Peut-on aller en thérapie avec son meilleur ami ? Les psychologues répondent
Sommes-nous en train de compliquer inutilement nos relations amicales ? Pas si sûr…
Autour d’un verre de vin naturel et de quelques snacks à partager, une amie vide son sac au sujet d’une personne que nous connaissons toutes les deux et avec qui elle s’est brouillée. Les mots « narcissique » et « gaslighting » fusent avec autant de désinvolture que les commandes de boissons. Ayant entendu la version de l’autre partie autour d’un café quelques semaines plus tôt, je reconstitue peu à peu deux récits d’une même histoire. Comme dans la plupart des conflits, aucune des deux n’a complètement tort… ni complètement raison. Nous avons presque toutes été, à un moment ou à un autre, un peu chacune de ces deux femmes. En l’écoutant, je reconnais des schémas qui se répètent dans presque toutes les relations.
Après une rupture amicale, se défouler auprès de quelqu’un qui nous connaît bien est profondément cathartique. Mais avec pour seul bagage un récit de seconde main, je ne peux m’empêcher de penser qu’il serait bien plus constructif que ces deux amies se retrouvent dans la même pièce, accompagnées d’une voix neutre — et formée à cet exercice — pour les aider à démêler leurs différends. Après tout, leur amitié dure depuis plus longtemps que la plupart des mariages en Suisse, dont la longévité moyenne est de 15,8 ans selon les données de l’Office fédéral de la statistique rapportées par la RTS. Sur le chemin du retour, un peu grisée et intriguée, je tape « thérapie de couple pour ami.e.s » sur Google. Et là, surprise : des articles, des discussions sur Reddit et de nombreuses ressources consacrées à une pratique encore émergente, mais en plein essor : la thérapie de l’amitié.
Aussi important qu’une relation amoureuse
« L’expression ‘juste des ami.e.s’ me rend un peu folle », confie Rhaina Cohen, autrice de The Other Significant Others: Reimagining Life with Friendship at the Center (2024). Journaliste, elle a consacré une grande partie de sa carrière à explorer la nature de l’amitié et a vu d’innombrables relations platoniques prendre une place bien plus proche de celle d’un conjoint que d’une simple connaissance. « Une amitié très forte n’est pas fondamentalement différente d’une relation amoureuse », explique-t-elle. « Il n’y a peut-être pas de sexe, mais il y a de l’engagement, de la vulnérabilité et les mêmes problèmes de communication. » Pour Elisabeth Shaw, psychologue et directrice générale de Relationships Australia NSW, l’amitié n’est pas un simple « plus » dans nos vies : c’est un pilier essentiel de notre bien-être : « Les amitiés peuvent avoir autant d’impact que n’importe quelle autre relation », affirme-t-elle.
Une amitié très forte n’est pas fondamentalement différente d’une relation amoureuse. Il n’y a peut-être pas de sexe, mais il y a de l’engagement, de la vulnérabilité et les mêmes problèmes de communication.
Selon elle, cette évolution reflète nos nouveaux modes de vie et une prise de conscience grandissante : une seule personne ne peut pas répondre à tous nos besoins : « Ceux qui choisissent de se marier le font aujourd’hui plus tard dans leur vie. Les amitiés et les relations sociales disposent donc de davantage de temps pour occuper une place centrale », poursuit-elle. « Cela laisse plus de temps aux amitiés pour s’approfondir. » Bien sûr, l’importance de l’amitié n’a rien de nouveau. D’Aristote à Charlotte York dans Sex and the City, les grands penseurs semblent tous s’accorder sur le sujet. Le premier écrivait il y a plus de 2000 ans : « Personne ne choisirait de vivre sans amis. » La seconde suggérait, il y a 25 ans, que les femmes pouvaient être « les âmes sœurs les unes des autres ». Ce qui a alors véritablement changé, c’est notre manière de définir, de vivre et d’entretenir ces liens.
Une démarche préventive
Pour la psychologie, sous toutes ses formes, l’intérêt est en plein essor. Le marché mondial du conseil conjugal aurait progressé de plus de deux milliards de dollars au cours de la seule dernière année. Parallèlement, les données de Medicare montrent une hausse de 13 % du recours aux services de santé mentale au cours de la dernière décennie. À mesure que la thérapie se banalise, elle s’invite dans presque tous les aspects de nos vies. Elle n’est plus seulement un ultime recours, mais devient une démarche préventive : un entretien régulier plutôt qu’une réparation d’urgence. Elisabeth Shaw voit un réel intérêt à ce que des amis entreprennent une thérapie ensemble. Selon elle, la démarche est souvent aussi symbolique que concrète : « Le simple fait que quelqu’un reconnaisse que cette amitié compte, qu’elle mérite qu’on lui consacre du temps pour parler de ce qui bloque, peut être extrêmement puissant », explique-t-elle. Parfois, ajoute-t-elle, le fait d’aborder le problème est presque aussi important que de le « résoudre ».
