Post-partum : pourquoi admire-t-on les femmes qui reprennent le travail si vite ?

Six semaines après son accouchement, Barbara Palvin a défilé pour Victoria’s Secret le dimanche 18 octobre. Un retour qui a suscité des commentaires admiratifs et qui m’interroge sur notre regard sur le post-partum. Si chaque femme devrait pouvoir reprendre le travail quand elle le souhaite, pourquoi avons-nous parfois tendance à célébrer davantage celles qui reprennent rapidement ?

Sur Instagram ce matin, je regardais des vidéos de Barbara Palvin sur le podium du défilé Victoria’s Secret. On la voit marcher fièrement sous le regard amoureux de son mari, l’acteur Dylan Sprouse, tandis que les invités du show se lèvent pour l’applaudir. Dans les commentaires sous les vidéos, les internautes sont admiratifs. « Elle a accouché il y a six semaines, elle est incroyable ! », « reine », « bravo ! ». Dans un monde où le corps des femmes reste si souvent scruté et jugé, particulièrement après une grossesse, ces messages me réjouissent. Mais ces commentaires qui louent le retour rapide au travail de la star me mettent aussi légèrement mal à l’aise.

Le retour rapide au travail, un nouvel outil de performance ?

J’aime mon travail, et certaines de mes collègues font partie de mes amies proches. Pourtant, lorsque j’ai accouché il y a deux ans, jamais au grand jamais je n’aurais imaginé retrouver la rédaction de ELLE six semaines après. Mon corps et mon esprit avaient besoin de davantage de temps, tout simplement. J’ai repris le chemin du bureau treize semaines après la naissance de mon fils, après avoir prolongé de trois semaines mon congé maternité au-delà de la durée légale. Et si j’avais pu, je serais même revenue un peu plus tard. Il faut le dire, les nuits hachées et les douleurs physiques ne facilitent pas la concentration.

Autour de moi, certaines amies ont elles aussi choisi de prolonger leur congé maternité, en posant des vacances ou en prenant un congé parental. Certaines ont essuyé des remarques, d’autres ont eu le sentiment de devoir justifier leur choix, comme si rester auprès de son enfant un peu plus longtemps revenait à manquer d’ambition ou d’envie de travailler.

C’est ce décalage qui m’interpelle aujourd’hui. Barbara Palvin a choisi de retrouver les podiums six semaines après son accouchement. Elle n’a pas à justifier son choix ni à mettre sa carrière entre parenthèses parce qu’elle est devenue mère. Mais là où son retour rapide lui vaut une avalanche de compliments, les femmes qui prennent davantage de temps ne reçoivent pas toujours la même bienveillance. Certaines doivent même se défendre d’avoir voulu quelques semaines de plus.

Une pression supplémentaire pour les mères

Pourquoi applaudit-on celles qui reprennent très vite le travail, quand celles qui choisissent de ralentir doivent parfois s’en justifier ? Pourquoi la première serait-elle une preuve de force et d’ambition, quand la seconde peut être interprétée comme un manque de motivation ou d’investissement ? Cette différence de traitement révèle une injonction plus insidieuse : celle de prouver que la maternité n’a rien changé à notre capacité à travailler.

Bien sûr, les commentaires admiratifs sous les photos de Barbara Palvin ne sont pas nécessairement mal intentionnés. C’est même plutôt l’inverse. Ils traduisent pour beaucoup une admiration sincère pour une femme qui semble épanouie. Mais à force de célébrer les retours rapides au travail , ne risquons-nous pas de faire de la vitesse une nouvelle mesure de la réussite maternelle ? Et de rendre moins visibles celles qui ont besoin de récupérer, celles qui souhaitent profiter davantage de leur bébé ou celles qui n’ont tout simplement pas d’autre choix que de reprendre plus tard ?

Bien sûr, les commentaires admiratifs sous les photos de Barbara Palvin ne sont pas nécessairement mal intentionnés. C’est même plutôt l’inverse. Ils traduisent pour beaucoup une admiration sincère pour une femme qui semble épanouie. Mais à force de célébrer les retours rapides au travail , ne risquons-nous pas de faire de la vitesse une nouvelle mesure de la réussite maternelle ? Et de rendre moins visibles celles qui ont besoin de récupérer, celles qui souhaitent profiter davantage de leur bébé ou celles qui n’ont tout simplement pas d’autre choix que de reprendre plus tard ?

Autrice : Capucine Tissot
Cet article a été adapté pour la Suisse après avoir été initialement publié sur elle.fr. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site Web officiel.

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