Depuis quand porter un vêtement une deuxième fois est-il devenu un fashion faux pas ?

Dernièrement, le mannequin Gigi Hadid a relancé malgré elle un débat mode : peut-on vraiment porter plusieurs fois le même vêtement sans avoir honte ?
De passage à Paris avec son compagnon Bradley Cooper, Gigi Hadid s’est retrouvée malgré elle au cœur d’une petite polémique mode. En cause ? Un débardeur blanc moulant à col rond profond, aperçu à plusieurs reprises sur le mannequin. Une pièce aussi basique qu’intemporelle, mais qui n’a pas échappé à l’œil des internautes. « Gigi Hadid n’a qu’un débardeur blanc ? », se sont notamment amusés certains, comme le rapporte Grazia. Derrière cette remarque anodine se cache pourtant une question qui agite la mode depuis longtemps : faut-il vraiment avoir honte de porter deux fois la même pièce ?
Porter deux fois la même tenue : le faux pas ultime ?
Pendant longtemps, reporter une tenue était presque considéré comme une faute de goût, en particulier lorsqu’on était célèbre. Sur les tapis rouges, les stars étaient ainsi soumises à une règle tacite : ne surtout pas apparaître deux fois dans le même look. Une robe déjà portée pouvait rapidement devenir un sujet médiatique et tenir une image. Cette obsession du « nouveau » a progressivement dépassé les red carpets pour s’imposer dans la mode au sens large. À mesure que les collections se renouvellent à un rythme effréné, la nouveauté est devenue synonyme de désirabilité. Être « à la mode », ce serait donc, par définition, porter ce que l’on n’a pas encore porté.
Et puis les réseaux sociaux sont arrivés. Sur Instagram, TikTok ou Pinterest, les contenus « outfit » défilent à longueur de journée, donnant l’impression que notre dressing devrait, lui aussi, se renouveler au même rythme que notre feed. Une nouvelle silhouette, une nouvelle tendance, une nouvelle pièce… et l’envie de shopping qui suit. Un mécanisme largement entretenu par la fast fashion, dont le modèle repose précisément sur la multiplication des nouveautés et le renouvellement express des collections. Résultat : on a fini par intégrer l’idée qu’un vêtement devait être remplacé dès qu’il n’était plus « nouveau », plutôt que simplement reporté.
La revanche du déjà-porté
Mais cette injonction commence doucement à prendre l’eau. De plus en plus de célébrités s’autorisent à ressortir leurs vêtements, y compris lors d’événements très médiatisés. Sur les tapis rouges comme dans la rue, le « déjà-porté » n’est plus forcément synonyme de faute de goût. Au contraire, il peut désormais être perçu comme la preuve d’un style personnel, loin de la course permanente à la nouveauté.
Dans le même temps, la « capsule wardrobe » s’est imposée comme l’un des concepts phares d’une mode plus raisonnée. Le principe ? Miser sur un vestiaire resserré composé de pièces essentielles, faciles à associer, plutôt que d’accumuler les vêtements. Quelques basiques bien choisis, quelques pièces plus mode et une multitude de combinaisons possibles. L’idée n’est pas de compter ses vêtements, mais de leur faire vivre plusieurs vies. Et Gigi Hadid en a fait la parfaite démonstration à Paris. Le mannequin a porté son fameux débardeur blanc de plusieurs façons : avec une jupe midi noire et des tongs, avec un legging de sport, puis avec un jean et des baskets. Trois silhouettes, une seule pièce. Et surtout, une petite leçon de style : contrairement à ce que les réseaux sociaux peuvent parfois laisser croire, avoir du style ne consiste pas nécessairement à avoir toujours quelque chose de nouveau à montrer. Parfois, il suffit simplement de savoir comment porter encore (et encore) ce que l’on possède déjà.
Autrice : Laura Londas
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.fr. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.