Pourquoi l’IA crée une nouvelle forme d’anxiété au travail

La principale préoccupation que l’intelligence artificielle a suscitée au bureau n’est pas qu’elle nous prenne nos emplois, mais que nous n’apprenions pas assez vite à l’utiliser efficacement. Nos conseils et recommandations littéraires.

Il y a encore trois ans à peine, maîtriser Excel, PowerPoint ou les logiciels spécifiques à son entreprise suffisait pour enrichir son CV. Aujourd’hui, des milliers de professionnels ont le sentiment de devoir ajouter une nouvelle compétence à cette liste : l’intelligence artificielle (IA). Et pour certains, cette exigence se transforme en une source de stress aussi inattendue que bien réelle.

Le débat public autour de l’IA tourne souvent autour d’une même question : va-t-elle nous prendre nos emplois ? Pourtant, les études montrent qu’une autre inquiétude, plus immédiate, préoccupe de nombreux travailleurs. Ils ne craignent pas forcément d’être remplacés demain par une machine, mais plutôt de ne pas apprendre assez vite à utiliser cet outil pour rester compétitifs.

Une étude du cabinet de conseil EY révèle ainsi que 66 % des travailleurs craignent de prendre du retard professionnel s’ils n’apprennent pas à utiliser les outils d’intelligence artificielle. Par ailleurs, 67 % estiment qu’ils pourraient passer à côté d’opportunités de promotion s’ils ne développent pas ces compétences. Une illustration de la pression croissante qui pousse les salariés à rester constamment à jour.

Nos nouveaux collègues de travail

L’arrivée d’outils comme ChatGPT, Claude ou Gemini a accéléré une transformation qui touche des métiers très différents. Il n’est plus seulement question des ingénieurs ou des développeurs. Journalistes, avocats, spécialistes du marketing, consultants, enseignants ou professionnels des ressources humaines sont désormais confrontés à la même interrogation : est-ce que j’en apprends suffisamment ?

La vitesse à laquelle les choses évoluent fait partie du problème. Pendant des décennies, acquérir une compétence professionnelle représentait un investissement relativement stable. On pouvait apprendre à utiliser un logiciel ou une méthodologie, puis s’en servir pendant plusieurs années. Désormais, les nouveautés s’enchaînent à un rythme effréné, donnant à de nombreux travailleurs l’impression de courir après une technologie qui a toujours une longueur d’avance.

Les experts commencent ainsi à parler d’une nouvelle forme d’anxiété professionnelle liée à l’intelligence artificielle. Celle-ci ne naît pas uniquement de la peur de perdre son emploi, mais aussi de l’incertitude quant à sa propre capacité à s’adapter à un environnement en perpétuelle évolution. Et si mes collègues progressaient plus vite que moi ? Et si mon entreprise commençait à exiger des compétences que je ne maîtrise pas encore ? Et si je prenais du retard ?

L’impact de l’IA au bureau

Une enquête menée par le cabinet de conseil technologique Adaptavist révèle qu’un travailleur sur cinq ressent du stress ou de l’anxiété liés à l’intelligence artificielle. Et maîtriser ces nouveaux outils peut, comme le montre le graphique ci-dessus, représenter dans certains cas un avantage considérable. 35 % des personnes interrogées reconnaissent cacher certaines connaissances ou compétences par peur d’être remplacées, signe que la compétition technologique peut générer des insécurités inédites dans le monde professionnel.

Paradoxalement, l’intelligence artificielle est pourtant née avec la promesse de nous faire gagner du temps. Et, dans de nombreux cas, elle tient cette promesse. Elle automatise les tâches répétitives, accélère les recherches d’informations et permet de réaliser en quelques minutes des tâches qui nécessitaient auparavant plusieurs heures. Mais cette même efficacité a fait naître une nouvelle attente : si la technologie progresse aussi vite, les travailleurs doivent eux aussi accélérer.

C’est là que se trouve l’une des nouvelles sources d’anxiété professionnelle de notre époque. Pas nécessairement dans l’idée qu’une machine nous remplacera demain, mais dans le sentiment que nous n’en saurons jamais assez pour suivre le rythme du changement. Alors que cette incertitude continuera de s’immiscer dans nos préoccupations professionnelles, voici quelques conseils pour déterminer si vous souffrez de cette nouvelle forme de stress. Vous trouverez également plusieurs lectures particulièrement intéressantes sur le sujet, aussi bien pour apprendre à mieux utiliser l’IA que pour réfléchir à son impact.

Comment savoir si l’IA est à l’origine de votre anxiété au travail :

  • Vous avez constamment l’impression de ne jamais en savoir assez. Même lorsque vous apprenez à utiliser de nouveaux outils, vous avez le sentiment de toujours courir derrière les évolutions.
  • Vous vous comparez sans cesse à vos collègues. Vous avez l’impression que les autres maîtrisent l’IA mieux que vous.
  • Vous évitez d’utiliser les outils d’IA par peur de vous tromper. Votre manque de confiance finit par vous empêcher d’apprendre.
  • Vous consacrez du temps supplémentaire à vous former par obligation, et non par envie. Les cours ou les tutoriels ne sont plus une occasion d’apprendre, mais deviennent une nouvelle source de pression.
  • Vous avez peur de passer à côté d’opportunités professionnelles. Vous craignez que votre manque de maîtrise de l’IA nuise à vos chances d’obtenir une promotion.
  • Chaque nouvel outil vous provoque de l’anxiété. Au lieu de susciter de la curiosité, chaque lancement technologique vous inquiète.
  • Vous avez le sentiment que votre valeur professionnelle dépend uniquement de la technologie. Vous oubliez que l’expérience, le discernement ou encore la créativité restent des compétences particulièrement recherchées.

Des livres pour apprendre à utiliser l’IA et comprendre son impact sur la société

ChatGPT, le guide du débutant (2025)
CHF 23.90 sur Galaxus
IA génératives, pas créatives (2025)
CHF 27.85 (soldé) à la Fnac
Co-intelligence – Vivre et travailler avec l’IA (2025)
CHF 28.- (soldé) à la Fnac

Autrice : Laura Vilamor
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/es. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

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