En y réfléchissant, cela paraît évident : la plupart de nos difficultés impliquent d’autres personnes d’une manière ou d’une autre. Alors pourquoi réserver la thérapie à une démarche exclusivement individuelle ? Le Dr Scott Terry, psychologue et thérapeute conjugal et familial ayant beaucoup travaillé avec des duos d’amis, résume la situation ainsi : « Quand on pense à une relation, il y a en réalité trois personnes : vous, votre ami… et la relation que vous créez ensemble. » Il poursuit : « Nous ne vivons pas dans le vide. Nous vivons en lien avec les autres. » Selon lui, chacun gagnerait à examiner cette dynamique. « Si je ne comprends pas la manière dont je me relie aux autres, comment pourrais-je comprendre ma relation avec moi-même ? » Si la thérapie individuelle reste précieuse pour mieux se connaître, elle ne permet toutefois pas toujours de comprendre les schémas que nous construisons avec les autres. Scott Terry estime que notre société est devenue excessivement individualiste : nous nous focalisons sur l’individu plutôt que sur le système relationnel.
Des attentes amicales nouvelles
Que nous consultions ou non un thérapeute avec un ami, le vocabulaire et les concepts de la thérapie ont déjà envahi nos amitiés. Nous sommes désormais familiers de notions comme « créer un espace d’écoute », « faire le travail », la corégulation émotionnelle ou encore le « reparenting » de notre enfant intérieur, et nous les appliquons à nos relations. L’anthropologue sociale Laura Eramian s’intéresse précisément à la manière dont cette culture thérapeutique transforme nos attentes envers les liens platoniques. « La culture de la thérapie nous dit qu’une amitié véritable doit être proche, intime et fondée sur des conversations profondes », explique-t-elle. Or, traditionnellement, l’amitié a longtemps été perçue comme une relation volontaire, légère, presque une échappatoire aux liens plus exigeants — la famille ou les collègues, par exemple. Ce n’était pas une relation sur laquelle il fallait « travailler » de façon structurée. Les générations précédentes auraient rarement vu des amis analyser la charge émotionnelle qu’ils estimaient porter l’un pour l’autre. Faire appel à un thérapeute avec un ami peut donc être perçu comme une manière de formaliser une relation autrefois décontractée.
Aujourd’hui, les attentes en matière d’intimité émotionnelle et d’ouverture coexistent avec un besoin tout aussi fort de préserver ses limites personnelles. Et ces deux aspirations entrent souvent en conflit. « Les gens veulent toujours que leurs amitiés restent simples, agréables, relaxantes et amusantes », observe Laura Eramian. « Mais ils y ajoutent désormais une nouvelle couche d’attentes. » Pour illustrer cette tension, elle prend l’exemple des confidences. « Se confier à un ami peut être perçu comme une façon de renforcer l’intimité… ou comme une manière de lui imposer un poids émotionnel. Et les deux peuvent être vrais en même temps. » Rhaina Cohen a fait le même constat. « Deux idées s’opposent aujourd’hui : l’une affirme que si une relation ne vous apporte plus rien, il faut partir ; l’autre rappelle que toute relation demande des efforts et mérite qu’on s’y investisse. » Parmi les personnes ayant essayé la thérapie de l’amitié, beaucoup lui ont confié que le cadre formel les avait aidées à gérer les conflits. « Cette structure leur donnait une excuse pour avoir des conversations qui, autrement, auraient semblé gênantes ou inutiles. »
La culture du développement personnel
Puisque nos relations sont le prolongement de nous-mêmes — et que nous considérons désormais notre personnalité comme un projet à optimiser en permanence —, la thérapie de l’amitié est peut-être aussi le symptôme de notre obsession contemporaine pour l’amélioration de soi. « La culture thérapeutique tend à transformer tout ce qu’elle touche en objet d’auto-analyse permanente », estime Laura Eramian. « Elle pousse les gens à penser en termes très binaires : une amitié est soit saine, soit toxique. » Chercher activement à construire des relations parfaitement équilibrées et saines est dans l’air du temps. On pourrait presque parler de friendshipmaxxing. Mais une réalité plus inconfortable demeure : nos attentes sont souvent désalignées et toutes les amitiés ne sont pas destinées à durer éternellement. Considérer chacune d’elles comme un problème à résoudre risque de faire oublier cette évidence.
