Maternité et contraceptions des Suissesses : ce que révèle le sondage surprenant de ELLE

Dimanche, une grève féministe aura lieu en Suisse pour davantage d’équité entre les sexes. L’occasion de se pencher sur l’un des débats de société où les tensions demeurent particulièrement fortes : la fertilité. Qu’en pensent les principales concernées ? ELLE Suisse les a interrogées et leurs réponses affichent quelques surprises.

À l’approche de la grève des femmes du 14 juin, ELLE Suisse a souhaité dresser un état des lieux du rapport des Suissesses à la fertilité. Si ce thème ne figure pas au centre des revendications de la mobilisation de ce dimanche, elles cristallisent pourtant de nombreuses inégalités liées à la santé, à la charge mentale, au monde du travail ou encore aux injonctions qui entourent les corps féminins. La rédaction a ainsi mandaté l’institut MIS Trends – référence en matière d’enquête d’opinion en Suisse romande – afin de sonder les principales concernées sur ces questions.

Réalisée entre le 11 et le 21 mai 2026 auprès de 1344 femmes âgées de 18 ans et plus (dont 801 Romandes et 543 Alémaniques), cette enquête dresse un constat qui interpelle. Pression sociale autour de la maternité, difficulté à concilier carrière et désir d’enfant, effets secondaires des contraceptifs jugés minimisés : derrière des expériences vécues individuellement émergent des problématiques collectives fortes. Voici les résultats de notre sondage.

Plus d’une femme sur deux en Suisse estime subir une pression sociale à devenir mère

En Suisse, la maternité reste encore largement perçue comme une attente sociale. Plus d’une habitante sur deux (57 %) estime que les femmes subissent toujours une pression liée au fait de devenir mères. Une moyenne qui cache une fracture générationnelle particulièrement marquée. D’après le sondage, ce sentiment explose chez les générations en âge de procréer, atteignant 78 % chez les 18-29 ans et 71 % chez les 30-44 ans, contre seulement 42 % chez les 45-59 ans et 41 % chez les femmes de 60 ans et plus. Cette pression semble d’ailleurs persister même après être devenue mère puisque 44 % des femmes ayant déjà un ou plusieurs enfants déclarent tout autant souffrir de cette pression sociale liée à la maternité.

59 % des femmes ont le sentiment que leurs projets de vie entrent en conflit avec la maternité

Concilier désir d’enfant, carrière, études et stabilité financière reste un défi pour de nombreuses Suissesses. Près de six femmes sur dix (59 %) estiment que leurs projets de vie entrent en conflit avec leurs projets de maternité. Un sentiment particulièrement marqué chez les jeunes générations : 74 % des 18-29 ans et 68 % des 30-44 ans partagent ce constat. Les femmes ayant suivi une formation supérieure sont également les plus nombreuses à évoquer cette tension puisqu’elles sont 69 % à considérer que maternité et projets de vie entrent en concurrence. Un résultat qui pourrait s’expliquer par des études souvent plus longues, une insertion plus tardive sur le marché du travail ou encore des carrières perçues comme plus difficiles à interrompre. Et il se trouve que ce sentiment ne concerne pas uniquement les femmes sans enfant : 64 % des mères interrogées disent elles aussi avoir ressenti ce conflit entre maternité et trajectoire personnelle ou professionnelle.

61 % des femmes pensent que les célibataires devraient avoir accès à la PMA

Actuellement, la procréation médicalement assistée (PMA) en Suisse reste réservée aux couples. Pourtant, 61 % des femmes interrogées estiment que les femmes célibataires devraient pouvoir y recourir, demande particulièrement revendiquée par les 30-44 ans qui sont 73 % à le revendiquer. Elles sont suivies par les 18-29 ans à 62 %, les 45-59 ans à 58 % et même chez les 60 ans et plus à 52 %. L’adhésion reste donc majoritaire dans toutes les tranches d’âge, avec des niveaux légèrement plus élevés chez les femmes en âge de construire ou de réfléchir à un projet parental.

