Pourquoi la société refuse encore de voir les femmes vieillir ?

De Chiara Ferragni (39 ans) à Licia Colò (64 ans), en passant par Georgina Rodriguez (32 ans), le corps des femmes est constamment scruté, notamment dans les commentaires en ligne.

Les femmes ont-elles vraiment le droit de vieillir ? Trop souvent, la réponse semble être non, surtout lorsque les années laissent des traces sur leur apparence. Depuis des décennies, les autrices féministes dénoncent le double standard qui pèse sur le corps des femmes par rapport à celui des hommes. Pourtant, le problème persiste et les remarques non sollicitées continuent de pleuvoir. « Je reçois des commentaires du genre : « Tu grossis », « Tu vieillis ». Mais ça ne m’atteint pas, parce qu’en ce moment je suis dans un état d’esprit très serein. J’ai une grande confiance en moi et je travaille énormément pour la préserver », a récemment confié Chiara Ferragni dans une vidéo. « J’ai 39 ans, deux enfants et, finalement, une relation saine. Je suis heureuse, épanouie, j’aime mon travail. Je lance plein de nouveaux projets passionnants. J’en suis fière. »

Ces derniers jours, Licia Colò et Georgina Rodriguez ont vécu la même expérience. Elles ont pourtant respectivement 64 et 32 ans. Et elles sont loin d’être des cas isolés : qu’il s’agisse de célébrités ou de femmes ordinaires, les commentaires se ressemblent toujours. Pour une femme, vieillir – ou simplement évoluer, se transformer, changer – semble encore être perçu comme une faute.

Les commentaires incessants sur le corps des femmes

Chiara Ferragni a une nouvelle fois pris la parole auprès de ses abonnés pour dénoncer les attaques des haters, qui scrutent son apparence dans les moindres détails et se permettent de la juger. À propos de son poids, elle rappelle que les périodes où elle était très mince étaient aussi les plus difficiles de sa vie. « J’étais profondément triste et je mangeais très peu, ou alors j’étais obsédée par le fait de ne manger que des aliments considérés comme sains », explique-t-elle. « Quand je repense à cette époque, je me vois tellement malheureuse. C’étaient les pires moments de ma vie. Chaque fois que vous m’avez vue au plus bas de mon poids, c’est parce que je n’allais pas bien. » Concernant les remarques sur son âge, l’influenceuse souligne également leur absurdité : « Tout le monde n’a pas cette chance. Beaucoup de personnes tombent malades, beaucoup d’autres meurent tout simplement. »

Il en va de m’eme pour Licia Colò. L’animatrice a reçu de nombreux commentaires sur son âge, comme s’il s’agissait d’un fléau à combattre. « J’ai 64 ans et j’en suis heureuse. Je suis heureuse de me montrer au naturel, même sur les réseaux sociaux, parce que cela m’est égal », affirme-t-elle dans une vidéo publiée sur Instagram. Avant de s’interroger : « Comment est-il possible que des gens se sentent autorisés à juger les autres ? Et dans quelle société vivons-nous pour que l’âge soit utilisé comme une insulte ? »

Vieillir est pourtant un processus naturel. Nous vieillissons tous et, malgré les progrès de la médecine esthétique ou du maquillage, le temps reste impossible à arrêter. Alors pourquoi les femmes devraient-elles s’en excuser ? « Ces derniers jours, j’ai vu toutes sortes de commentaires sous mes photos en bateau. Certains critiquent mon corps, d’autres prennent ma défense », déplore à son tour Georgina Rodriguez sur Instagram. « Mon corps changera, comme celui de toutes les femmes. Et j’espère qu’il continuera à changer pendant encore très longtemps, parce que cela voudra dire que je suis toujours en vie. »

Vieillir et changer : une faute aux yeux de la société ?

Comme l’écrivait Susan Sontag : « Le simple fait de vieillir est l’une des plus grandes tragédies dans la vie de toute femme ; sans doute la plus longue. » Dans l’imaginaire collectif, paraître agée revient souvent à paraître négligée, moins soignée, moins désirable. Une femme cesse progressivement d’être considérée comme attirante à mesure que son corps se transforme avec l’âge… alors même qu’elle acquiert davantage de compétences, d’expérience, de confiance en elle et de sérénité. Aux yeux de la société, une jeune femme inexpérimentée, parfois fragile ou mal dans sa peau, reste souvent perçue comme plus désirable que celle plus mûre et pleinement consciente de sa valeur.

Dans À propos des femmes (2025), l’écrivaine l’observait déjà durant les années 1950 : « Comparées aux hommes, les femmes sont beaucoup plus pénalisées par les transformations normales que l’âge inscrit sur chaque visage humain. Dès le début de l’adolescence, on apprend aux filles à protéger leur visage contre les effets de l’usure […] Pleurer, froncer les sourcils, plisser les yeux et même rire : toutes ces activités humaines produisent des « rides ». Un homme qui utilise son visage de la même manière est jugé beaucoup plus favorablement. Chez lui, les rides sont perçues comme des marques de « caractère ». Elles témoignent de sa force émotionnelle, de sa maturité – des qualités bien plus valorisées chez les hommes que chez les femmes. (Elles prouvent qu’il a « vécu ».) Même les cicatrices sont souvent considérées comme séduisantes, car elles ajoutent du « caractère » au visage d’un homme. Sur celui d’une femme, en revanche, les rides, les cicatrices de toute nature, voire un simple grain de beauté, sont irrémédiablement perçus comme des imperfections. »

À propos des femmes (2025)
224 pages, CHF 30.- à la Fnac

C’est exactement ce que révèlent les commentaires adressés aux personnalités publiques. Un corps de femme qui a vécu, porté des enfants, traversé des épreuves et changé au fil du temps n’est pas valorisé. « En réalité, conclut l’essayiste, on considère que le caractère des hommes est différent de celui des femmes. Celui d’une femme est perçu comme inné, statique ; il ne serait pas le produit de son expérience, de ses années ou de ses actions. Son visage n’est apprécié que dans la mesure où il demeure inchangé. » Mais rester inchangée est impossible. Les femmes se retrouvent ainsi, une fois de plus, contraintes de choisir entre un idéal inaccessible et contradictoire et le sentiment permanent d’être jugées.

Autrice : Elisabetta Moro
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : femmes · analyse
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