[La culture thérapeutique] pousse les gens à penser en termes très binaires : une amitié est soit saine, soit toxique.
Il n’existe d’ailleurs ni certification spécifique ni méthode propre à la thérapie des relations amicales. Dans la plupart des cas, les thérapeutes utilisent simplement les modèles conçus pour les couples. Cela peut vouloir dire plusieurs choses : soit l’amitié ressemble suffisamment à une relation amoureuse pour emprunter ses outils, soit elle reste trop fluide, informelle et peu institutionnalisée pour justifier une approche qui lui soit propre. Ou peut-être que nos attentes envers l’amitié évoluent plus vite que les structures capables de les accompagner. Pour Rhaina Cohen, voir des amis s’appuyer sur les méthodes de la thérapie de couple est presque inévitable : « Lorsqu’il n’existe pas de modèle conçu pour votre type de relation, vous utilisez ce qui s’en rapproche le plus et vous l’adaptez », explique-t-elle. « Il est logique que les gens se tournent vers quelque chose qui existe déjà. »
Les thérapeutes ne forment toutefois pas un bloc homogène. Elisabeth Shaw souligne que certains professionnels, spécialisés avant tout dans les couples, abordent parfois les conflits amicaux sans tenir pleinement compte de leurs spécificités. « Les dynamiques ne sont pas les mêmes, notamment parce que l’amitié s’inscrit dans un réseau social plus large et repose sur des attentes différentes », précise-t-elle. « Il ne faudrait pas laisser entendre que deux amis sont liés par les mêmes obligations qu’un couple. En revanche, le fait de réunir les personnes concernées pour parler de ce qui se passe peut être extrêmement bénéfique. »
Un lien plus fragile que n’importe quelle relation
Reste enfin les questions que tout le monde évite : l’argent, l’assurance, la logistique. Un couple qui suit une thérapie puise généralement dans un budget commun. Des associés peuvent parfois faire passer cette dépense dans les frais de leur entreprise. Mais entre amis, qui paie ? Celui qui a proposé l’idée ? Chacun son tour ? « Les personnes les plus investies dans la thérapie de l’amitié sont souvent celles qui ont davantage à perdre », observe Scott Terry. « Elles vivent peut-être ensemble, sont passées d’une relation amoureuse à une amitié, ou travaillent en tant qu’associées. »
Les personnes les plus investies dans la thérapie de l’amitié sont souvent celles qui ont davantage à perdre.
Il pose alors la question sans détour : « Combien de milliers de francs êtes-vous prêt à investir pour sauver une amitié ? » Et c’est peut-être là que réside toute la question. Une amitié est une relation qui ne tient que par la volonté de ceux qui la composent. Dans un mariage, une famille ou un partenariat professionnel, les enjeux sont tangibles : des enfants, un logement, de l’argent, une carrière. Dans une amitié, l’enjeu est plus simple… mais tout aussi réel : perdre ce lien. Alors, comment savoir si la thérapie de l’amitié est la bonne décision ? On ne le sait jamais vraiment. Mais si une amitié compte suffisamment pour envisager cette option, c’est peut-être aussi qu’elle mérite qu’on essaie de la réparer… ensemble.
Les ruptures d’amitié des célébrités
Les stars sont comme nous : elles aussi traversent des crises d’amitié.
Lena Dunham & Jenni Konner
Dans ses nouveaux mémoires , Famesick (2026), Lena Dunham revient sur les nombreuses difficultés liées à la célébrité. Outre sa rupture avec le producteur de musique Jack Antonoff, elle raconte aussi la lente disparition de son amitié avec Jenni Konner, co-créatrice et scénariste de Girls. Les deux femmes ont même tenté une thérapie ensemble. Cette séance fut la dernière fois où elles se sont parlé.
Lauren Conrad & Heidi Montag
Anciennes colocataires, meilleures amies et vedettes des émissions cultes Laguna Beach et The Hills, Lauren Conrad et Heidi Montag se sont brouillées en 2007 dans l’une des ruptures les plus célèbres de la télé-réalité. En cause : le désaccord de Lauren vis-à-vis du compagnon de Heidi — aujourd’hui son mari — Spencer Pratt, ainsi que des accusations selon lesquelles Heidi et Spencer auraient propagé des rumeurs sur une prétendue sex tape impliquant Lauren et un ex. Ceux qui entendent encore Lauren crier « You know what you did! » (« Tu sais très bien ce que tu as fait ! ») n’ont besoin d’aucune autre explication.
