Richard Orlinski, artiste français le plus vendu au monde : « Parfois, je ne dors pas plusieurs jours »

Il a élevé ses animaux sculptés au rang d’icônes contemporaines. Rencontre.

Sa devise ? « Take the best, fuck the rest », lance-t-il sans hésiter. Richard Orlinski l’a appliquée à la lettre : prendre le meilleur, laisser le reste, y compris une enfance heurtée par la violence qu’il a dû déjouer pour se construire.

Après avoir bouclé des études universitaires en économie et fait fortune dans l’immobilier, il frôle le burn-out, claque la porte et s’autorise enfin à suivre la voie qui l’appelait depuis toujours : l’art. Son premier crocodile rouge, en 2004, ouvre le cortège d’une ménagerie pop monumentale qui fascine dans le monde entier.

Depuis, le Parisien multiplie les formes d’expression : sculpteur, créateur pluridisciplinaire, chroniqueur des Grosses Têtes, comédien, DJ, auteur de Pourquoi j’ai cassé les codes (2017). Il enchaîne aussi les collaborations, de Disney à Hublot, de Lancôme à une récente ligne de bijoux pour Charney Paris. Une effervescence racontée dans Richard Orlinski: The Art Documentary (2025), dévoilé en janvier sur Prime Video.

Mais derrière sa réussite spectaculaire, le self-made man se révèle être un homme convaincu que ce que l’on reçoit doit se transmettre. Une conviction qui l’amène à consacrer une large part de son temps au caritatif. C’est lors d’un des ateliers de l’association Hope, qui accompagne les femmes touchées par un cancer du sein et dont il est le parrain, qu’il s’est confié à ELLE Suisse sur son parcours atypique.

ELLE : Sculpteur, chroniqueur, comédien, DJ… Comment définir celui que vous êtes aujourd’hui ?
Richard Orlinski
: Je suis un artiste multifacette, intéressé par tout. Un éternel enfant, ultrasensible, qui veut découvrir chaque jour de nouveaux terrains de jeu et qui aime être dans l’action, dans l’énergie.

Quelle facette vous procure le plus d’émotions?
La scène : le one-man-show [il coécrit actuellement son deuxième spectacle, ndlr], la radio, la musique… Le public me donne une énergie immédiate, humain à humain. C’est très puissant.

Vous vous êtes lancé dans l’art à 38 ans. Comment avez-vous vécu ce tournant ?
Je n’ai jamais douté de vouloir le faire, mais j’ai douté – et je doute toujours, heureusement – de mon travail. Je crois qu’il faut douter pour avancer. Mais il faut aussi prendre des risques pour avancer. Quand j’ai quitté l’immobilier, j’avais déjà mes quatre enfants. Certains me prenaient pour un fou, mais l’important, c’est de s’écouter. On a toujours la solution en nous, mais on ne l’écoute pas assez.

On a toujours la solution en nous, mais on ne l’écoute pas assez.

Richard Orlinski, artiste français
ELLE Suisse

Votre créativité remonte à l’enfance. Comment se manifestait-elle?
J’étais un enfant passionné d’art. Je sculptais sans arrêt de petits animaux. J’étais aussi studieux, très compétiteur : je voulais toujours être premier de la classe. Et puis vers 11-12 ans, j’ai tout lâché. Je suis devenu plus turbulent, attiré par des choses un peu interdites. J’ai gardé la créativité, mais avec une recherche de sens. Peut-être parce que j’avais envie de tout découvrir, de ne pas rester dans un monde figé. Et c’est toujours vrai aujourd’hui : je casse les codes, j’aime tout essayer. Je ne peux pas rester dans une seule voie.

Votre souvenir d’enfance le plus heureux ?
Un trajet Paris–Nice en 4L pour les vacances. Avec ma sœur, on avait une couchette à l’arrière. Le voyage était long, mais j’adorais ce moment parce que c’était comme si on allait vivre une aventure. Il y avait un côté très romanesque, très poétique.

Si vous pouviez parler à l’enfant passionné d’art que vous étiez, que lui diriez-vous?
Je lui dirais : crois en tes rêves et écoute cette petite voix que tu as en toi. Parfois, je me dis que j’ai perdu du temps. Mais je n’ai pas de regrets. Vivre avec des regrets, c’est vivre dans le passé et être malheureux. Le timing de la vie a un sens. Si je n’ai pas commencé plus tôt, c’est que je n’avais pas la maturité. Peut-être qu’avec d’autres parents, j’aurais eu les codes de la vie plus vite. Moi, j’ai dû les trouver tout seul.

Votre enfance a aussi été marquée par la violence.
Oui, c’était très dur. Mon père est devenu violent avec ma mère à partir de mes 8-9 ans. Dans la vie, j’essaie toujours de transformer le négatif en positif : ces épreuves ont forgé mon caractère, car j’ai compris très vite que je devais compter sur moi-même. Ceux qui peuvent compter sur leurs parents n’ont pas la même motivation. Et cette violence m’a aussi montré le chemin pour être père.

Vivre avec des regrets, c’est vivre dans le passé et être malheureux. Le timing de la vie a un sens.

