Alice Winocour et Angelina Jolie célèbrent la vie dans « Coutures »

L’actrice américaine subjugue dans le nouveau film d’Alice Winocour. Une œuvre intimiste et délicate, traversée par la nécessité de crier la vie. Entretien avec la cinéaste.

Dans l’effervescence de la Fashion Week parisienne, trois femmes se croisent à un moment charnière de leur existence. Maxine (Angelina Jolie), réalisatrice américaine, tourne un court métrage pour une maison de couture lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Ada (Anyier Anei), jeune Sud-Soudanaise, débute dans le mannequinat. Angèle (Ella Rumpf), maquilleuse française, aspire à changer de vie. Par quelques mots, une écoute, un geste, se nouent entre elles des instants de solidarité aussi inattendus qu’essentiels.

Coutures trouve en Angelina Jolie une interprète principale d’une grande justesse, avec un naturel qui touche droit au cœur. Elle se met à nu, au propre comme au figuré, en tournant pour la première fois en français et en incarnant un personnage qui fait écho à sa propre histoire. Porteuse d’une mutation du gène BRCA1, l’actrice a subi une double mastectomie et une ovariectomie préventives après avoir perdu sa mère, sa tante et sa grand-mère d’un cancer.

Alice Winocour ancre elle aussi le film dans son vécu. Quatre ans après son bouleversant Revoir Paris, la cinéaste s’est inspirée de son propre combat contre le cancer pour ce film choral, de nouveau coécrit avec le Lausannois Jean-Stéphane Bron. Entre l’urgence de la mode — filmée notamment dans les ateliers Chanel — et celle de la maladie, elle saisit avec une sensibilité remarquable ces instants où splendeur et vulnérabilité se mêlent, où l’amour surgit au cœur du chaos et où l’intime vient mettre le rythme effréné du monde en sourdine.

ELLE : Qu’est-ce qui vous a donné envie de plonger dans le monde de la mode ?
Alice Winocour : C’était un univers inconnu pour moi, comme celui des astronautes dans Proxima. Plus les histoires sont intimes, plus j’ai besoin de les projeter dans des mondes que je ne connais pas. J’ai pris la mode comme une métaphore du monde contemporain : un monde d’apparences où l’on doit présenter une surface lisse. La mode pénètre notre quotidien, nous inonde d’images. Et je voulais montrer comment le monde réel pénètre aussi celui de la mode, avec par exemple ces mannequins venues de pays en guerre qui jouent leur propre histoire dans le film. Je voulais montrer ce qu’il y a derrière la haute couture : les coutures.

Le pluriel du titre est important.
Oui, parce qu’il évoque toutes les cicatrices, toutes les blessures des femmes et les blessures silencieuses. J’ai rencontré de nombreuses femmes pour ce film et beaucoup jouent leur propre histoire. Je me sentais dépositaire de ces secrets. J’aime mélanger des choses un peu opposées : une approche documentaire et une approche plus fantastique et poétique. Il y avait l’idée de présenter des fragments de vies et d’assumer, face à l’âpreté de notre monde, une forme de narration qui aille vers la poésie. Je voulais laisser les coutures apparentes et suivre le fil fragile du destin qui nous emmène d’un personnage à un autre pour parler de cette vie qui ne tient qu’à un fil.

Le film fait écho à votre propre expérience avec le cancer.
Ce n’était pas quelque chose dont j’avais envie de parler, mais il m’a semblé important de le faire pour expliquer l’origine, la nécessité du film. Coutures reste une fiction. J’ai nourri le personnage de Maxine de mon expérience, mais pour mieux la mettre à distance.

J’ai pris la mode comme une métaphore du monde contemporain : un monde d’apparences où l’on doit présenter une surface lisse.

Alice Winocour, réalisatrice de Coutures (2026)
ELLE Suisse

Est-ce la raison pour laquelle elle est américaine ?
Oui. Mais aussi pour que la sidération soit plus forte face à l’annonce de la maladie dans une langue étrangère. Je n’avais pas pensé à Angelina Jolie en écrivant le film. Parler de mon expérience a compté dans notre rencontre. Sans avoir eu un cancer, elle a vécu l’opération dans sa chair. Il y avait, pour elle aussi, un besoin de partager. On a eu la chance de pouvoir faire quelque chose, finalement, de nos cicatrices.

Comment Angelina Jolie a-t-elle vécu le tournage ?
Elle pensait souvent à sa mère et portait d’ailleurs son collier (contenant ses cendres, ndlr). Sa mère parlait français, donc tourner en français lui offrait aussi cette connexion avec elle. Pour nous, c’était plus qu’un film. Il y avait quelque chose de l’ordre de la nécessité.

Et l’apprentissage du français ?
Angelina a eu énormément de volonté ! Ça a été un travail immense. Il y avait une difficulté double, puisqu’Anyier Anei a aussi dû apprendre le français. Mais j’aime ces prises de risques, elles sont exaltantes. J’aime raconter des rencontres entre des mondes et des langues différentes.

Dans l’ADN de mes films, il y a toujours un rapport au traumatisme parce que le cinéma est pour moi une manière d’exprimer, à travers le son et l’image, des émotions ou des sensations pour lesquelles il n’existe pas vraiment de mots

Alice Winocour, réalisatrice de Coutures (2026)
ELLE Suisse

Vos récits mettent aussi souvent les corps à l’épreuve. Qu’est-ce que cela vous permet d’explorer ?
C’est un processus un peu inconscient et intuitif. Dans l’ADN de mes films, il y a toujours un rapport au traumatisme parce que le cinéma est pour moi une manière d’exprimer, à travers le son et l’image, des émotions ou des sensations pour lesquelles il n’existe pas vraiment de mots. C’est une langue du traumatisme et de la consolation, mais pas de la résilience, parce que je ne pense pas que les films soignent. Ce qui peut être réparateur, c’est l’aventure collective du cinéma. Cette idée de partager des blessures est au cœur de Coutures.

Qu’est-ce qui vous importait le plus dans la représentation de la maladie ?
Au cinéma, elle est souvent racontée comme une chose en soi, comme si la vie autour s’éteignait. J’ai l’impression que c’est l’inverse : quand on est confronté à l’idée de sa mort, ce qui compte le plus, c’est la vie qui pulse autour de soi. On la voit avec une intensité nouvelle. C’est ce que j’ai voulu représenter. Coutures est un film qui exalte et célèbre la vie.

Coutures, d’Alice Winocour, avec Angelina Jolie, Anyier Anei, Ella Rumpf, Louis Garrel et Vincent Lindon. 1h43. Dans les salles romandes dès le 18 février 2026.

Tags : film · haute couture · maladie
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