En Suisse, les femmes de plus de 50 ans sont les plus performantes au travail

Une étude dévoilée mardi révèle que les quincagénaires et plus affichent bien plus de motivation que le reste des personnes actives dans le marché du travail suisse. Un contexte favorisé par des évolutions économiques et sociétales qui, bien que réjouissantes, creusent toutefois un problème structurel grandissant.
C’est une nouvelle qui tord le cou à l’agisme. Passé 50 ans, en Suisse, les femmes s’avèrent être les plus performantes sur le marché du travail. C’est ce qu’il est ressorti d’une étude publiée mardi 12 mai par Swissstaffing et gfs-zürich menée auprès de 1242 personnes fin 2025.
Selon les statistiques, 70 % d’entre elles en font même davantage que ce qui leur est demandé. Un taux plus faible chez les hommes âgés de 18 à 29 ans, qui atteint 36 %. Comment expliquer cette tendance ?
Évolution économique et sociétales
Chez Slate, qui rapporte une tendance britannique similaire, Emma Kenny, psychologue et fondatrice du Healthy Social Network, explique qu’il s’agit d’une réponse logique aux évolutions économiques et sociétales : « Auparavant, les femmes âgées de plus de 50 ans étaient considérées comme « dépassées », et promises à un avenir reposant essentiellement sur leur rôle de grand-mères. […] L’image de la femme au foyer dédiée à son époux (qui, lui, gravit encore les échelons) n’est tout simplement plus pertinente du point de vue économique ». Résultat, pour la spécialiste, « celles qui, nombreuses, ont donné la priorité à la maternité puis à l’éducation de leurs enfants » cherchent à « entamer un nouveau départ à 50 voire 60 ans ». Slate concluant : « Désormais «débarrassées» des contraintes familiales car leur progéniture a grandi, et/ou parce qu’elles sont divorcées, elles se concentreraient alors de nouveau sur leur vie professionnelle ». Et ce, mieux que jamais.

C’est l’élément le plus percutant de l’étude de ce mardi : les Suissesses âgées de 50 ans et plus « sont non seulement particulièrement motivées, mais aussi d’une loyauté supérieure à la moyenne. » 71 % d’entre elles n’ont en effet pas l’intention de changer d’emploi. « Pour les entreprises, cela se traduit par une motivation stable, un faible turnover et un transfert des savoirs utile à l’entreprise », notent les chercheurs.
Problèmes persistants et solutions potentielles
L’évolution ne semble pourtant pas conduire à un changement structurel. C’est du moins ce que déplorait il y a quelques années Barbara Aeschlimann, responsable des ressources humaines chez EY Suisse, dans un article de l’Agence télégraphique suisse (ATS) : « Les femmes sont manifestement encore plus engagées dans leur emploi que les hommes. Malgré cela, leurs perspectives de carrière sont limitées et leur rémunération moyenne reste inférieure. »
Et le problème risque de davantage se creuser à mesure que l’on évolue dans le temps. Si l’on s’en réfère aux chiffres de Swissstaffing et gfs-zürich, « le groupe des personnes inactives de 50 ans et plus, qui compte plus de 200’000 personnes (dont plus de la moitié sont des femmes), constitue la plus grande réserve de main-d’œuvre mobilisable en Suisse, et cette tendance devrait s’accentuer d’ici 2050. » résultat : « Compte tenu de la vague de départs à la retraite des baby-boomers, la pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée va continuer à s’aggraver ces prochaines années. »
Alors pour exploiter pleinement cette pénurie, l’étude voit dans les modèles de travail flexibles « un levier majeur pour exploiter le potentiel des plus de 50 ans et les maintenir plus longtemps dans la vie active. ». Le travail flexible permettrait selon les chercheurs « des missions accessibles et personnalisées et facilite la réinsertion professionnelle des personnes sans activité lucrative ».