Richard Orlinski, artiste français
ELLE Suisse

Quel père êtes-vous ?
J’applique exactement l’inverse de ce que j’ai vécu. Je suis très proche de mes quatre enfants : on forme une équipe, avec beaucoup de bienveillance et d’amour. Je leur dis chaque jour que je les aime. On dit qu’on reproduit ce qu’on a connu : mon père était violent parce que son père l’était. Ce n’était pas évident, mais moi, je m’en suis affranchi.

Avez-vous encore des relations avec votre père ?
Plus ou moins. Notre lien n’a jamais été fort. On s’écrit un message par an. Ma mère, elle, est décédée en 2018. Parfois, j’ai l’impression d’être devenu le “parent” et lui l’enfant. Quand tu grandis, tu comprends les choses et tu te retrouves en position haute par rapport à tes parents, qui ne peuvent plus te guider parce que tu as réussi ta vie, tu as plus d’amour, tu es plus équilibré.

Vous avez par le passé évoqué des angoisses très précoces. Comment les avez-vous traversées ?
À 2–3 ans, sans y avoir été confronté, j’ai pris conscience de la mort. Ça a été un choc terrible. Je criais, je me cognais contre les murs. Ma mère m’a beaucoup aidé, mais ça a été un long chemin. Je n’accepterai jamais notre finitude, mais je la vis mieux aujourd’hui.

Vous enchaînez les projets et les collaborations. Comment s’organisent vos journées ?
Je travaille 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 ! (Rires). En réalité, je dors très peu. Parfois, je ne dors pas plusieurs jours. C’est compliqué, mais ça va. Comme disait Moustaki : «Nous avons toute la vie pour nous amuser. Nous avons toute la mort pour nous reposer.»

À 2–3 ans, sans y avoir été confronté, j’ai pris conscience de la mort. Ça a été un choc terrible.

Richard Orlinski, artiste français
ELLE Suisse

Quel est votre moteur ?
Toujours l’envie découvrir de nouvelles choses. Chercher le beau dans ce qui ne l’est pas forcément. Apporter des émotions, de l’esthétique, de la joie, du positif aux gens. Ce n’est pas ce qu’on voit tous les jours dans l’actualité, donc je préfère m’intéresser à ça.

Vous êtes aussi investi dans le caritatif. Qu’est-ce qui nourrit cet engagement ?
On reçoit, donc il faut redonner. Et en donnant, on reçoit encore davantage, parce qu’on apprend beaucoup en partageant avec d’autres personnes. Il y a quelque chose de très puissant là aussi. Je suis particulièrement touché par les causes liées aux enfants, mais j’en soutiens d’autres, comme l’association Hope. Il y a un vrai échange, une authenticité, une sincérité. Et dans le monde dans lequel on vit, c’est important.

Parfois, je ne dors pas plusieurs jours. C’est compliqué, mais ça va.

Richard Orlinski, artiste français
ELLE Suisse

Comment rechargez-vous vos batteries ?
Ce qui me ressource, ce sont les moments avec mes enfants. Et le sport : je fais beaucoup de paddle-tennis. C’est un vrai moment de partage et de bonheur. Il peut m’arriver d’aller à la mer ou à la campagne, mais quand les autres vont rester deux semaines, moi je tiendrais deux ou trois jours maximum.

Et la personne qui partage votre vie suit-elle le même rythme ?
(Il sourit) Les personnes qui partagent ma vie, généralement oui. C’est un peu obligatoire. Mais j’ai beaucoup de facilité à intégrer ma famille à mes projets. Donc oui, c’est dur de suivre mon rythme, mais en même temps assez simple, parce que je ne vis pas ça tout seul : je partage tout.

Vous parlez depuis vos débuts de démocratiser l’art. Pourquoi était-ce si important ?
Parce qu’il ne devrait pas être réservé à une élite. Grâce à ma collaboration avec Disney, j’ai pu produire à grande échelle et vendre des créations à petits prix. J’aime aussi exposer à ciel ouvert, gratuitement. L’art, c’est pour tout le monde : il sert à nous faire réfléchir, éveiller les sens.

J’aime exposer à ciel ouvert, gratuitement. L’art, c’est pour tout le monde.

Richard Orlinski, artiste français
ELLE Suisse

Parmi vos sculptures, à laquelle êtes-vous le plus attaché ?
Le Kong. J’ai choisi un silverback parce que l’être humain lui ressemble beaucoup. Je peux lui faire dire n’importe quoi, il est très proche de nous. Il est aussi à l’image de King Kong : il protège la veuve et l’orphelin, défend la nature et représente le bien. Et j’aime l’idée du bien qui est incompris.

Après deux décennies de succès, la critique vous touche-t-elle encore ?
Non. Plus on te critique, plus tu existes. C’est fatigant, mais ça fait partie du jeu. Il faut en faire quelque chose de positif. Et comme la critique est plus forte que le compliment, autant s’en servir: quand un magazine me consacre deux pages pour dire du mal de mon travail, je me dis que je n’aurais jamais eu deux pages pour dire du bien !

Tags : artiste · homme
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