau. Ils doivent aussi raconter une histoire, provoquer une émotion, questionner certaines normes et encourager le changement.

Qu’est-ce qui guide encore Maison Blanche aujourd’hui ?
La volonté de survivre, avant tout, mais aussi mes quatre piliers de la durabilité : l’éthique, le socio-politique, l’écologie et l’économie. Ils structurent pratiquement tout ce que je fais.

Pourquoi avoir pris vos distances avec Amazon ?
Je pensais pouvoir faire évoluer les choses de l’intérieur, mais le changement avançait trop lentement pour moi. J’ai dû choisir entre une sécurité financière et mes valeurs. J’ai choisi mes valeurs.

Que représente Making the Cut dans votre parcours — et votre relation avec Heidi Klum aujourd’hui ?
Gagner Making the Cut en 2022 m’a ouvert d’importantes opportunités dans tout le monde germanophone. Heidi Klum fait aujourd’hui partie de mon conseil consultatif et c’est quelqu’un vers qui je peux me tourner pour les questions importantes. Au début, elle m’intimidait énormément. Puis une vraie relation s’est créée avec le temps. Nous sommes en contact régulièrement, je vais chaque année à sa soirée d’Halloween et nous partons aussi ensemble à Coachella. Mais avant tout, nous sommes simplement devenus amis.

Le design ou la mode ne sert pas uniquement à produire du beau. Ils doivent aussi raconter une histoire, provoquer une émotion, questionner certaines normes et encourager le changement.

Yannick Zamboni, créateur de mode
ELLE Suisse

Comment avez-vous imaginé l’espace IQOS à Zurich avec Philip Morris International ?
Le brief consistait à créer une œuvre d’art, et c’est exactement ainsi que je l’ai abordé. Je préfère laisser de l’espace à l’interprétation plutôt que d’imposer une lecture unique. Produire les pièces dans notre propre studio nous permet aussi de respecter pleinement nos standards éthiques et créatifs.

Comment gérez-vous aujourd’hui le regard du public ?
J’ai vite compris qu’il était impossible de plaire à tout le monde — et que ce n’était pas le but. Ce qui compte, c’est de pouvoir regarder en arrière plus tard avec la conviction d’avoir fait ce qui me semblait juste.

Heidi Klum fait aujourd’hui partie de mon conseil consultatif et c’est quelqu’un vers qui je peux me tourner pour les questions importantes.

Yannick Zamboni, créateur de mode
ELLE Suisse

Pourquoi le blanc reste-t-il central dans votre univers ?
Si l’on considère le blanc comme la lumière, alors il est la réunion de toutes les couleurs. C’est exactement ce qu’il représente pour moi : une célébration de tout ce qui est beau, et de toutes les belles personnes.

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