Gwyneth Paltrow & Winona Ryder
Les deux icônes des années 1990 ont vécu ensemble avant que leur amitié ne vole en éclats autour du film Shakespeare in Love (1998). Selon la rumeur, le scénario se trouvait sur la table basse de Winona Ryder. Gwyneth Paltrow l’aurait lu puis aurait immédiatement appelé son agent pour décrocher le rôle, qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure actrice. Si l’on en croit Harvey Weinstein, producteur aujourd’hui condamné pour agressions sexuelles, Gwyneth aurait d’abord refusé le rôle avant de recommander Winona. Plus tard, Gwyneth a accusé Winona d’avoir lancé la rumeur de l’histoire du scénario posé sur la table basse. Qui croire : un délinquant sexuel condamné, une actrice condamnée pour vol à l’étalage ou une ambassadrice israélienne de l’immobilier ? (Winona Forever.)
Paris Hilton & Nicole Richie
Les vedettes de The Simple Life se sont séparées en 2005, sans que les raisons exactes ne soient jamais clairement établies. Était-ce parce que Paris Hilton avait animé un Saturday Night Live en solo ? Nicole Richie a-t-elle vraiment diffusé la sex tape de Paris lors d’une soirée ? Quoi qu’il en soit, TMZ affirme que les deux amies se sont réconciliées un an plus tard autour d’un dîner dans un steakhouse.
Kylie Jenner & Jordyn Woods
Meilleures amies depuis le collège et anciennes colocataires, Kylie Jenner et Jordyn Woods ont vu leur relation exploser en 2019 lorsque des informations ont affirmé que Tristan Thompson aurait trompé Khloé Kardashian, alors enceinte, avec Jordyn. Dans une interview accordée à ELLE en 2024, Kylie a confié avoir eu « le cœur brisé ». Après les excuses de Jordyn en 2023, les deux femmes ont commencé à renouer. Cette année, elles ont même été aperçues enlacées au bord du terrain, vêtues de bleu et d’orange, en ferventes supportrices des Knicks.
Tyra Banks & Naomi Campbell
Dans les années 1990, la jeune Tyra Banks et la superstar Naomi Campbell ont été mises en concurrence dans une industrie de la mode qui semblait n’avoir de place que pour un seul mannequin noir à la fois. Tyra raconte s’être sentie intimidée lorsque Naomi lui aurait lancé en coulisses : « Tu ne seras jamais moi. Ne pense pas que tu peux être moi. » Naomi affirme, de son côté, ne pas se souvenir avoir prononcé ces mots. Les deux mannequins ont enterré la hache de guerre en 2005 dans The Tyra Banks Show, reconnaissant que leur véritable ennemi n’était pas l’une ou l’autre, mais le racisme de l’industrie.
Alexandra Cooper & Sofia Franklyn
Les cofondatrices du podcast aujourd’hui incontournable Call Her Daddy étaient autrefois inséparables. Deux ans après son lancement, en 2020, elles ont mis fin à leur collaboration à cause de désaccords contractuels. Alexandra Cooper est désormais l’unique animatrice de Call Her Daddy et copropriétaire de l’empire médiatique Unwell avec son mari Matt Kaplan, régulièrement décrit comme controversé. Sofia Franklyn a lancé son propre podcast, Sofia with an F. Elle promet de raconter sa version de leur rupture dans ses mémoires à paraître en novembre 2026, au titre évocateur : Daddy Issues.
Taylor Swift &…
Mieux vaut avoir fait partie d’un girl squad et en avoir été exclue que de n’en avoir jamais fait partie, non ?
Katy Perry s’est brouillée avec Taylor Swift après que trois danseurs de la tournée Red Tour (2013-2014) ont quitté celle-ci avant la fin pour rejoindre la tournée Prismatic World Tour (2014-2015) de Katy. Elles se sont depuis réconciliées.
Karlie Kloss a été l’un des piliers du célèbre groupe d’amies de Taylor entre 2013 et 2016, avant que leur relation ne se refroidisse, notamment parce que son manager, Scooter Braun, possédait les masters de Taylor et en raison de son mariage avec un membre de la famille Kushner.
Malgré les nombreuses rumeurs de brouille, Taylor Swift et Lorde seraient particulièrement douées pour traverser les conflits sans mettre fin à leur amitié.
Quant à Blake Lively, les échanges de SMS entre elle et Taylor Swift ont récemment été rendus publics dans le cadre du litige judiciaire opposant l’actrice à son partenaire de Jamais plus (2024), Justin Baldoni, ce qui aurait conduit Taylor à prendre ses distances avec cette amitié.
Autrice : Arabella Peterson
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/au. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.