Dans la continuité du soutien exprimé à l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires, la question de sa prise en charge financière fait également consensus. Six femmes sur dix (60 %) estiment que les traitements de PMA devraient être remboursés par l’assurance maladie de base (LAMal). Cette opinion est particulièrement marquée chez les plus jeunes générations, avec 84 % des 18-29 ans et 73 % des 30-44 ans, contre 54 % des 45-59 ans et 44 % des 60 ans et plus.

Plus d’une femme sur deux se dit favorable à la GPA

Certes, la question de la gestation pour autrui (GPA) divise davantage que celle de la PMA,mais elle recueille toutefois une majorité relative d’adhésion. 54 % des femmes interrogées aimeraient que la Suisse la légalise. L’opinion varie fortement selon les générations : 70 % des 18-29 ans y sont favorables, suivies des 30-44 ans (61 %), puis des 45-59 ans (49 %) et des 60 ans et plus (44 %). Le soutien apparaît également élevé du côté de celles étant déjà mères avec 67 % d’adhésion.

La pilule, premier moyen de contraception des Suissesses

La contraception apparaît comme un domaine dans lequel une large majorité de femmes (76 %) déclarent se sentir suffisamment informées sur les différentes méthodes existantes, féminines comme masculines.
Mais dans les faits, les usages restent concentrés sur quelques méthodes. La pilule arrive largement en tête, utilisée par 81 % des femmes interrogées, loin devant l’abstinence ou le retrait (30 %) et le stérilet, hormonal ou en cuivre (23 %). À l’inverse, certaines méthodes demeurent marginales : le diaphragme (4 %), les spermicides (4 %) et les injections de progestatifs (6 %) figurent parmi les moins utilisées.

Plus d’une femme sur deux estime ne pas être suffisamment informée sur les effets secondaires des contraceptifs

La question des effets secondaires liés aux méthodes contraceptives apparaît comme un point de tension important. 59 % des femmes estiment ne pas être suffisamment informées sur les effets secondaires des différentes méthodes de contraception. Paradoxal quand on constate qu’elles sont pourtant 62 % à en avoir déjà ressenti, au cours de leur vie entre prise de poids, troubles de l’humeur ou encore baisse de la libido. Ce chiffre grimpe à 77 % chez les 18-29 ans et 74 % chez les 30-44 ans. Par ailleurs, 40 % des femmes interrogées estiment que ces effets secondaires ne sont pas pris suffisamment au sérieux par leur médecin.

70 % des femmes estiment que les moyens de contraception devraient être remboursés par la LAMal

La question du financement des moyens de contraception fait apparaître un soutien large à une prise en charge collective. 70 % des femmes interrogées estiment que les méthodes contraceptives devraient être remboursées par l’assurance maladie de base (LAMal).

Une quasi-intégralité des femmes estiment que les hommes devraient être plus impliqués dans la contraception

C’est le consensus le plus net : les hommes devraient davantage s’impliquer dans le domaine de la contraception. C’est ce que déclarent 94 % des femmes interrogées, et le résultat semble clair quel que soit l’âge.

Il y a en revanche de fortes divergences au niveau géographique : avec une part à 72 %, ce sont les Romandes qui se montrent les plus critiques contre 36 % des Alémaniques, qui considèrent qu’il existe plutôt une forme d’égalité entre les sexes sur ce point.

Plus d’une femme sur deux refuse que la congélation des ovocytes soit remboursée par LAMal

Parmi les usages, la congélation des ovocytes apparaît également comme une pratique sollicitée par les femmes. 56 % d’entre elles estiment que cela devrait être davantage présenté comme un outil de prévention de la fertilité féminine. Cette opinion est particulièrement marquée chez les plus jeunes générations : 71 % des 18-29 ans, 60 % des 30-44 ans, avant d’observer une baisse nette chez les 45-59 ans (36 %) et les 60 ans et plus (29 %).

En revanche, la question du financement divise davantage : 51 % des femmes se disent opposées à une prise en charge de la congélation des ovocytes par l’assurance maladie de base (LAMal), l’opposition augmentant avec l’âge.