« Le métier d’écrivain est difficile, pas impossible » : rencontre avec Douglas Kennedy

L’écrivain américain a choisi l’Hôtel Royal d’Évian pour animer sa première retraite littéraire ouverte au public, le temps d’un week-end.
Transmettre sa passion pour l’art narratif : tel était l’objectif poursuivi par Douglas Kennedy, l’auteur aux millions d’exemplaires vendus. 12 passionnés d’écriture ont ainsi pu bénéficier d’entretiens individuels avec lui lors d’un workshop les 4 et 5 octobre 2025, expérience passionnante.
ELLE Suisse : Vous dédicacez parfois ainsi : «La vérité est un cauchemar». Quelle importance revêt la vérité dans votre écriture ?
Douglas Kennedy : Lors de l’atelier que j’animais, quelqu’un m’a raconté une histoire très dure et l’envisageait comme base d’un roman. Je lui ai conseillé de prendre de la distance : changer les lieux, les prénoms, etc. Cela permet d’accéder à une certaine vérité. Si l’on s’approche trop, c’est de l’autofiction, une forme d’écriture parfois extraordinaire – je pense à Marcel Proust ou à Annie Ernaux – mais souvent nombriliste et à éviter.
Pour quelles raisons avez-vous souhaité animer un atelier d’écriture ?
Je suis touché par les gens qui veulent écrire et j’ai plaisir à transmettre ce que je sais. C’est un métier difficile, mais pas impossible. Il m’apparaît important d’humaniser et de démystifier l’écriture. Après 27 livres, je peux affirmer avoir un point de vue sur la question. Somerset Maugham a dit qu’il existait trois règles pour écrire un roman : personne ne les connaît ! Je déteste les règles et ai donc axé mon enseignement sur la manière de créer un personnage, le développer, adopter un rythme de narration, douter… Le doute est fondamental et nous préserve, mais on doit veiller à ne pas lui laisser trop de place, au risque de la page blanche.
Le doute est fondamental et nous préserve, mais on doit veiller à ne pas lui laisser trop de place, au risque de la page blanche.
Vous venez également d’enseigner à l’Université de Lausanne et séjournez régulièrement en Suisse. Quels liens entretenez-vous avec ce pays ?
Je l’aime énormément, en particulier Genève, que je connais bien pour y avoir passé pas mal de temps, notamment lorsque j’ai eu une compagne genevoise. J’ai un autre souvenir précieux me liant à la Suisse et qui remonte à l’enfance : mon père adorait la musique classique et il a toujours acheté des disques, grand amateur de l’Orchestre de la Suisse romande, notamment sous la baguette d’Ernest Ansermet.
Vous conseillez aux écrivains en herbe de rédiger 500 à 1000 mots chaque jour. Destinez-vous les vôtres exclusivement aux romans ?
Non, pas toujours. J’ai remis mon dernier ouvrage à mon éditeur fin septembre pour une publication en mai après une période d’écriture très intense : le premier jet de ce roman et le scénario d’Une relation dangereuse (2003) pour la télévision, avec notamment Grégory Fitoussi. Je réfléchis actuellement au prochain livre mais n’envisage pas de me mettre à l’écriture avant mi-février 2026.
J’aime énormément [la Suisse], en particulier Genève, que je connais bien pour y avoir passé pas mal de temps.
Votre dernier roman est une dystopie américaine. Quel regard portez-vous sur votre pays, les États-Unis ?
Nous vivons un moment très difficile. Le pays est dirigé par un autocrate avec le soutien d’une moitié de mes compatriotes. Mais il y a toujours un moment où les autocrates commettent une erreur. Espérons que cela arrive rapidement.